05/08/2011

Des filets de perches en salade et des choses sans leur principe (minute philosophique)

Coucou, nous revoilà les copines

L’autre jour (ou était-ce une nuit?) quelqu’un (ou était-ce quelqu’une?) nous disait quelque chose d’assez marrant. Vous noterez en préambule la précision chirurgicale de notre mémoire.

Bref, cet individu s’émouvait d’un des travers de la modernité; laquelle invente en série des choses privées de leur principe.
Ben oui: le café sans caféine, la bière sans alcool, le thé sans théine, le fromage sans matière grasse. Sans parler des chanteurs sans voix, des moralistes sans morale et des gazettes sans gaz. Voyez où ça nous mène. Loin. Très loin.

Le Dr Slurp, soucieux de chevaucher son époque et d’enlacer son temps avec fougue, ne pouvait que créer sur-le-champ une recette épousant cette étrange manie contemporaine. Voilà donc une choucroute garnie sans choucroute ni garniture. C’est fort. Il s’agit en fait d’une salade tiède de perches au citron confit, basilic thaï et amandes rôties, le tout fort habilement rebaptisé.
Quel coquin, ce Slurp!

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Pour deux personnes à nourrir voluptueusement, prévoyez 300 grammes de filets de perche (du Léman, du Titicaca ou du Lac aux Requins), un demi-citron confit, une demi-lime, deux brins de basilic thaï, des amandes et d’autres trucs encore, comme du courage, de l’application et de la dévotion.

Ecrabouillez
les amandes au pilon. Torréfiez-les sans matière grasse à la poêle quelques minutes.

Préparez votre vinaigrette en touillant le demi-citron confit très finement émincé, le jus d’une demi-lime et une cuillère d’huile d’olive. Plus sel et poivre, va sans dire. Goûtez. Il faut que ça soit vif et bon.

Ciselez le basilic grossièrement.

Rincez les filets de perche. Séchez. Puis poêlez-les à feu vif presto dans une noisette de beurre, une minute côté peau, quelques secondes côté chair. Essorez les ensuite sur du papier ménage.

Disposez joliment - ou pas - sur une assiette de faïence. Arrosez de vinaigrette. Coiffez de basilic et d’amandes. Une pincée de fleur de sel. Et paf!

DSC04104.JPGAvec la choucroute garnie sans chou ni garniture, un vin sans raisin eût été idéal. Il y a toutefois des zones extrêmes de la branchitude que notre morale se refuse d’explorer. C’est donc un blanc à base de chardonnay qu’on préconise: un Jurassien grand teint, la Bardette 2004 de Monseigneur Labet. Grand vin. Ça cingle, ça enrobe, ça persiste. Ça te laisse la bouche groggy d’émotion, la papille rêveuse et le goulot vivifié. Parfaitement.

A plouche

PS1. Les vacances? Mmmmm... trop courtes. Bande de veinards: on vous épargne la soirée-diapos.


PS2. Gag final. Comment appelle-t-on un con en surpoids? Un gros con. Warf.

29/10/2009

Le brik (de veau au citron confit), c'est chic


Bien le bonjour, les disco freaks

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Impossible de contredire le refrain d’un immense hymne disco, millésime 1978, sur lequel la planète transpira d’aise sous la boule à facettes et qui nous claironnait ceci:

Aaaaaaaaaaah, brik out
Le brik, c'est chic
Aaaaaaaaaaah, brik out
Le brik, c'est chic
Brik out
!

Trente ans plus tard, le brik demeure indiscutablement chic. Cela ne se discute guère. Et c’est pour cette raison que le Dr Slurp, prêt à toutes les bassesses pour coller à la branchitude culinaire, vous dégaine - oui, là tout de suite, en ondulant du joufflu et papillonnant des paupières - son brik de mignon de veau aux citrons confits. Tatatata. Une recette à la fois discoïde et orientale, qui n’occasionne guère que trois minutes et 27 secondes de boulot en cuisine. Et fait bramer d’extase les convives les plus exigeants.

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Pour deux ou trois gosiers à table, il vous faut un petit filet mignon de veau, un gros citron confit (acquis à l’épicerie arabe du coin ou tricoté maison), deux feuilles de brik, du ras-el-hanout et un bouquet de coriandre.

Marquez à feu endiablé le mignon à la poêle. Une minute de chaque côté. Quand il est bien basané, salez, poivrez et ras-el-hanoutez avec largesse. Réservez dans un coin de la cuisine. Il faut que la bête repose tranquilou.
Etalez
vos feuilles de brik l’une sur l’autre, en les humectant, l’une et l’autre, d’huile d’olive au pinceau. Salez et poivrez légèrement.
Préchauffez
le four à 220°. Emincez le bouquet de coriandre et le citron confit.
Juste avant l’heure du miam, posez le mignon sur le brik, coiffez de coriandre et de citron. Repliez avec habileté. Et fermez à coup de cure-dent. Un tour de moulin à poivre et basta. Cet emmaillotement doit impérativement se mener à la dernière minute, sous peine de voir les sucs de la viande imbiber le bric, qui ne manquerait alors pas de s’effondrer mollement autant que tragiquement. Un conseil de pote. Gratos.

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Enfournez enfin pour dix douze minutes. Pas plus. Il faut que la chair du mignon demeure aussi rosée que les joues d’un jouvenceau zieutant pour la première fois dans le Cœur croisé de sa cousine gironde.

Voilà: ça croustille à donf’sous la canine; ça acidule un tantinet les bajoues; ça embaume la luette; bref, ça égaye l’ensemble de la cavité buccale. Surtout si l’on a pris soin de déboucher un pinard idoine. Par exemple le Chignin Bergeron 2005 de Raymond Quénard (le monsieur a pris sa retraite depuis; son fiston lui succède), un grand blanc savoyard - oui, Madame - à la fois charnu et tonique, aux parfums exotiques autant qu’épicés, regorgeant de fraîcheur racée. Stupéfiante, d’ailleurs, cette accointance immédiate entre le pif alpin et le mignon maghrébin. Il faudra en causer au secrétariat de l’identité nationale.

 

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Bien à vous,

PS: Vous noterez que l’on vous a épargné la soirée diapo de nos vacances; les anecdotes, bibelots et souvenirs de camping. Ne nous remerciez pas. Vous nous êtes sympathiques.