14/06/2011

Le régime miracle du Dr Slurp et le bar barbecuté à l’estragon

Coucou!


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L’été pointe gentiment son haleine brûlante. Et sur les plages océanes, il va bien falloir rentrer dans son petit bikini (itsi bitsi tini ouini tout petit petit bikini, qu’elle mettait pour la premièèèère foaaaa). Or, l’hiver saute aux hanches. Belle affaire pour les marchands de papier. Depuis des semaines dans les magazines pour dames, voire pour messieurs, voire pour animaux, grouillent ainsi les régimes amincissants – miracles, sans douleur, express, protéinés, végétaux, paraboliques, pyrotechniques… – qui promettent de faire la peau à nos bourrelets.

Dans ce blizzard de conseils boiteux et d’arnaques diététiques, le bon Slurp ne pouvait que faire entendre la voix du bon sens scientifique. Voilà donc la diète magique du Dr Slurp, qui devrait vous remodeler la plastique, du chignon aux petons, en dix petits jours de franche rigolade. Il s’agit d’une très couillonne formule arithmétique, prenant en compte vos paramètres corporels individuels. Trop fort.

A vos calculettes. Evaluez d’abord votre ration calorique quotidienne. Multipliez votre taille par votre poids, puis par votre âge. Par exemple: 165 X 60 X 45. Dans le cas du Dr Slurp (on ne va pas vous filer non plus nos mensurations intimes), cela donne 605172 calories à avaler tous les jours. Soit environ 30 côtes de bœuf, six saladiers de frites, une tonne de chocolat et vingt hectolitres de pinard. Pendant dix jours. Et pof!

Calculez ensuite votre temps d’activité physique quotidien, avec les mêmes paramètres, mais en les divisant successivement. Par exemple 165: 60: 45. Dans le cas du Dr Slurp, cela donne 0,05 seconde d’activité physique par jour. Soit un bâillement athlétiquement exécuté.
Résultats bluffants, on le répète.

Dans l’hypothèse improbable où le régime susdécrit ne vous intéresserait guère, voilà une recette light et goûtue de bar à l’estragon sur le barbecue.



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Pour quatre personnes, payez-vous un bar de ligne d’1,6 kilo. Belle bête. Prix exorbitant. Plus un bouquet d’estragon. Un pot de ricotta. Deux citrons. Et voilà.

Demandez au poissonnier de vider le poisson, mais de ne surtout pas l’écailler. Car, voyez-vous, les écailles forment une liquette naturelle qui protège de la violence du feu la précieuse chair maritime.

Préparez un foyer d’une ardeur mezzo. Farcissez le poisson avec la moitié de l’estragon, un citron coupé en quatre. Salez, poivrez. Oignez avec modération les écailles d’huile d’olive. Salez, poivrez l’extérieur.

Bricolez une petite sauce en touillant deux cuillères à soupe de ricotta, une lichette d’huile d’olive, un filet de citron, une pincée de piment, sel, poivre et deux feuilles d’estragon finement ciselées.

Rincez et séchez soigneusement le poisson. Barbecutez-le enfin, huit minutes de chaque côté. Achevez la cuisson tout doucement, dix minutes, en calfeutrant le bar dans une feuille de papier-alu, un brin à l’écart des braises, ou au four à 70°. Si la lame du couteau, plongée le long de l’arrête, ressort tiède, c’est que la messe est dite. Levez les filets. Servez avec la sauce.
Puis essayez votre maillot de bain.

Tchou!

29/11/2010

Les ballottines de pestragon et le code secret


Bien le bonjour, les cryptographes

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Tu as toujours cru que ton cerveau épelait les lettres à l’intérieur les mots pour piger de quoi qu’on cause dans un texte. Ben non. L’ingénieuse cafetière humaine semble capable de capter à peu près n’importe quoi du moment que la première et la dernière lettres restent à leur place. Le milieu peut être un boxonou sans nom, la plupart des gens pige tout quand même. Un exemple?

Si vuos pvueoz lrie ccei, vuos aevz asusi nu dôrle de cvreeau. Seleuemnt 56 porsnenes sur cnet en snot cpalabes. Je n'en cyoaris pas mes yuex mias je sios cabaple de cdrpormendre ce que je liasis. C’est le povuoir phoémanénl du crveeau huamin, bbay.

Rigolo, non? A présent un gag subtilement crypté.

