02/12/2010

Le silence des St-Jacques (en croustillant aux cèpes compotés)


Bonjour, les bivalves rieurs

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Le règne animal est un enfer plein de sons épouvantables. Oui, Madame. Le bouc béguète. Le bélier blatit. Le dindon glougloute. La souris chicote. L’alouette turlute (mais pas tous les soirs). La caille pituite. La belette belote (et rebelote et dix de der). La pintade cacabe. La chauve-souris grince. Le sanglier grumelle (même quand il est de bon poil). Sans oublier la huppe qui pupule. Ni la mésange qui zinzinule. Sacré cacophonie.

DSC03784.JPGEt la coquille Saint-Jacques? Ben, elle ne dit rien. Rien en tout cas d’audible pour nos esgourdes humaines. Car parfois, quand elle se pense seule, la Saint-Jacques chante à tue-tête et d’une voix très fausse: «Tous les bivaaaaalves de mon âge/savent ce c’est d’être mollusqueux/et la vaaalve dans la vaaalve…» C’est là, qu’en général, sa voisine, l’acariâtre anémone de mer, lui hurle un truc désagréable. Genre: «Ferme ta coquille, tu l’ouvriras au dessert!»
La St-Jacques étouffe une larme. Et replonge dans son mutisme légendaire.

Bref, pour se mitonner des croustillants de St Jacques aux cèpes, il nous faut de la pâte phyllo, des bolets – ou cèpes - secs en pagaille, du vin blanc, du gingembre frais, deux noix de St Jacques dodues par personne et du beurre fondu.

Immergez une heure les cèpes secs dans un verre d’un bon vin blanc. Emincez grossièrement les champignons avec des ciseaux. Tchic, tchic, tchic. Au fond d’une casserole, faites fondre une échalote et un rien de gingembre frais haché dans une noisette de beurre. Ajoutez les bolets, le vin et un petit morceau de sucre. Laissez compoter toux doux jusqu’à évaporation du liquide. Quand les champis sont tout tendres, assaisonnez et réservez.

Déposez une grosse motte de beurre sur le radiateur (oui, dans une coupelle, banane).

Rincez puis colorez les St Jacques à feu furax. Une minute de chaque côté. Assaisonnez. Réservez.

Dans les feuilles de phyllo, découpez avec d’infinies précautions des carrés d’environ 15,2cm de côté.
Au pinceau, badigeonnez-les de beurre fondu, en insistant sur les coins et diagonales.DSC03782.JPG

Déposez au centre de chaque carré un petit pouf de cèpe. Installez la St-Jacques dessus. Puis pliez la feuille façon aumônière en appuyant bien entre deux doigts pour joindre les coins.
Passez l’extérieur au pinceau beurré sans trop insister non plus.

Puis faites dorer au four (préchauffé à 180°), six-huit minutes, jusqu’à bronzage inspirant.
Servez presto avec une petite verdure rigolote, en chantonnant un air yéyé millésimé. Par exemple: «Vous les coquilles je ne vous oublierai jamais, di doua di di doua di dam di di dou»

A plouche

13/09/2010

La suprême terrine de cocotte aux cèpes

Bien le bonjour, les gallinacés

 

 

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La langue culinaire a parfois de charmantes coquetteries, qui confinent à l’occasion au pédantisme majuscule. Sur la carte d’un resto haut-savoyard, on se souvient ainsi d’une intrigante Pétole de ravine sur une feuilletée de rampon vinaigrette d’épine-vinette (sic) qui, à l’arrivée, ressemblait étrangement à une salade verte au chèvre chaud. Pas mauvaise, d’ailleurs, quoique sévèrement tarifée. La pétole, cela se paye.

