01/04/2011

L’étreinte matinale et les crevettes à l’ours

Coucou!

DSC04049.JPG



Eloignez les mômes du poste. La gag qui suit suinte d’érotisme.

Un matin, un monsieur se lève, tout chiffonné de sommeil, puis se dirige, tel le zombie en pyjama, vers la cuisine pour se siffler presto un café.
Sa femme est justement en train de se préparer des œufs à la coque. Vêtue d’une très brève nuisette couleur chair, elle se retourne vers lui, une flammèche lubrique luisant dans la pupille. «Chéri, s’il te plaît, prends-moi là, sur la table, tout de suite», lui souffle-t-elle, les yeux déjà mi-clos, d’une voix rauque qui en dit long (n’importe quoi).
L’époux, stupéfait, s’exécute.
Une fois l’affaire achevée, la dame remet de l’ordre dans son pas-grand-chose de satin et retourne à ses œufs. Son mari, toujours abasourdi, bégaie: «Mais Belette??? Qu’est-ce qu’il t’arrive ce matin???» Sans se retourner, elle répond: «J’ai cassé le minuteur
Spirituel, n’est-il pas?

Sans transition et pour l’agrément de vos papilles chatouilleuses, voilà le méli-mélo de crevettes et fèves à l’ail des ours et basilic, la recette light et drôle que t’attendais sans le savoir depuis le jour de ta naissance. Voire avant.

Pour deux personnes et demi aux appétits notables quoique standards, payez-vous 400 grammes de grosses crevettes crues, six brins d’ail des ours, six brins de basilic, deux branches d’oignon frais et 500 grammes de fèves.

Ecossez les fèves. Blanchissez deux minutes. Rafraîchissez et dérobez (ce qui signifie extraire la graine de sa gaine, banane). Réservez.

Décortiquez les crevettes. Rincez. Puis tranchez l’abdomen dans le sens de la longueur, en prenant soin de virer cet intestin jaunâtre si disgracieux.

Emincez l’ail des ours, l’oignon et le basilic. Zestez un demi-citron. Pressez-le.

Raidissez quelques minutes les crevettes dans le panier vapeur. Ajoutez les fèves dix secondes, juste pour les réchauffer.

Avant de touiller le tout avec précaution dedans un très joli plat avec les herbettes, le jus de citron, les zestes émincés et une large rasade d’huile d’olive de haut vol.

DSC03991.JPGTiens, on vous a débouché une drôle de topette avec ça: l’Ondenc de Bob et Bernie Plageoles à Gaillac, un blanc racé et singulier, intempestif pour tout dire, qui nous rappelle à chaque goulée que le monde bachique est une terra incognita pleine de phénix rieurs.


Veuillez agréer l’expression de mes sentiments les plus velus


PS:
On vous cause de vin blanc et il y a du rosé sur la photo. Oui, c'est du n'importe quoi puissance 16.

PS2: Oups, c'est le 1er avril aujourd'hui. Vous savez quoi? Les Extraterrestres ont enlevé Sarkozy.

27/04/2010

Les trois haricots en salade et le sourire de PPDA


Bien le bonjour, petits rongeurs futés

DSC03180.JPG

Au rayon des choses immensément tristes, t’as le sourire de PPDA, bien sûr, et en tête de gondole. T’as les sapins décharnés sur les trottoirs en janvier. T’as les mouettes qui marinent dans la marée noire. T’as les slows de Michèle Torr. T’as la pizza congelée. Et les asperges en boîte, bien sûr.

