31/01/2011

L’affaire des bonbons de ris de veau à la cannelle et au gingembre

Bien le bonjour, les super héroïnes

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Denise-Fabre.jpgOn s’y est pris à deux fois.
La première photo était indiscutablement éprouvante pour l’œil, genre fond de tranchée après la chute de l’obus. Poubelle, donc. Et sans remords.
Une semaine plus tard, le deuxième essai nous a semblé un brin plus avenant. Autosuggestion sans doute. Car quand on a montré l’image à Monsieur Binbin, qui en connaît un rayon question histoire de l’art, celui-ci a grommelé: «C’est une bonne idée de se lancer dans la bouffe pour animaux». On a coulé une larme intérieure. Avant d’expédier derechef le cliché à la poubelle.

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chirac.jpgVoilà pourquoi vous ne verrez pas nos glorieux bonbons croustillants de ris de veau à la cannelle et au gingembre, sur pouf de cèpes compotés et patate écrabouillée à l’huile d’olive. C’est un plat charmant, mais indubitablement peu photogénique. Mieux vaut ne pas décourager le visiteur.

Surtout que le ris de veau est un de ces abats qui divisent dru la populace gourmande. Certains adorent. Beaucoup abhorrent. Cette délicate et mystérieuse glande-là combine en effet une singulière saveur douceâtre venue d’outre-espace et une texture d’un moelleux frisant le tout mou mouillé qui suscite parfois de violents spasmes chez les consommateurs non avertis.
Inutile donc de plomber le dossier avec une photo ratée. On a donc opté pour une iconographie fraîche et sexy, emprunté au Grand-livre des Super Héroïnes que le Dr Slurp publiera bien un jour. S’il a le temps.

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Pour trois gulus à table…

  • Le ris (part one)

wonder-woman.jpgPayez-vous une belle noix de ris de veau. Pochez-la deux minutes. Refroidissez sous l’eau claire. Puis extrayez cette maudite membrane translucide lovée contre la pièce. Opération qui selon les cas s’avère un jeu d’enfant ou une punition cruelle.
Séchez soigneusement le ris sur du papier absorbant. Puis détaillez-le en cubes de 3,2 cm de côté, en suivant les lobes avec votre lame. Dans un sac en plastique, jetez deux cuillères à soupe de farine, une généreuse tombée de cannelle, une autre de gingembre en poudre, sel et poivre. Ajoutez les ris. Shakez le sac. Réservez au frigo.

  • Les cèpes

Immergez pour une heure une bonne poignée de cèpes secs dans un verre de marsala. Emincez grossièrement les champignons avec des ciseaux. Tchic, tchic, tchic. Au fond d’une casserole, faites fondre une échalote et un rien de gingembre frais haché dans une noisette de beurre. Ajoutez les bolets, le marsala et un petit morceau de sucre. Laissez compoter toux doux jusqu’à évaporation du liquide. Quand les champis sont tout tendres, assaisonnez violemment et réservez.

  • La patate

Faites cuire à la vapeur des patates à chair farineuse. Pelez. Ecrabouillez à la fourchette. Arrosez d’huile d’olive. Assaisonnez. Réservez.

  • victorias.jpgLe ris (part tou)

Poêlez à feu furieux, dans un mix huile d’olive-beurre, les bonbons de ris de veau, jusqu’à ce qu’ils offrent à l’œil une belle mine croustillante. C’est l’affaire de quelques minutes.

Disposez enfin le tout sur assiette vintage: la patate dessous, les cèpes au milieu, les ris au-dessus. Ou l’inverse. Prenez une photo. Puis jetez-la.

Tchou!

02/12/2010

Le silence des St-Jacques (en croustillant aux cèpes compotés)


Bonjour, les bivalves rieurs

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Le règne animal est un enfer plein de sons épouvantables. Oui, Madame. Le bouc béguète. Le bélier blatit. Le dindon glougloute. La souris chicote. L’alouette turlute (mais pas tous les soirs). La caille pituite. La belette belote (et rebelote et dix de der). La pintade cacabe. La chauve-souris grince. Le sanglier grumelle (même quand il est de bon poil). Sans oublier la huppe qui pupule. Ni la mésange qui zinzinule. Sacré cacophonie.