Jsute au memont où le dinteste se pneche sur une pitaente pour la siogner, il
sursuate:
- Excsuez-moi, mamade, mias ce snot mes tistecelus que vuos tneez!
- Je sias, ropénd la pitaente. Nuos alolns tuos les duex fiare bein
attinteon de ne pas fiare mal à l'atrue.

DSC03778.JPGWarf.

Certes, on aurait pu te refiler une recette entièrement rédigée en charabia. Mais contentons-nous aimablement de l’intitulé. Voilà donc des bollattines firçaes au pseto d’estargon.
Hum… tu entraperçois ce qui va se passer en cuisine?
Non? Tant pis.

Pour le pesto d’estragon
(ou pestragon pour les intimes). Zestez un citron vert. Expédier les zestes avec un peu de sucre et un filet d’eau au fond d’une casserole. Laissez caraméliser pépère jusqu’à évaporation de l’eau.

Dans le bol du mixer, tassez un bouquet d’estragon équeuté, une demi-gousse d’ail dégermée, quelques noisettes préalablement concassées, une bonne lichette d’huile d’olive, un filet de citron, sel, poivre. Vroumvroumez. Goûtez. Rectifier. Puis ajoutez les zestes.

Pour les ballottines. Ouvrez de gros blancs de poulet bio dans le sens de la longueur façon portefeuille. Garnissez de pesto. Refermez le blanc sur lui-même. Assaisonnez. Roulez le blanc dans un océan de graines de pavot puis dans un film plastique, bien serré genre saucisson, en entortillant et liant d’un nœud chaque extrémité.

Cuisez dans le panier vapeur, un gros quart d’heure (ou plus en cas de poulette de compétition). Puis découper en rouelles riantes, avant de servir avec une verdure bien relevée. Et un Saint-Péray, tendu, nature et parfumé, celui de la respectable maison Les Champs Libres par exemple.

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Violà, les gnes, à pluoche

23/08/2010

Le tartare à la noix (de veau) et la lame tokyoïte

Bien le bonjour, les vacancières en boubou


64-1.jpgUn jour à Tokyo, un homme nous a vendu un couteau. (Pour un blogueur qui a disparu des ondes deux longs mois sans donner de nouvelles, voilà une intro qui ne manque pas de maniérisme, voire même d’une certaine goujaterie. Mais bon…).
C’était un matin venteux. Les eaux de la baie avaient pris une couleur gris souris morte. Le type attendait le chaland assis devant son échoppe, dans une ruelle remplie d’odeurs d’arrière-cuisine. Il avait la pupille narquoise et des grosses mains croisées sur le ventre. On a rapidement choisi une lame à poisson, dotée d’un manche en bois blanc griffé de quelques idéogrammes. Avant de l’emballer, le vendeur s’est saisi d’un exemplaire du quotidien local – 60 pages au bas mot, format berlinois – et, sans nous quitter des yeux, l’a réduit en mille confettis. Tchak, tchak, tchak. Il nous a alors coulé un sourire sans chaleur, qui signifiait sans doute: «t’as vu comment il est affûté; aboule les sous maintenant, ô touriste occidental ignare». Il a empoché ses 4000 yens, puis s’est rassis, en se désintéressant ostensiblement de notre cas.

Le couteau trône toujours dans la cuisine. Il a peu servi. On l’attrape parfois, en revoyant la scène: l’œil sarcastique du marchand, le journal tokyoïte déchiqueté. Tchak. Tchak. Tchak.

Les gens, il va justement falloir jouer du couteau pour tricoter ce tartare de veau à l’estragon, citron confit et noisettes, plat d’été à la fraîcheur indiscutable et à la saveur tintinnabulante, improvisé récemment pour deux convives pentus de la glotte mais fins de la gueule, qui en sont sortis contents. Merci pour eux.

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Il nous faut un bouquet d’estragon, quelques citrons confits (maison ou pas, recette sur demande timbrée), des noisettes, de l’oignon frais en botte et 130 grammes de noix de veau par gulu à nourrir. Ouvrons ici une parenthèse. C’est qu’il existe, voyez-vous, deux sortes de bouchers. Il y a de gentils bouchers moustachus, qui vous hachent la viande au couteau, et en rigolant encore. Il y a aussi les bouchers glabres moins gentils, qui vous proposent de la hacher à la machine – horreur, massacre, couillonnade! –, ou d’aller vous faire hacher le kiki ailleurs. Si votre artisan appartient à la seconde catégorie, préparez-vous à un épisode traumatique, car cette chair-là ne se taillade pas comme ça.

