10/09/2009

Le boudin caché dans sa pomme au pastis


Bien le bonjour, les marmottes à ventre fauve (si j'ose)

 

 

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On connaît des gens qui préféreraient avoir un scorpion dans la culotte plutôt que de manger du boudin. Une copine, qui a le sens de la formule et le boudin en horreur (deux qualités rarement réunies dans le même individu), nous disait ainsi l’autre jour: «Ce n’est pas demain la veille que du sang de cochon coagulé rentrera dans mon corps, moi vivante et en pleine possession de mes moyens physiques et mentaux.» On attend donc qu’elle débloque pour lui en faire manger. Nyark.


DSC02443.JPGComme souvent dans les affaires de haines alimentaires viscérales, l’aspect de la chose honnie a son importance. Ce gros boyau, tout noir, vaguement suintant et, somme toute, assez content de lui, remue des choses troubles dedans notre lourd bagage culturel judéo-machin. Le boudin, c’est intestinal. C’est fécal. C’est zitital, voire. La plus infecte animalité, celle-là même que l’humain tâche sans répit de museler, d’oublier, d’anéantir, ben, elle se pavane, radieuse et luisante, au fond de son assiette. Vade retro, boudinas.

Bref, planquons donc ce boudin que l’on ne saurait voir. Planquons-le dans une pomme rassurante, sa notoire et meilleure copine gastronomique. Voilà donc un joli boudinou en cage de gala pochée au pastis et 5 épices, recette épatante qui devrait réconcilier une partie de l’humanité avec cette défrisante canaillerie charcutière.

 

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Coupez la tête des pommes. Avec un couteau pointu, faites un petit volcan pour mettre le boudin dedans. Un cratère généreux, mais respectueux de l’enveloppe du fruit. Il existe des engins pour mener à bien cette tâche-là. A l’aide d’un économe, pelez ensuite partiellement la pomme, en laissant un liseré rouge en haut et en bas, ceci par pur chochotisme esthétique.
Pochez-les ensuite, entre quinze et vingt minutes, dans une eau frémissante en compagnie d’une bonne dose de pastis, d’une énorme pincée de 5 épices (Sichuan + fenouil + poivre + DSC02445.JPGcannelle + je ne sais plus quoi) et d’une pincée de piment.
Pendant ce temps, poêlez tout doux le boudin dans une noisette de beurre; dix minutes grosso modo. Puis extrayez la chair d’ébène de sa gaine. Pour en farcir les pommes, dont on aura au préalable poivré et épicé l’intérieur. N’oubliez pas le chapeau. Très important, le chapeau. Il faut bien le planquer dans son boudoir nain, le boudin noir.

A plouche

PS: Oui, il y a des garnitures nickel avec ça. Oui, il existe aussi des vins merveilleusement adaptés à la situation. Mais, voyez-vous, il faut savoir laisser le lectorat se déboudiner un peu tout seul. Notez que si 6798 personnes nous le demandent gentiment...

 

PS2: Notre tendre éditrice nous hurle dessus, because on a oublié de claironner qu'elle et nous seront dimanche au Salon des Goûts et Terroirs de Bulle à animer deux ateliers hilarants pour les mômes, puis à faire des tartinades live en direct sans filet.
Dimanche. A Bulle. Oui, on bosse le week-end. Il faut bien vendre ce livre, zut quoi!

 

26/03/2009

La dent-de-lion qui se poêlait au boudin

Salut, ô omnivores connectés

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On chantait l’autre jour les premiers hoquets printaniers et le débarquement de notre amigo l’ail des ours.
Ben, au même rayon, celui du réveil de la nature et de la sauvagerie végétale à saveur majuscule, voilà la dent-de-lion. Ou pissenlit. Ou couronne de moine. Ou chandelle du curé. Ou on ne sait trop quoi encore. Soit cette plante à l’amertume swingante et au croquant ravigotant, qui pointe son minois dentelé dans les champs dès la fonte des neiges.
Truffée de substances bienveillantes pour ton corps engourdi par les gratins de nouilles hivernaux, la plante collectionne les vertus. On l’a dit ainsi dépurative, laxative, revitalisante, tonique, cholagogue. Et diurétique, aussi. Certains mauvais esprits auront noté, du reste, que de pissenlit à pissaulit il n’y a jamais qu’une toute petite paire de lettres malignes. Et qu’un accident est si vite arrivé.


Bref, l’humanité se mitonne bien souvent la dent-de-lion crue, en salade, aux lardons, noix, roquefort, psychanalytique parfois. Par pur esprit de contradiction, on vous a tricoté une version chaude et diététiquement cuistre.
Une poêlée de pissenlit aux pommes épicées, gingembre et tronçons de boudin noir pimenté, qui te chante le printemps dedans la glotte jusqu’au sternum.