On vous passe les perles d’Asie (du riz blanc, warf!) et la morue fraîche (le cabillaud, ça fait populo?). Pour en arriver, en frétillant de bonheur, aux… suprêmes de volaille. Ah Madame, les suprêêêêmes de volaille, dans le genre vieille France en perruque poudrée, ils en jettent quand même plus que les vulgairissimes blancs de poulet. Notez pourtant que le suprême a un brin perdu de sa superbe, voire même pris un poil de plomb dans les plumes, depuis qu’un duo de rap francilien l’a accolé à une expression leste, acronymée en NTM. Il va falloir inventer autre chose. On suggère le sublime de cocotte. Ou, mieux, l’orgasme de gallinacée.

 

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Bon, dévorons presto cette terrine de blanc de poulet aux cèpes et jambon cru. Plat suprêmement volatile dans les assiettes des gourmands, pour lequel il faut se munir de 500 grammes de blanc de poulet bio, de 80 grammes de foies de volaille, de trois petits cèpes joufflus, d’une paire d’œufs bio, d’un peu de crème fraîche et d’une belle tranche de jambon cru un tantinet épaisse.

DSC03514.JPGBrossez puis émincez les champignons en tranches de 4,2mm d’épaisseur. Faites fondre une échalote hachée dans un peu de beurre. Ajoutez les bolets, laissez cuire doucement six minutes, qu’ils s’attendrissent. Sel, poivre.

Hachez les foies et la moitié des blancs, touillez le tout avec les œufs et une lichette de crème. Assaisonnez vaillamment.

Détaillez les blancs restants en minces lanières et le jambon en petits dés.

Chemisez une terrine d’un litre de film. Puis montez votre échafaudage. Une couche de lanières de poulets et de cubes de jambons. Une couche de hachis. Une couche de cèpes. Etc…

Balancez au bain-marie dans un four préchauffé à 160°. Une heure. Achevez la cuisson hors du bain-marie, un quart d’heure, en surveillant le hâle du chef-d’œuvre du coin de l’œil.

Laissez reposer une nuit au frais (de ma blonde, il fait bon dormir).

Avalez avec des êtres chers, trois quignons de pain grillés et une feuilletée de rampon vinaigrette d’épine-vinette. Voyez, quoi. Le tout en ayant pris soin de faire twister le bouchon de l’ébouriffant menu pineau de Franz Saumon, Vallée de la Loire, France du Milieu, Europe alignée, hémisphère Nord de la planète Terre. Beau blanc que voilà.

 

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Et cot cot codette, comme caquetterait l’autre

03/09/2010

One cèpe beyond!

Coucou, les boletus

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L’autre jour, on gambadait en famille sous les grands sapins jurassiens. Manière de s’oxygéner la trachée et de s’aérer le bulbe. Et vlà t’y pas qu’on se retrouve cerné par une armada de cèpes et de chanterelles. Une embuscade mycologique. Les campagnes ne sont plus sûres, ma pauvre dame. La bataille a été terrible. Mais les Estèbe ont gagné. Gnark. Sous leurs gros chapeaux, les champignons ne sont pas si balèzes que ça.

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Après, il a bien fallu cuisiner les prisonniers, mais sans brutalité. On connaît la Convention de Genève par cœur.
Les chanterelles, ou girolles d’été, ont fini dans une croquignolette salade de haricots beurre. Elles ont été gentiment brossées, frottées et grattouillées. Avant de passer à la poêle, dans un peu de beurre, avec une échalote hachée et un rien de gingembre râpé. Sel, poivre. Pouf, pouf. Huit minutes, à feu cool. Les haricots, dûment équeutés, ont filé quant à eux dans le panier vapeur. Pas trois plombes. Une dizaine de minutes. Illico rafraîchis sous l’eau claire, ils en sont sortis tous croquants. On a taillé en cube une tomate charnue autant que mure; émincé un bulbe d’oignon frais, puis touillé une vinaigrette au balsamique blanc. Voyez le tableau? Sublime.