Pilez
les noisettes, puis faites les rôtir à la poêle sans matière grasse. Réservez.
Ciselez l’estragon, émincez les citrons confits en mini dés, détaillez l’oignon en toutes petites rondelles. Puis mélanger le tout à la viande hachée (au couteau, faut-il que je m’enlise?).
Humectez d’un large filet d’huile d’olive, de neuf gouttes de citron et d'une lichette de vodka. Salez, poivrez, pimentez mollo. Puis goûtez. Il faut que ça soit drôlement bon.
Moulez le tartare dans un emporte-pièce de dimensions aimables. Coiffez de noisettes. Servez enfin avec une salade, verte ou pas. Avant de mettre en lambeaux Le Figaro du jour avec la lame japonaise sus-décrite. Ça fait un bien fou. Juré.

DSC03447.JPGBien à vous

PS: Avec le tartare à la noix, il n’est pas saugrenu de déboucher un Jurançon sec et sans reproche, à la chair pleine, pure et contondante, par exemple la cuvée 2009 de la vénérable et biodynamique Yvonne Hégoburu du Domaine de Souch. Excellente adresse que voilà.

Et longue vie à ceux qui savent faire des fleurs avec leurs orteils.

14/06/2010

Le tartare de féra trop bon et la tactique pour garder le tube sain

Comment allez-vous, les gnous?

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Sur l'image, ce sont les mains du pêcheur qui lève les filets de féra avec une dextre vélocité.

Chez nous autres Slurp, l’envie de poisson cru est fort rare. Mais follement impérieuse, façon flambée hormonale. Chériiiiiiiiiiiie, je veux des sushiiiiiiiiiiis. Là, tout de suite, maintenant, fissa, presto, hop hop, du cru, du cru, du cru!

L’autre jour, alors qu’un crépuscule tiédasse invitait à la somnolence des sentiments (n’importe quoi), voilà qu’un violent désir de poisson cru nous saisit au débotté. Hiiiiiiiii. Du cru, du cru, du cru! Ce qui tombait bien. Suite à une partie de pêche décrite sur ce blog il y a peu, deux filets d’une grosse féra, fraîchement extraite de son lac natal, nous attendaient au frais et sans moufter.

Impossible pourtant de les gober à la hussarde sur un coin de table. Car les poissons lacustres ont cette fâcheuse habitude de parfois cacher des petites bestioles dedans leur chair. Des vermisseaux, pas méchants, mais tenaces. Avaler sa féra crue peut donc équivaloir à ouvrir grand sa porte (désolé pour l’image) à une escouade de squatters gratouillants.

La technique? Très simple: une nuit au congélo. Ça nettoie, ça dèzingue le parasite et trucide la bactérie, tout en s’avérant totalement inutile, voir criminel, pour un poisson promis à la cuisson. Mais pour un tartare, c’est juste nickel. Pour un tartare acidulé de féra à l’estragon en particulier, recette mirobolante, dont je vous confie l’alchimie illico.

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La veille, épilez vos filets à la pince. C’est que la féra arbore une rangée de petites arêtes au-dessus de la ligne médiane de son filet; arêtes qu’il est bon d’extraire pour la paix du foyer. Pas ultrafacile. Mais pas über ardu non plus.
Expédiez les filets au congélateur, une nuit.

Au matin,
décongelez tranquilou au frigo.

DSC03334.JPGLe soir
, virez la peau, détaillez le poisson en tout petits cubes. Ajoutez trois radis taillés en rondelles, deux brins d’oignon frais, cinq feuilles de roquette et six brins d’estragon, le tout émincé, quelques zestes de citron, le jus dudit citron, un peu de gingembre râpé, une lampée d’huile d’olive (de la bonne, un rien ardente), du sel, du poivre et une pincée de piment. Goûtez. Et rectifiez jusqu’à l’extase.

Enfin, faites griller des tranches d’un brave pain de campagne. Et tartinez dans la joie, sans oublier d’ouvrir un vin blanc sec, tonique et charmeur, susceptible de tenir tête au tartare lacustre. Un chablis bien tendu, par exemple. Un chardo jurassien qui frétille, par exemple. Un aligoté vif comme un pinson, par exemple.
Bref, un jus pur et frais, conçu dans un chai comme il faut.

Tchou, bonsoir

19/03/2010

La tartinade de sardines à la bergamote et estragon (RIP Alex Chilton)

Bien le bonjour, les cop’s

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Par la fesse glacée de Satan!!!!, s’est-t-on exclamé - mentalement et dans notre for intérieur - à la découverte, l’autre jour au marché, d’une cagette pleine de bergamotes. C’est que la bergamote, voyez-vous, n’est pas précisément un fruit qui court nos étals. Et que la bergamote, encore elle, c’est atchement bon à manger avec la bouche.