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Lavez 97 fois cette maudite dent-de-lion terreuse. Hachez grossièrement.
Pelez et taillez une pomme en petits cubes. Emincez finement une phalange de gingembre frais.
Découpez le boudin en mignons tronçons, en prenant garde de ne pas destroyer le précieux boyau avec une lame aiguisée à la cochon.
Faites chauffer tout doux le boudin dans un rien de beurre. Pimentez d’un trait de poivre de Cayenne.
Dans une autre poêle, faites dorer les pommes et le gingembre avec une noisette de beurre, saupoudrez largement de quatre épices (poivre, muscade, girofle et cannelle). Une fois le fruit bronzé, ajoutez le pissenlit, une bonne giclée d’huile d’olive, un filet de citron, sel et poivre. Shakez trente secondes grand max.
Et disposez le tout joliment sur un plat sobre, en un motif géométrique propre à ravir les âmes simples. Sans oublier de déboucher un pinard susceptible de tenir tête à ce gros boum gustatif: le rosé 2007 du Domaine Gramenon (vineux, corsé, frivole) sera votre nom de code.

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Tout de bon chez vous

21/11/2008

Le millefeuille au boudin: histoire d’un désastre canaillou-chic

Salut, les canailles

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Il existe une tendance exquise dans la cuisine d’aujourd’hui que l’on a librement baptisé «le canaillou-chic» Rien à voir avec l’insipide porno chic de la pub. Hou non!
Le canaillou-chic, voyez-vous, consiste à intégrer des mets dits canailles, roots et populaires, dans des plats contemporains sévèrement lookés, voire résolument fusionnés.
Le sushi d’andouille de Guéméné aux salicornes, par exemple, c’est canaillou-chic. Le tablier de sapeur en espuma quadrichromique, c’est aussi canaillou-chic. Tout comme le cristal d’oreille de cochon à la fève tonka ou les macarons de ris de veau aux épices polaires.

Estèbe ironise, pensez-vous. Pas vraiment. Parce que c’est rigolo, le canaillou-chic.

D’ailleurs, l’autre jour, on a subitement décidé de rejoindre le club très fermé des créateurs canaillou-chics, avec une inspiration foudroyante et, osons-le, sublime. Soit le millefeuille de boudin au ketchup de coing. Ça vous la cloue, non?
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L’un de nos cavistes chéri était attendu pour le déjeuner. On est passé en cuisine pour réaliser cette recette prodigieuse, bien décidé à épater notre hôte.

On a fait sécher des fines tranches de pomme paprikées une grosse heure au four à basse température.
On a mitonné un chutney de coing pimenté et acidulé, avec des graines de fenouil dedans
On a dépiauté le boudin, avant de le trancher en tronçons dodus et de le faire dorer à la poêle.
Après ça, on a monté nos millefeuilles, prodigieux échafaudages canaillou-chics, fruits d’une imagination mirobolante et d’un brio culinaire rare.
Humanité gourmande, retiens ton souffle, Dr Slurp va te galvaniser la papille!
Ben, c’était nul.
Sec, etouffe-bougre, idiot et vain.
Même les photos étaient nazes.
F.B.I., comme dit la génération montante.
Et paf, dans l’ego.

Snif!

13/10/2008

La discrète sensualité du boudin noir aux pommes épicées

Comment que ça va bien? 

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L’autre jour, un exégète hirsute a pondu une ode au boudin dans la Fureur des Vivres
La Fureur de Vivres, c’est le mag culinaire on line pas comme les autres, consacré ce mois-ci aux cuisines canailles, dont la lecture quotidienne s’avère donc indispensable à tous les gourmets et gourmettes dignes de ce nom.
Bref, cette histoire de boudin, nous ayant titillé la papille, on s’est rué chez notre charcutier favori pour s’offrir un beau boyau.
C’est qu’il ne faut pas acheter son boudin chez n’importe qui. Le boudin, c’est une affaire de morale. Le boudin, c’est un artisanat délicat, une science, un acte d'amour. Le bon boudin ne poque ni ne suinte. Ne colle ni ne perle. Il doit être frais et inspirant. Noir et lisse comme le pectoral d’un tirailleur sénégalais.
Nous, on le réchauffe tout doux à la poêle dans une mininoisette de beurre.
On le pacse avec des pommes épicées. Des galas par exemple, découpées en quartier, puis attendries dans une casserole à couvert, avec une larme d’eau, deux gouttes de citron et une lichette de beurre. Il s’agit d’épicer les fruits, bien sûr. En glissant deux anis étoilés et quatre chatons de poivre long dedans la casserole, puis en saupoudrant ces dames de piment d’Espelette et d’une tombée de muscade râpée.
C’est un plat méga canaillou que voilà, qui tapisse la cavité buccale d’une douceur espiègle. Et se partage entre convives initiés, dans un silence voluptueux.
Autant dire que du boudin à l'alcôve, il pourrait n'y avoir qu’un entrechat.
Mais c'est là un autre débat.

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Tchou.