DSC03784.JPGEt la coquille Saint-Jacques? Ben, elle ne dit rien. Rien en tout cas d’audible pour nos esgourdes humaines. Car parfois, quand elle se pense seule, la Saint-Jacques chante à tue-tête et d’une voix très fausse: «Tous les bivaaaaalves de mon âge/savent ce c’est d’être mollusqueux/et la vaaalve dans la vaaalve…» C’est là, qu’en général, sa voisine, l’acariâtre anémone de mer, lui hurle un truc désagréable. Genre: «Ferme ta coquille, tu l’ouvriras au dessert!»
La St-Jacques étouffe une larme. Et replonge dans son mutisme légendaire.

Bref, pour se mitonner des croustillants de St Jacques aux cèpes, il nous faut de la pâte phyllo, des bolets – ou cèpes - secs en pagaille, du vin blanc, du gingembre frais, deux noix de St Jacques dodues par personne et du beurre fondu.

Immergez une heure les cèpes secs dans un verre d’un bon vin blanc. Emincez grossièrement les champignons avec des ciseaux. Tchic, tchic, tchic. Au fond d’une casserole, faites fondre une échalote et un rien de gingembre frais haché dans une noisette de beurre. Ajoutez les bolets, le vin et un petit morceau de sucre. Laissez compoter toux doux jusqu’à évaporation du liquide. Quand les champis sont tout tendres, assaisonnez et réservez.

Déposez une grosse motte de beurre sur le radiateur (oui, dans une coupelle, banane).

Rincez puis colorez les St Jacques à feu furax. Une minute de chaque côté. Assaisonnez. Réservez.

Dans les feuilles de phyllo, découpez avec d’infinies précautions des carrés d’environ 15,2cm de côté.
Au pinceau, badigeonnez-les de beurre fondu, en insistant sur les coins et diagonales.DSC03782.JPG

Déposez au centre de chaque carré un petit pouf de cèpe. Installez la St-Jacques dessus. Puis pliez la feuille façon aumônière en appuyant bien entre deux doigts pour joindre les coins.
Passez l’extérieur au pinceau beurré sans trop insister non plus.

Puis faites dorer au four (préchauffé à 180°), six-huit minutes, jusqu’à bronzage inspirant.
Servez presto avec une petite verdure rigolote, en chantonnant un air yéyé millésimé. Par exemple: «Vous les coquilles je ne vous oublierai jamais, di doua di di doua di dam di di dou»

A plouche

13/09/2010

La suprême terrine de cocotte aux cèpes

Bien le bonjour, les gallinacés

 

 

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La langue culinaire a parfois de charmantes coquetteries, qui confinent à l’occasion au pédantisme majuscule. Sur la carte d’un resto haut-savoyard, on se souvient ainsi d’une intrigante Pétole de ravine sur une feuilletée de rampon vinaigrette d’épine-vinette (sic) qui, à l’arrivée, ressemblait étrangement à une salade verte au chèvre chaud. Pas mauvaise, d’ailleurs, quoique sévèrement tarifée. La pétole, cela se paye.

On vous passe les perles d’Asie (du riz blanc, warf!) et la morue fraîche (le cabillaud, ça fait populo?). Pour en arriver, en frétillant de bonheur, aux… suprêmes de volaille. Ah Madame, les suprêêêêmes de volaille, dans le genre vieille France en perruque poudrée, ils en jettent quand même plus que les vulgairissimes blancs de poulet. Notez pourtant que le suprême a un brin perdu de sa superbe, voire même pris un poil de plomb dans les plumes, depuis qu’un duo de rap francilien l’a accolé à une expression leste, acronymée en NTM. Il va falloir inventer autre chose. On suggère le sublime de cocotte. Ou, mieux, l’orgasme de gallinacée.

 

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Bon, dévorons presto cette terrine de blanc de poulet aux cèpes et jambon cru. Plat suprêmement volatile dans les assiettes des gourmands, pour lequel il faut se munir de 500 grammes de blanc de poulet bio, de 80 grammes de foies de volaille, de trois petits cèpes joufflus, d’une paire d’œufs bio, d’un peu de crème fraîche et d’une belle tranche de jambon cru un tantinet épaisse.