Au rayon des choses immensément tristes, t’as aussi le blog qui déconne. Comme Top Slurp aujourd’hui. Tu cliquais dessus. Il arrivait tout vaillant. Et patatras, il s’effondrait. Page blanche. Total déprime.
Nous, on pensait à Rosalie en Vendée, qui aurait adoré nous poster un message plein d’empathie gourmande. Au jeune Tommy, au Québec, qui se réjouissait de lire notre dernier billet pour tromper son gris train-train d’inspecteur des finances. A la vénérable Cunégonde, dans le Comminges, qui avait prévu de mitonner pour Roger, son époux, l’un de nos bons petits plats pour fêter leur 97 ans de mariage.
Que de lecteurs frustrés! Que de misère dedans l’âme du blogueur! Que de chagrin et d’impuissance quand jaillit une couille dans le potage informatique!

Bon, les caïds de la clef en molette numérique ont, semble-t-il, réparé la machine. On peut enfin retrouver notre tribune. Et vous faire goûter cette salade aux trois haricots, mozzarelle et basilic qui devrait vous en boucher un coing, voire deux.

DSC03184.JPG


Il faut se munir de haricots borlotti, de longs haricots coco et de grosses fèves fraîches. Pour les proportions, improvisez. On ne va pas tout vous dire non plus.

DSC03185.JPGEcossez les borlotti, blanchissez-les une douzaine de minutes qu’ils restent croquants. Rafraîchissez.

Ecossez
les fèves. Blanchissez-les deux minutes. Rafraîchissez. Puis dérobez-les, en les débarrassant de la gaine qui les tue (à moins, bien sûr, qu'il s'agissent de fèvettes fraîchement cueillies dans le jardin brumisé de rosée).

Blanchissez
direct les haricots cocos, une dizaine de minutes, puis détaillez-les en mignons losanges nains.

Ciselez
quelques belles feuilles de basilic, émincez quelques branches d’oignon nouveau, tranchez une boule de bonne mozzarella en demi-lunes gracieuses ou en bâtonnets lutins.

Mélangez
le tout. Assaisonnez avec largesse avec une bonne pincée de piment en poudre, une vaillante giclée d’huile d’olive, un gros filet de citron, quelques gouttes de vinaigre, sel et poivre à tire larigot.

Voilà le travail. Glam à mort. Et de saison, palsambleu!

PS: Inutile de mourir de soif avec le power trio de haricots. Tiens, essayez donc «Le Jaune», savagnin oxydatif et distrayant en diable, produit avec tact autant que malice par le Valaisan Nicolas Zufferey.

DSC03080.JPG

15/04/2010

La triple côte en cocote du printemps, ça veau le détour

DSC03152.JPG

Bien le bonjour, très chers

«Demandez nos exquis mots, demandez nos exquis mots
», piaille le Dr Slurp devant son stand de farces boiteuses. «Car qui mourra bien rira le dernier. Et mourir, c’est partir beaucoup.»
La foule se masse peu à peu devant le bonhomme jovial, intriguée par son bagout.
«A trop contempler un lit vide, on le devient», démarre l’Estèbe, flamboyant. Rires polis dans l’assemblée.
«Et biennal maki ne profite jamais», continue-t-il, en se tapotant le ventre de satisfaction. Raclements de gorge, ricanements gênés.
«Mais mieux vaut un calembour d'Anvers qu'un camembert d'Hambourg!» Le Dr Slurp, étranglé de rire, ne voit pas le public se disperser.
«Quand on se sent flageoler, c’est la faim des haricots», jubile-t-il, encore. Silence de mort.
Dr Slurp tente une dernière cartouche: «Qui crawle en brasse a mal aux reins?»
Trop tard: la place est à présent déserte, si ce n’est un vieux chien qui pisse contre le stand du roi de la blague.
«Pourtant, le bébé de la vache veau le détour», murmure l’Estèbe, soudain accablé. Il s’assied en soupirant. Essuie la sueur qui perle sur son front. Avant d’épousseter sa redingote élimée.

Demain, il les fera rire aux larmes.

Tiens, au fait, pour réaliser une triple côte de veau basse température en cocote printanière, il faut se munir d’une triple côte de veau (ben oui), d’une poignée de pois mange-tout et d’une livre de fèves dans leurs cosses, d’une demi-botte de radis, de quatre gousses d’ail nouveau et d’une branche d’oignon primeur.

