18/12/2008

Les embûches de Noël


Bien le bonjour, les réveilloneurs fous

 

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Loin de nous l’envie de jouer les vilains lutins. De cracher sur le merveilleux esprit de Noël. De pré-vitrioler la festouille. De vous enguirlander le moral. Mais on sait tous que les brillantes noubas de fin d’année ne se montrent pas toujours aussi voluptueuses que prévu.
Pas seulement d’un point de vue gastronomique. Il y a ainsi des familles où Noël fait boum. Ou plutôt clash. Où le champagne est aromatisé au venin; où la soupe à la grimace coule à flots entre dinde et bûche, où le sapin n’est de loin pas le seul à avoir les boules. C’est la distribution de cadeaux à OK Coral, avec baston verbal jusqu’au 12e coup de minuit.
On n’est certes pas là pour gloser sur la psychologie familiale, mais bien de bons petits plats et grandes bouteilles. Que faut-il redouter au cours des festins qui s’annoncent ?

Petite liste subjective...
 
La Chinoise maléfique.
La fondue chinoise est devenue, depuis quelques années, un classique du miam festif. Or, c’est une cata, neuf fois sur dix. On ne parle même pas de la bidoche reconstituée et surgelée, issue de bovins lointains aux pedigrees troubles. Non, car certains chinoisent avec du bœuf top classe. On ne parle pas des sauces industrielles, à la douceur suspecte et au gras gerbatoire. Non, car certains chinoisent avec d’authentiques sauces maison. On parle simplement de l’inévitable mélange des flux dans l’assiette, ketchup-bouillon-béarnaise and co, qui finit toujours par ressembler à un raoul de nourrisson. Berk.
 
Le liquoreux plombant
 Il est d’usage de dégainer un foie gras en entrée lors de ces agapes de fin d’année. Si possible arrosé d’un vin liquoreux. Sauternes classé chez les Urf ; Monbazillac à prix cassé chez les autres. C’est un accord classique, comme on dit. Et parfois exquis. Le problème, c’est la surenchère. Le gras de la liqueur + le gras du foie = papilles tapissées, ointes à mort, et donc anesthésiées jusqu’au lendemain matin. Zzzzzzz.

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La volaille saharienne.
Pas à dire, c’est festif ces bonnes grosses volailles, chapons ou dindes, qui rôtissent fin décembre. Festif mais pas facile à cuire. Entre des mains inexpérimentées, la plus somptueuse des bestioles de la basse-cour se mue en bloc de carton. Desséchant, va sans dire. Du coup, on crève de soif. On picole. Et on finit par dire des atrocités. Hips.
 
Le bourgogne éreinté
Trop mignon, Tonton Robert nous a sorti – comme chaque année - une grande bouteille de sa cave. Un Pommard du début des années 80, couleur peau d’orange ourlé d’inquiétants reflets brunâtres, aux arômes de vieux raisins de Corinthe oubliés au fond du placard et de madère de cuisine, à la bouche décharnée comme un zob de momie. «En plus, je l’avais pas payé cher», exulte Tonton Robert. Tchin.

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Les bulles omnipotentes
Noël, c’est champagne. En apéro. Au repas. Au dessert. A minuit. Le champagne, ça peut être mirobolant. Mais pas toujours. Et la bulle médiocre ne tarde pas à vous trouer le tuyau, tout en plongeant votre muqueuse buccale dans un état de fébrilité proprement épuisant. Blurp.
 
Et en vrac...
La bûche industrielle en papier mâché ; le saumon fumé grassouillet qui sent la marée basse ; les huîtres mal ouvertes avec de vrais morceaux de coquilles dedans ; les fromages trop affinés qui t’amoniaquent la glotte ; le sapin qui crame ; le bouchon de champ’dans l’œil ; les cadeaux stupides ; le sermon de Mamie Pouet ; les vannes nulles de Papi Pouet ; et tout ça quoi.

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Joyeux Noël et meilleurs vœux, quand même

PS. Ce texte léger quoique pertinent a été initialement publié sur la Fureur de Vivres; l'incontournable et odoriférante revue slurp on line étant, ce mois-ci, consacrée au salmis de lutin, au gigot de renne et à la vie sexuelle du Père Noël.

PS2. Vous cherchez encore des idées de menu pour le Grand Soir? Allez donc guigner cette liste toujours fumante d'actualité.