Pour ceux qui pédalent dans la polenta, quelques explications s’imposent. La bergamote, donc, est un agrume calabrais, sans doute d’origine orientale et probablement issu d’une étreinte passionnée entre un citron vert et une bigarade. Un agrume qui possède un physique de gros citron rond. Et surtout un parfum über câlin et entêtant, caressant et picotant, qui paraît d’emblée familier aux naseaux.
C’est que ce fruit-là, certes connu des pâtissiers avisés, s’avère une star dans le monde de la parfumerie et de la cosmétique. On a donc tous déjà humé son fumet. Par exemple dans le sillage de Mamie Lu, qui s’aspergeait d’eau de Cologne jusqu’à son décès prématuré à l’âge de 127 ans. Ou sur l’épiderme doré de Ginette, toute ointe de crème solaire, un dimanche d’août 1987 sur la plage de Brétignolles.

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Heu… très bien. Mais qu’est qu’on mange? Ben, des rillettes de sardines à l’estragon et à la bergamote, pardi; une recette express autant que slurp pour apéro drolatique en mode tartinade.
Ouvrez donc une bonne boite de sardines à l’huile, égouttez à donf, puis écrabouillez à la fourchette avec 120 grammes de séré (ou brocciu, ou ricotta, ou sérac).

Permettez-nous ici une parenthèse morale. Il se peut que pour certains d’entre vous, écrabouiller de bonnes sardines, genre Belle-îloise, Quiberonnaise et autres phénix de la conserverie bretonne, soit un crime. Certes. Comme quoi, parfois, le crime paie.


Zestez
un tiers de la bergamote. Pochez deux minutes les zestes à l’eau frémissante. Emincez. Hachez trois brins d’estragon. Et pressez la moitié de la bergamote. Ajoutez le tout aux rillettes de sardines. Sel, poivre, une pincée de piment d’Espelette. Plus une tombée de graines de pavot, rien que pour faire joli. Goûtez. Et avalez le reste sur des tartines de pain grillé. C'est dit.

Tchou !

DSC03030.JPGPS1. D’aucuns auront noté que la recette n’utilise qu’une moitié de bergamote. Que faire de l’autre? Quelques idées, en vrac… D’autres rillettes de sardines. Une choucroute de la mer bergamotée. Un déglaçage coquin pour une côte de veau. Un chapeau pour très petite tête. Ou un cendrier végétal.

PS2. Il n’est pas incongru d’avaler sa tartine de sardine en sifflant de grandes lampées d’un viognier ardéchois au parfum racé autant qu’élégant (c’est si rare dans la famille Viognier), celui du Domaine Romaneaux-Destezet de Hervé Souhaut. Tonique et radieux, ce pif-là. Et sans soufre dedans.

chiltonbachsbottom.jpgPS3. Avant-hier, le vénéré Alex Chilton, natif de Memphis au caractère ombrageux et au CV de rebelle romantique, guitariste-compositeur-chanteur intuitif, décapant et sensible comme l’histoire du rock en compte peu, ben, Alex Chilton, donc, a cassé sa pipe à l’âge de 59 ans. Et ça ne nous met pas de bon poil. Hou non. RIP, Alex.

12/06/2009

Ecossage méditatif, salade de petits pois au chèvre estragoné et tartinade live

Salut, les gnomes ventrus (si je peux ma permettre)

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Parmi les tâches inhérentes à la popote domestique, il en est une qui nous botte particulièrement: l’écossage des petits pois. Parfaitement. C’est que, voyez-vous, au bout de la trentième gousse, la technique s’affine; le tempo se stabilise; les doigts bossent seuls. Et jaillissent en cascade les mignons pois verts de leur fourreau. Pof, pof, pof.
L’écosseur peut alors rêvasser pépère. A quoi? Ben, par exemple, à la tête de Cohn le soir des élections. Ou à l’hypothétique existence d’un Être Supérieur Barbu, là-haut, à dada sur un cumulus. Ou au derrière riant de la cousine Marguerite, entraperçue sous la douche par une chaude après-midi de juillet 1972 (Marguerite, si tu m’entends, j’étais caché dans la panière à linge sale, me pardonneras-tu un jour?).

Voilà donc un exercice méditatif, quasi psychanalytique même, qui peut, en outre, préluder l’élaboration d’une élémentaire mais mirobolante salade de petits pois au chèvre frais et estragon.