DSC03149.JPG



Dans une larme d’huile d’olive et au fond de votre cocotte favorite faites bronzer à feu balèze la côte et les gousses sous toutes les coutures. Salez, poivrez. Déglacez d’une giclée de porto blanc. Couvrez. Et enfournez à 70° pour une heure, voire plus. Le veau ravit rosé, c’est là une vérité intangible autant qu’indiscutable.

Extirpez les fèves de leurs cosses. Blanchissez les deux minutes dans de l’eau frémissante salée. Virez-les à l’écumoire, pour les dérober (soit virer leur pellicule duraille). Réservez.

Dans la casserole, toujours bouillante normalement, balancez les pois mange-tout, taillés en losanges. Un petit moment. Faut les garder un brin croquants.

DSC03131.JPGTaillez enfin les radis en fines rondelles, à la mandoline par exemple, et l’oignon aussi.

Dix minutes avant le miam, balancez les légumes dans la cocotte, assaisonnez, et laissez le tout réchauffer gentiment.
Voilà: ça a l’air bon et couillon, mais c’est un boulot épouvantable, qui vous éreinte pour un résultat plus que minable.

On est en droit, enfin, de se siffler un grand pinot noir avec ça, un bourgogne d’âge mûr et de noble extraction, au fruité complexe et à la chair tonique. Et sans modération, bien sûr. Car un verre, ça va; trois verres, ça va, ça va, ça va.
Adios

06/08/2009

La lotte cochonne, le piment ibérique, les chanterelles et tout le tralala

Bien le bonjour, cuistots branchés

DSC02311.JPG

 

Il fut un temps où marier charcutaille et poiscaille relevait d’une audace culinaire inouïe. Voire inuit. Seuls quelques aventuriers intrépides et musculeux se risquaient alors à coiffer leurs encornets de miettes de jambon rôti (autopromo). A accoupler sans vergogne crevettes et merguez (re-autopromo). Ou à jucher leurs noix de St Jacques sur un pouf de lard grillé (re-re-autopromo).

Or, les choses ont bien changé. Oui, Madame. Désormais, le tandem terre-mer est devenu une évidence. Pour ne pas dire une giga banalité de la mort.
Tenez, notre pavé de lotte farci au korizo grillé, par exemple. Ben l’autre jour, suintant de fierté, on décrit la recette en détail à la copine Cricri. Elle écoute, poliment. Puis balance: «Poisson-cochon., c’est vraiment le truc à la mode. En vacances, j’ai vu ça sur toutes les cartes de resto
Et paf dans l’ego. Quand t’imagines avoir écrit un chapitre décisif de la gastronomie contemporaine, c’est toujours douloureux d’apprendre que t’as simplement jeté une crotte de nez dans la marre saumâtre de la branchitude.

Bref, voilà quand même le machin, très modestement intitulé châteaubriant de baudroie à la cochonne et son cortège estival autant que tricolore.
Dedans votre cabas tigré, il vous faut: des petites chanterelles (ou girolles en VF) - viiiite, la saison s’achève -, des fèves dans leur gousse – viiiiite, la saison s’achève –, des tomates cerise, un chouette morceau de lotte taillé en tronçons épais, du piment fumé autant qu’ibérique en poudre, quelques tranches de chorizo et L’Arrière-train sifflera trois fois en DVD (facultatif).

DSC02297.JPGDSC02296.JPG



Vous remarquerez qu’on a sciemment omis, comme d’ordinaire, d’indiquer les proportions, celles-ci variant considérablement selon le nombre des convives. Sachez, par exemple, que si vous êtes quatre à table, il s’agit de prévoir des quantités deux fois plus importantes que pour un tête à tête. L’inverse se vérifie également.