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Les cèpes ont connu des destins divers, mais flamboyants. Les petits se sont retrouvés carpacciosés. Comme ici, clic. Les moyens se sont fait poêler au beurre. Entiers, ou simplement tranchés en deux, jusqu’à offrir un hâle façon rouquine à la plage. Mirobolant.
Les plus dodus, enfin, ont eu l’insigne honneur d’aller s’alanguir sur une pizza, à la tomate fraîche et aux lanières de jambon cru. Origan. Sel. Poivre. Pâte maison ou pâte de la supérette. Seize minutes à four furax.
Et paf, sous la cravate.

Mes hommages chez vous

PS:
Hum… c’est pas avec des billets aussi stupides qu’on va gagner le Champulitzer. Mais bon.

vin-medium.jpgPS2: Tenez les potes, un très bon bouquin, militant et perspicace, sur le triste état du monde vini-viticole en France. Le gâchis écologique, les gourous ripoux, les médailles en chocolat et les picrates en tête de gondole; dans La Face cachée du vin, Lolo Baraou et Monseigneur Septime tirent sur tout ce qui ne bouge pas. En louant au passage 44 vignerons intègres et recommandables. L’éditeur, c’est François Bourrin. Ça vaut 19 euros. Ça fait du bien pas où que ça passe.

09/10/2008

Rougets au lard et crème de paprika: la recette à 700 milliards

 

Coucou, les happy contribuables

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C’est assez rigolo ces paquets de flouze qui valsent ces jours-ci. Ya les 700 milliards de ce brave Paulson; les 2,4 milliards d’euros pour Galileo; les trois milliards d’euros pour Galexia; les 4 milliards dilapidés par Kerviel, et on en passe et avec plein de zéros. Sans oublier les parachutes dorés, ou plutôt les montgolfières serties de diamants: trois millions d’euros pour le gulu de Dexia; six millions d’euros pour la nana d’Alcatel, etc.

Je sais pas vous, mais au bout d'un moment, tout ça devient total abstrait. Cent millions par ci; trois milliards par là. Et pouf! Ma petite dame, le billion, je vous l’emballe? On s’étonne plus. On compte plus. On peste même plus. C’est juste une petite musique avec des chiffres à la place des notes, qui fait dingueling dans nos oreilles.

Tout ça pour dire que le rouget barbet, avant-hier encore, on trouvait ça cher. Et les petits bolets tête-de-nègre aussi. Ben, l’autre jour, au marché, on a vidé notre portefeuille sans même y penser. Levez-moi les filets et prenez donc cette liasse, monsieur le poissonnier. La monnaie? Pour quoi faire?

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Après, on est allé jeter des pièces aux canards dans le lac. On s’est amusé à faire des cocottes avec les cartes de crédit. Avant de rentrer à la maison pour vous mitonner ces filets de rouget au lard rôti, petits bolets et crème de paprika frais pimenté. Recette à la fois roots et culottée, terre et mer comme on dit, que les gentes créatures qui partagent notre existence ont avalé avec un vrai enthousiasme. Sans compter, quoi.
On notera au passage l’utilisation de paprika frais, top chic et dépaysant, remplaçable sans nul bobo par des poivrons doux lambda. Il faut aussi se munir de longues tranches d’un lard salé, mais pas fumé. Et d’un piment fumé, mais pas salé. Par exemple le pimenton de la Vera venu d’Espagne, très parfumé et câlin, qui se cache d’ordinaire dans une boîte en métal au look délicieusement kitsch.

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Bon, zou, en cuisine!

Pelez et taillez les paprikas en morceaux. Faites fondre à couvert dans une casserole avec une larme d’eau et une giclée d’huile d’olive, en compagnie d’une gousse d’ail émincée. Quand le légume s’attendrit, mixez, liez d’une cuillère de crème, pimentez au pimenton, sel, poivre. Gardez au chaud.

Dégraissez un brin le lard, rôtissez-le à la poêle. Essorez sur du papier absorbant. Gardez au chaud.