Ecossez (voir ci-dessus) et pochez les petits pois quelques minutes dans une eau frémissante autant que salée. Rafraîchissez aussitôt sous l’eau froide.
Préparez une vinaigrette musculeuse au vinaigre de cidre et huile d’olive.
Emiettez le chèvre frais, en y glissant quelques pétales d’un chèvre plus affiné.
Emincez un oignon frais et une botte d’estragon.
Puis touillez le tout avec douceur mais fermeté (n’importe quoi). Voilà tout. Chouette salade.
Plus frais, tu t’enrhumes.

Tchou

cover_C&C.jpgNB. Une info. Une vraie. Vous vous souvenez de notre joli recueil de recettes pour marmots intitulé Corsaires et casseroles? Dimanche après-midi, ses concepteurs (Hélène, la Lucie et mèzigue 1er) tartinent live et dédicacent à tour de bras dans la cour du Musée du Léman à Nyon, de 11 h à 15 h 30. Il fallait vous le dire. L’éditrice nous a grondés. Il faut quand même le vendre ce maudit bouquin! A dimanche, les potes.

 

14/05/2009

Représailles cruelles et filet de veau au foin


Mes hommages, chers tous

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Crapules de cochons d’Inde!!! Aucune éducation, ces bestioles. Jamais un bonjour. Jamais un merci. Jamais un sourire. On leur gratouille le menton. On leur nettoie le croupion. On leur remplit le bidon. Et pas un couinement de reconnaissance. Petits salopards.
Bref, l’autre jour, bien remonté contre par ses viles boules d’ingratitude, on a ourdi de sombres représailles. Un truc vraiment vicelard, cruel, radical.
.... On a piqué leur foin.
Ah, ah, ah… ça vous apprendra les manières, charognes de rongeurs hirsutes!

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On a piqué leur foin, donc, pour réaliser ce filet de veau au foin et herbettes foldingues, recette sublimement couillonne, glissée dedans notre oreille par un gentil cuisinier basque en exil.

Equipez-vous d’un beau morceau de veau, rose et dodu comme un angelot de la sixteen, d’un bouquet de sauge et d’un bouquet d’estragon. Car la sauge et l’estragon copinent joyeusement avec le veau. Mais si d’autres herbettes foldingues dépérissent au fond de votre frigo (romarin, thym, cerfeuil, livèche, serpolet, persil, ortie, ail des ours, ouille des ars…), ne vous gênez pas.
Puis piquez donc une grosse poignée de foin aux deux idiots velus.

Mélangez herbes et foin dans un plat creux doté d’un couvercle. Préchauffez le four à 75°.
Sur la gazinière, marquez vite fait la viande à feu furax, genre une minute de chaque côté. Salez, poivrez. Puis emmitouflez le veau dans le foin aux herbes. Couvrez. Et enfournez une quarantaine de minutes. La viande doit sortir de là rosée à cœur, juteuse et parfumée de notes végétales proprement émoustillantes.

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Avec ça, essayez des patates en robe de chambre, des aspergettes croquantes et un rosé de Bandol. Oui, un rosé de Bandol. C’est une bonne fée qui nous a soufflé cet accord. Ma pauvre dame, de nos jours, même les bonnes fées picolent.

Arrivée d'air chaud 

28/08/2008

Des papillons citronnés sur un sens interdit

Coucouloucou

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Après le départ de Sarah, Ludovic fit un de ces gestes désespérés que seul l’amour trahi peut inspirer. Il prit l’ensemble des livres de sa fiancée démissionnaire. Et alla nuitamment les coller sur les murs de la ville.
C’est que Sarah aimait les livres. Elle en avait beaucoup; des romans beaucoup, mais aussi des traités portant sur les sujets les plus divers: la botanique quantique, la sexualité au néolithique, l’endocrinologie et la cuisine familiale. La bibliothèque éclectique de la jeune femme fut donc placardée dans les rues. Une vengeance dérisoire mais spectaculaire, qui n’apporta pourtant nul réconfort à Ludovic. Quant à Sarah, étrangement, elle n’en prit pas ombrage. Au contraire, découvrant son exemplaire du Guide de l'anatomie microscopique des plantes vasculaires crucifié sur un abri bus, elle fut étrangement touchée. Et retourna bien vite dans les bras de son amant.
Ce jour-là, se rendant au travail peu après l’aube, on tomba sur un vieux recueil de recettes paru aux éditions Télé 7 Jours, encollé à la hussarde contre un panneau de sens interdit. Et plus spécialement sur une salade de pasta au poulet, d’allure fruste mais réconfortante, dont on s’est inspiré pour ces farfalle citronnés aux blancs de volaille, noisettes et estragon.