DSC02291.JPGPour la baudroie cochonne.
Poêlez les tranches de chorizo sans matière grasse. Quand elles croustillent, essorez sur du papier ménage.
Avec un couteau atchement pointu et affûté, incisez chaque pavé de lotte. Puis glissez le chorizo dans la scarification. Pas facile. Notez que votre couteau peut ici aimablement servir de cheval de Troie.
Salez le poisson, poivrez aussi et pimentez avec le divin pimentòn de la Vega, douce et odoriférante poudre castillane. A défaut, paprikez pépère.
Juste avant le miam, poêlez presto les pavés dans un peu d’huile d’olive. Genre deux minutes de chaque côté. Mais tout dépend de l’épaisseur de l’animal, of course. Coiffez enfin de chorizo taillé en bâtonnets et de quelques brins de thym.

Pour la garniture tricolore
. Ecossez les fèves. Pochez deux minutes dans une eau salée fémissante. Refroidissez illico. Puis dérobez. Réservez.
Nettoyez les champignons, à la brosse à dent si possible, sous l’eau claire autrement.
Taillez les tomates en deux.
Emincez une échalote.
Juste avant le miam. Faites fondre l’échalote dans une bonne noisette de beurre. Ajoutez tomates et girolles. Sel, poivre, une pincée de gingembre en poudre. Faites cuire cinq minutes à feu mezzo. Intégrez enfin les fèves, touillez 27 secondes. Puis dressez artistiquement les assiettes.
Avant de servir en tortillant du joufflu.

 

Ouvrons une page santé pour finir. TDSC02315.JPGous les diététiciens et les diététiciennes vous le diront, il faut absolument boire du vin à table; c’est bon pour le tissu conjonctif, l’articulation rachidienne et le transit artériel. Ici, une grenache gouailleuse, naturelle et parfumée devrait faire l’affaire. Farfouillez donc dans le chai du Domaine de l’Anglore, Tavel, Vallée du Rhône du Sud, France d’en bas à droite sur la carte. Il est possible que vous y trouviez le jus de la situation.

Veuillez agréer... blabla

18/05/2009

L’échine confite dans sa nage thaïe qui fait débat

DSC02100.JPG

Deux individus, de poids, de taille et d’âge moyen, discutent dans une cuisine.

_ Mais Estèbe! Cuistot à Q.I. de belette! Tu nous as fait quoi? Le printemps est arrivé!
_ J’suis au courant. So ouate? (rires)
_ Ben, cornichon géant, ce n’est que l’hiver qu’on se popote des viandes mijotées. Quand t’as le pif en congère et des Moon Boots aux arpions. Au réveil de la nature, t’allèges, t'acidules, tu poétises.
_ Pfffff… C’est diablement réactionnaire comme vision du calendrier culinaire. (rires)
_ Réac, mes fesses. En tout cas, ton cochon thaï de quatre heures, il arrive juste deux mois à la bourre.
_ Je ferais humblement remarquer que cette échine de porc, confite longuement certes, barbote dans une nage lightissime à la citronnelle et gingembre, en compagnie de petits légumes de saison. Si ce n’est pas printanier ça, je veux bien me déguiser en Père Noël myxomateux. (rires)
_ Des légumes de saison, hein? Lesquels?
_ Petits artichauts, fèves et radis. Et toc, dans le râtelier!
_ Bon. Et ton super jus machin truc, il est comment?
_ Dégraissé à donf’, délicatement parfumé, fluide et goûtu.
_ Allez, vieille grenouille, je vais goûter. Mais rien que pour te faire plaisir. (rires

Grountch, grountch, grountch (bruits de mastication infâmes).

Rideau

DSC02102.JPG

Pour réaliser une échine de porc confite en nage thaïe aux petits légumes qui twistent, il vous faut d’abord filer...