Brossez les bolets, faites les sauter cinq bonnes minutes dans une noisette de beurre. Assaisonnez d’une pincée de gingembre en poudre. Sel, poivre. Gardez au chaud (quoi, on se répète?)

DSC01258.JPGSalez et poivrez les filets de poisson. Hop, à la poêle bien chaude. Deux minutes côté peau. Trente secondes côté chair. Et toc.

Récapitulation. Nous voilà donc avec un crème de poivron; des mignons petits cèpes; des bandelettes de lard et des filets de rougets. Il s’agit dès lors de présenter tout ça dignement, voire même joliment. Or c’est un art qui nous échappe encore. Débrouillez-vous.

Avec ça, un cru languedocien au fruité tapageur et à la chair aussi pulpeuse que fraîche, le sous estimé et éblouissant Faugères 2006 du Domaine Saint Antonin par exemple (13 francs, c'est quoi de nos jours?), pourrait redonner la banane aux bourses internationales.

Un trillion de bisoux

29/09/2008

La fricassée de champignons aux gésiers confits (en dévotion de canard)

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Pas le Zombie Mauve, revoilà l’automne!
Les corbeaux croassent; le soleil feignasse.
Et là-haut sur la montagne, les arbres essaient leurs pyjamas roux.
Par le Démon Péteur, revoilà l’automne!
L’aube frissonne; les étourneaux déconnent.
Et là-bas sur le lac, les cormorans complotent comme des ripoux.
Par le Crapaud de Nazareth, revoilà l’automne!
Chérie, kesk’on se gueuletonne?

(Estèbe 2008. Troisième prix au concours de poésie freestyle d’Aubigny-sur-Nère.)

Comme l’indiquent ces quelques vers ci-dessus, l’été, déjà pas très fougueux, a rendu son tablier. On se les gèle velu. D’où l’envie de miams vigoureux. De plats sévèrement roots. Patrimoniaux. Francs du bonnet. Calorigènes. Sans balsamique ni yuzu. Sans épices lointaines. Sans vaines fredaines.
Une fricassée de champignons aux gésiers de canard confits, au hasard. Des gésiers venus de chez Médal, Caylus, Tarn-et-Garonne, Bas-Quercy, soit la meilleure charcuterie du cosmos. Des champignons venus des bois: des bolets drus et goûtus, des chanterelles d’automne (ou girolles) rouquines et graciles, des pieds de moutons musclés et poivrés.

La tactique? Simplette!

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DSC01201.JPGComptez par 80 grammes de gésiers plus 200 grammes de champi par bidon à combler.
Passez les chanterelles sous l’eau. Essorez presto. Brossez bolets et pieds de mouton (par exemple avec l’ustensile génialissime et méga looké ci-contre) puis émincez en cubes.
Débarrassez les gésiers de leur graisse. Essorez. Tranchez en quatre.
Balancez une cuillère à soupe de graisse de canard au fond d’une grande poêle. Faites dorer une gousse d'ail et une échalote hachées. Ajoutez les champis, faites rissoler une minute ou deux. Puis ajoutez un demi-déci de vin blanc. Couvrez cinq minutes. Puis découvrez pour faire évaporer l’eau de cuisson. Salez, poivrez, avec une certaine vigueur.
Intégrez ensuite les gésiers, quelques minutes, touillez.
Et coiffez de pluches de persil. Très élégantes, ces notes verdoyantes.
Pour finir, extrayez le bouchon de la bouteille idoine.

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Cellle-là par exemple, le Faugères 2004 tout simple et naturel de chez ce bon Léon Barral: prix câlin, fruité croquant, chair tonique. Un vin d’une buvabilité confondante, pondu par un producteur plutôt branché machines de guerre d’ordinaire.
Bref, notre pinard chouchou du moment. Oui, Madame.

Ce n'est qu'un au revoir