Pour quatre cow-boys à table, il vous faut 387 grammes de farfalle (soit ces charmantes petites pâtes en forme de papillon), une botte d’estragon, quatre blancs de poulet bio de chez bio, du wasabi, des noisettes, deux citrons, des tomates cerise et quelques feuilles de roquette (ou rucola). Plus environ 17 minutes de boulot en cuisine. Ce qui est peu.

Faites cuire la pasta al dente et à grande eau.
Pendant ce temps, émulsionnez quatre cuillères à soupe d’huile d’olive, le jus d’un citron et demi et l’équivalent d’une cuillère à café de wasabi au fond d’un saladier. Salez. Poivrez avec largesse.
Détaillez les blancs de poulets en cubes, faites sauter le tout à la poêle, puis caramélisez avec le jus du demi-citron restant (oui, il y a une logique). Sel, poivre.
Nettoyez la roquette. Tranchez les tomates en deux. Quand les pâtes sont cuites, refroidissez sous l’eau fraîche, égouttez et expédiez dans le saladier. Ajoutez le poulet, les tomates, la roquette, quelques noisettes concassées grossièrement et le botte d’estragon émincée.

Cette salade-là nourrit certes, mais fort agréablement.

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Merci Ludo, merci Sarah.

30/04/2008

La truite, l’estragon et Bob Dylan

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Bien le coucou, 

Un aveu. On entretenait depuis toujours des relations plutôt distantes avec Bob Dylan. Il nous ignorait royalement (jamais un SMS ni une carte postale). On le lui rendait bien. L’autre jour, avisant deux albums passablement célèbres du bonhomme vendus à vil prix chez le marchand, on a décidé de faire un geste. On est reparti avec Blonde on Blonde et Highway 61 Revisited sous le bras. Et on a succombé. Mieux vaut tard…

C’est quand même là une bien drôle de musique. Avec des arrangements sans génie apparent (en fait discrètement brillants), des mélodies que l’on jurerait improvisées au coin du zinc (en fait bien plus malignes et entêtantes qu’il n’y paraît) et cette voix de dindon prétentieux, qui semble nous répéter «si t’es pas content, mon pote, va donc voir ailleurs».


Et, vu qu’on est sur un blog qui s’intéresse d’ordinaire aux choses qui se mangent et boivent, on osera un parallèle entre ce Dylan de 1965 et les vins blancs du Jura. Oui. Même empilement de défauts (ou en tout cas ce que la doctrine obtuse peut considérer comme défauts); même singularité; même rogue de façade; même intemporalité.
Bref; Bob Dylan-Savagnin, même combat. Qui l’eût cru?


Que ces divagations musico-viniques ne nous empêchent pas de passer en cuisine pour se mitonner des truites à l’estragon, recette un brin niaise mais stimulante au palais, qui exige des truites (ben oui) d’environ 217 grammes, dûment vidées et ébarbées par la poissonnière, un bouquet d’estragon, un poivron (ou un paprika blanc en l’occurrence), une grosse tomate, un blanc sec, un bouquet de ciboule et un citron.

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"Truites impudiques", Nature Morte, Estèbe, 2008
Troisième prix au festival de la photo piscicole de Vierzon.


Rincez les poissons. Egouttez-les. Salez, poivrez et farcissez-les d’estragon entier.
Puis disposez-les gentiment dans un plat allant au four, avec deux décis de blanc, deux brins d’estragon haché, une giclette d’huile d’olive, une pincée de sel, deux brins de ciboule émincée, le jus d’un demi-citron. Plus la tomate et le poivron, préalablement pelés, épépinés et réduits à l’état de cubes nains. Et pourquoi pas quelques tranches de citron pour faire genre.
1875288008.JPGCoiffez d’une feuille de papier-alu. Puis enfournez dans le four préchauffé à 200 degrés pour une petite vingtaine de minutes.


Vous l’aurez capté, gros malins et malignes, il s’agit d’engloutir les arcs-en-ciel ainsi accommodées en écoutant Ballade Of A Thin Man de Robert Allen Zimmerman, tout en sirotant un blanc jurassien altier mais girond. Pourquoi pas l’immense cuvée Sacha de ce cher Monsieur Puffeney? Hein?

Bien le bonsoir