Chez l’épicier asiate pour acquérir quelques tiges de citronnelle, un bout de gingembre frais et une bonne poignée de feuilles de kaffir (kaffir parfois appelé combawa, cumbava, cumbaba, makrut ou citronnelle feuille).
Chez le maraîcher ensuite, on s’offre des radis rouges (compter deux par gulu à table), des carciofi (ou petits artichauts violets, trois par personne), des grosses fèves dans leurs cosses, plus quelques feuilles d’ail des ours (en cas de pénurie, on remplacera par une demi-gousse hachée).
Chez le boucher (qui porte la moustache) enfin, on récupère un beau morceau d’échine de porc (baptisé cou de porc de par chez nous, compter 163 grammes par convive), morceau bon marché autant que gracieux, trop souvent méprisé par les gosiers snobs.

DSC02096.JPGDSC02097.JPG

La tactique?
Dans une cocotte en fonte et un peu d’huile d’olive, faites revenir le cochon sous toutes ses coutures. Sel, poivre.
Ajoutez une échalote hachée et une généreuse cuillère à soupe de gingembre râpé. Laissez blondir pépère. Déglacez avec un gros déci de blanc sec. Mouillez avec trois décis d’eau.
Bricolez-vous un bouquet garni thaï en ficelant quelques bâtons de citronnelle fendus en deux dans le sens de la longueur, les feuilles de kaffir et celles d’ail des ours. Immergez. Laissez glouglouter tout doux et à couvert quatre heures.

Interlude. Voilà qui laisse largement le temps de traverser le grand lac tout nu en dos crawlé, puis de relire en riant le préambule des Dialogues de Platon, avant de se shampouiner les rouflaquettes.

Au bout de quatre plombes donc, réservez la viande. Virez le bouquet garni. Et laissez le bouillon refroidir. Puis dégraissez à l’écumoire. Ce qui clouera le bec à vos éventuels détracteurs (des tracteurs, mais pourquoi?).

DSC02099.JPG


Préparez les légumes. Ecossez et dérobez les fèves. Tranchez le cul des carciofi et la partie supérieure de leur tête. Virez les feuilles extérieures coriaces. Coupez en quatre et réservez, au fur et à mesure, dans une eau citronnée pour éviter qu’ils ne noircissent. Détaillez les radis en fines lamelles.
Acte final (ouf!). Remettez le bouillon sur le feu. Puis ajoutez la viande et les carciofi. Une dizaine de minutes. Intégrez enfin radis et fèves dans la cocotte. Cinq six minutes, pour les garder un rien croquants.
Découpez la viande, qui se montre d'une tendreté inimaginable. Coiffez de fleur de sel et fines lamelles de kaffir.
Puis servez en dansant la Macarena comme un authentique latinouf. Ce qui est assez délicat, quoiqu’essentiel pour la bonne présentation de cette recette.

A sous peu

23/03/2009

Le retour de l’ail des ours et le risotto über printanier.

Coucou, les ours

 

DSC01928.JPG

Après un hiver glacé comme la burne gauche du Diable (notoirement plus froide que la droite, tous les manuels de démonologie l’affirment); après un hiver long comme un jour sans vin naturel (notoirement plus mortifère que les jours sans bordeaux chimique); après un hiver qui commençait gentiment à nous rancir le moral et nous sulfater l’optimisme, le revoilà.
Qui ça?
Le printemps, banane. Il est là, sur l’étal du marchand (c’est beau ça comme phrase, on dirait du Michel Fugain). Il est là avec son cortège de plantes atchement bonnes à manger (c’est beau ça comme phrase, on dirait du Gérard de Villiers).

Bonjour à vous, Messieurs les carciofi (ou petits artichauts violets).
Bonjour à vous, Messieurs les petits radis (rouges dehors, nacrés dedans).
Bonjour à vous, Mesdames les fèves siciliennes (si tendres, si goûtues).
Et Gloire à vous, ô splendeur des splendeurs du Cosmos, Monsieur… l’Ail des Ours (roulement de tambour, pâmoisons, sanglots...)