DSC03514.JPGBrossez puis émincez les champignons en tranches de 4,2mm d’épaisseur. Faites fondre une échalote hachée dans un peu de beurre. Ajoutez les bolets, laissez cuire doucement six minutes, qu’ils s’attendrissent. Sel, poivre.

Hachez les foies et la moitié des blancs, touillez le tout avec les œufs et une lichette de crème. Assaisonnez vaillamment.

Détaillez les blancs restants en minces lanières et le jambon en petits dés.

Chemisez une terrine d’un litre de film. Puis montez votre échafaudage. Une couche de lanières de poulets et de cubes de jambons. Une couche de hachis. Une couche de cèpes. Etc…

Balancez au bain-marie dans un four préchauffé à 160°. Une heure. Achevez la cuisson hors du bain-marie, un quart d’heure, en surveillant le hâle du chef-d’œuvre du coin de l’œil.

Laissez reposer une nuit au frais (de ma blonde, il fait bon dormir).

Avalez avec des êtres chers, trois quignons de pain grillés et une feuilletée de rampon vinaigrette d’épine-vinette. Voyez, quoi. Le tout en ayant pris soin de faire twister le bouchon de l’ébouriffant menu pineau de Franz Saumon, Vallée de la Loire, France du Milieu, Europe alignée, hémisphère Nord de la planète Terre. Beau blanc que voilà.

 

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Et cot cot codette, comme caquetterait l’autre

03/09/2010

One cèpe beyond!

Coucou, les boletus

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L’autre jour, on gambadait en famille sous les grands sapins jurassiens. Manière de s’oxygéner la trachée et de s’aérer le bulbe. Et vlà t’y pas qu’on se retrouve cerné par une armada de cèpes et de chanterelles. Une embuscade mycologique. Les campagnes ne sont plus sûres, ma pauvre dame. La bataille a été terrible. Mais les Estèbe ont gagné. Gnark. Sous leurs gros chapeaux, les champignons ne sont pas si balèzes que ça.

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Après, il a bien fallu cuisiner les prisonniers, mais sans brutalité. On connaît la Convention de Genève par cœur.
Les chanterelles, ou girolles d’été, ont fini dans une croquignolette salade de haricots beurre. Elles ont été gentiment brossées, frottées et grattouillées. Avant de passer à la poêle, dans un peu de beurre, avec une échalote hachée et un rien de gingembre râpé. Sel, poivre. Pouf, pouf. Huit minutes, à feu cool. Les haricots, dûment équeutés, ont filé quant à eux dans le panier vapeur. Pas trois plombes. Une dizaine de minutes. Illico rafraîchis sous l’eau claire, ils en sont sortis tous croquants. On a taillé en cube une tomate charnue autant que mure; émincé un bulbe d’oignon frais, puis touillé une vinaigrette au balsamique blanc. Voyez le tableau? Sublime.

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Les cèpes ont connu des destins divers, mais flamboyants. Les petits se sont retrouvés carpacciosés. Comme ici, clic. Les moyens se sont fait poêler au beurre. Entiers, ou simplement tranchés en deux, jusqu’à offrir un hâle façon rouquine à la plage. Mirobolant.
Les plus dodus, enfin, ont eu l’insigne honneur d’aller s’alanguir sur une pizza, à la tomate fraîche et aux lanières de jambon cru. Origan. Sel. Poivre. Pâte maison ou pâte de la supérette. Seize minutes à four furax.
Et paf, sous la cravate.

Mes hommages chez vous

PS:
Hum… c’est pas avec des billets aussi stupides qu’on va gagner le Champulitzer. Mais bon.

vin-medium.jpgPS2: Tenez les potes, un très bon bouquin, militant et perspicace, sur le triste état du monde vini-viticole en France. Le gâchis écologique, les gourous ripoux, les médailles en chocolat et les picrates en tête de gondole; dans La Face cachée du vin, Lolo Baraou et Monseigneur Septime tirent sur tout ce qui ne bouge pas. En louant au passage 44 vignerons intègres et recommandables. L’éditeur, c’est François Bourrin. Ça vaut 19 euros. Ça fait du bien pas où que ça passe.