DSC01930.JPG



A ce moment du récit, il n’est pas inutile de vous faire un rapide topo sur l’ail des ours, cousin sauvage de l’ail tout court à la saveur délicate et tonique, auquel on voue un culte dégoulinant, au point d’avoir créé, avec la copine Marion, l’opaque mais influent C.L.A.A.O, dont la bannière brille là en bas à droite. CLAAO pour Cercle Lémanique des Adorateurs de l’Ail des Ours; une association déclarée d’utilité végétale, qui accepte les dons numéraires et/ou en nature.

Bref, avalons donc ce risotto du printemps printanier de la mort du bonhomme d’hiver. Qui exige, pour ravir quatre gulus à table, 300 grammes de riz carnaroli, dix petits carciofi, 700 grammes de fèves dans leurs cosses, six radis rouges, deux carottes, deux grosses échalotes et un bouquet d’ail des ours. Plus un verre de vin blanc sec, 80 grammes de beurre et 80 grammes de bon parmesan râpé.

DSC01933.JPG


DSC01931.JPGPour le bouillon.
Ecossez les fèves, balancez la moitié des cosses dans une grande marmite d’eau. Ajoutez quelques fanes de radis et de carottes, une échalote piquée de deux clous de girofle, une carotte émincée grossièrement, une gousse d’ail écrabouillée, une pincée de sel, un tour de moulin à poivre et trois feuilles de laurier. Portez à ébullition pépère. Laissez frémir trois quarts d’heure. Passez au chinois. Réservez au chaud.

Pour les légumes. Blanchissez trois minutes les fèves. Refroidissez illico. Et dérobez-moi tout ça (dérober ne signifiant pas ici chouraver, mais virer la gaine). Réservez.
Eliminez le cul des carciofi et la partie supérieure de la tête. Virez les feuilles extérieures coriaces. Coupez en quatre et réservez, au fur et à mesure, dans une eau citronnée pour éviter qu’ils ne noircissent. Puis faites les revenir à la poêle, une grosse dizaine de minutes, doucement dans un peu d’huile d’olive. Sel, poivre.
Détaillez les radis en fines rondelles, la carotte en petits dés.
Emincez enfin huit feuilles d’ail des ours (avec la tige) et l’échalote.

DSC01932.JPG

Pour le risotto. Dans une cocotte, faites blondir doucement carotte et échalote dans une cuillère à soupe d’huile d’olive. Puis versez le riz. Quand il se nacre et se fait translucide, ajoutez un verre de vin blanc. Touillez jusqu’à élimination du liquide. Puis mouillez peu à peu de bouillon, à grandes louchées successives, jusqu’à ce que le risotto se montre moelleux, tout en demeurant un tantinet croquant à cœur. C’est un rien technique. C’est méga tactile. Comptez une vingtaine de minutes et environ un litre de bouillon. Assaisonnez puissamment.
Ajoutez carciofi, ail des ours, fèves et radis. Touillez une minute. Intégrez le beurre froid en petits morceaux, puis le parmesan. Mélanger suavement mais avec vélocité.

A taaaaaable !

Aparté vinique. Voilà peut-être l’occasion de remonter de la cave un grand bourgogne blanc, où gras, flaveurs et acidité nous jouent la plus belle des trignolettes. Par exemple un Montrachet (artère) ou un Meursault (du lit). Ben oui, soyons fous. Et roulons-nous dans la luxure avant que Durex XVI nous excommunie.

A bientôt. Et vivement bientôt.

PS: De l’ail des ours? D’autres recettes slurps? C’est , ici, ou par là.

16/06/2008

Le navarin de veau à la mode de chez les Slurps

Bien le coucou,

458201609.JPG1158140306.jpg

Pendant des années, on a stupidement confondu navarin (le ragoût de veau) et Mazarin (le ministre de Louis XIV). Ce Mazarin d’agneau, du coup, on s’en méfiait un peu, craignant un plat filou et sournois. Un plat ecclésiastique pour tout dire. Un jour pourtant, on a fini par piger. Le chouette navarin du printemps n’a rien à voir avec le voleur de Sicile. Ouf!
En fait, le navarin semble tirer son nom du navet. Ce qui tombe mal, vu que le navarin à la mode de chez les Slurps n’en abrite guère, de navet. On le remplace, avec un zeste d’iconoclasme lutin, par des radis, dont la saveur, un fois cuits, évoque le jeune navet, tout en offrant un rosé distrayant à l’œil.
Pour un navarin d’agneau de veau destiné à trois adultes aux appétits cardinaux, entassez dans votre panier
- 500 grammes d’épaule de veau, détaillé en morceaux par votre boucher moustachu.
- Vingt-deux gousses de petits pois
- Quinze gousses de fèves
- Neuf petites patates nouvelles
- Une gousse d’ail de dimension notable
- Du thym et du romarin
- Un bon fond de veau: maison c’est top, artisanal c’est pas mal, industriel s’il le faut vraiment.
- Deux tomates juteuses
- Une botte d’oignons nouveaux
- Une botte de jeunes carottes
- Une botte de radis
- Une botte de sept lieues (facultatif)

L’est lourd, le panier?

1073341595.JPG

Salez, poivrez et sucrez mollo la viande. Faites dorer au fond d’une cocotte dans un rien d’huile d’olive.

Pendant ce temps
, pelez, épépinez et détaillez les tomates en cubes grossiers (et va donc, cube grossier!).
Effeuillez et hachez deux brins de romarin et quatre de thym.
Ecrabouillez la gousse d’ail.
Préparez un déci de fond de veau corsé.
Balancez le tout dans la cocotte avec le veau. Touillez, couvrez et laissez mijoter 45 minutes.

Pendant ce temps (bis) préparez les légumes. Tout le jeu va consister à les cuire al dente (sauf les patates) et donc à respecter à la lettre et sans discuter les instructions que voici.
Or donc (c’est très laid or donc), pelez les patates, coupez-les en quatre éventuellement (tout dépend de la grosseur des patates, banane) et faites les revenir dix minutes à la poêle avec un oignon frais émincé. Sel, poivre.

Pendant ce temps (ter) écossez les petits pois. Réservez.
Taillez (et épluchez, même si un nettoyage suffit) les jeunes carottes en deux dans la largeur. Voire en deux dans la longueur. Réservez.
Lavez et coupez les radis en deux. Réservez.
Ecossez les fèves, faites pocher une minute dans de l’eau salée, puis dérobez-les (comme dirait ce voleur de Mazarin). Réservez.

827710015.JPG


Au bout de 45 minutes donc, ajoutez les patates dans la cocotte. Touillez.
Dix minutes plus tard, ajoutez les carottes et radis. Sans touiller. Couvrez.
Dix minutes plus tard, ajoutez les petits pois. Sans touiller. Couvrez
Cinq minutes plus tard, ajoutez les fèves (quasi cuites déjà). Sans touiller. Couvrez. Comptez jusqu’à 180. Et voilà.
Maintenant, deux alternatives.

1-
 Vous avez un jus abondant de la mort (sans vouloir vous manquer de respect). Virez tous le matos à l’écumoire et faites réduire à feu fou, en dégraissant et en rectifiant.
2- Le jus vous semble raisonnable, tant dans sa quantité que dans son goût, aromatique et balèze, servez illico, après avoir enfilé un habit de prélat fourbe.

 

190499008.JPG


Côté spiritueux, on vous suggère de déboucher ce joli rouge languedocien au tarif bisou qui, longtemps, figura au rang de nos breuvages quotidiens favoris. Un vieil ami donc, le svelte mais charnu (si, si), juteux et parfumé, Arbouse du Mas Bruguière, Pic Saint-Loup, Hérault, France-d’en-bas qui-se-lève-tôt-pour-pas-forcément-gagner-plus.

43633963.JPG


Amen