10/02/2011

Le hareng, l’orange et le fenouil (poil à la nouille)

Coucou, le gens


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Les lecteurs fidèles de ce torchon hirsute qu’est le blog Top Slurp auront noté qu’il n’y est jamais question de saumon. On n’est pas fan. Ou plus trop. C’est que sous ce nom générique se cache une flopée de variétés aux saveurs très discutables.
Il y a le saumon de piété qui ne vaut pas un clou.
Le saumon de Vénus qui rend fou.
Le saumon Canigou qui fait ronron.
Et puis le saumon beausapin qui n’est plus de saison.

Du coup, chez le poissonnier où l’on traînassait l’autre jour, on s’est payé du… hareng. Fumé. En filets. De la Baltique. Du hareng, oui.
Après ça, on a échafaudé une salade étrange, voire top frappadingue, vaguement inspirée d’une recette italienne dégustée naguère.
Voilà les lanières de hareng au fenouil et orange
. Tût, tût.

DSC03950.JPGVirez le cœur coriace d’un bulbe de fenouil. Emincez. Pochez trois minutes et rafraîchissez illico sous l’eau fraîche. Puis assaisonnez et arrosez d’une bonne huile d’olive. Réservez.
Pelez une orange douce et détaillez en minces tranches rondes.
Taillez les filets de hareng en lanières. Arrosez d’une bonne huile d’olive. Poivrez. Réservez.
Pile-poil à l’heure du miam, réunissez le tout dedans le plus beau des saladiers, puis dévorez dare-dare avec quelques aventuriers de la papille. Plus un grand verre de la cuvée Billes de Roches du Clos Melaric, un Saumur classe et gourmand, tamisé d’une larme de douceur mais tendu d’une acidité tonique (ta mère).

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Tchou!

04/10/2010

Pléonasme de volaille au fenouil et pastis

Bien les bonjour, les gens

Tu te souviens sans doute des figures de style de la langue français que t’enseignait, naguère en classe, la très disgracieuse Madame Zurber derrière sa moustache et ses lunettes vintage. La litote, la synecdoque et l’ellipse. Vas je ne te hais point et l’aveuglante obscurité. Tout ça, quoi. Ça y est? Tout te revient?
Ben, voyez-vous, cet arsenal littéraire peut parfaitement s’appliquer en cuisine. Parfaitement. Il y a ainsi des plats qui relèvent de l’allitération (les subtils sushis de supions aux salsifis) ou du chiasme (raie au beurre, beurre à la raie). D’autre s’avèrent paradoxaux (douceur au vieux camembert), hyperboliques (tsunami dévastateur au chocolat blanc et framboises) ou encore oxymoriques (purée croquante de brocolis délicieux).

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L’autre jour, alors qu’on présentait ce radieux poulet au pastis et fenouil à nos convives, l’un d’entre eux a glissé insidieusement que le mariage des ingrédients lui paraissait un tantinet… pléonastique. Gloups! Pléonastique ta mère? Ben oui, argumenta-t-il, la bouche arrondie comme le derrière de la volaille suscitée, le fenouil et le pastis n’offrent-ils pas des saveurs cousines, pour ne pas dire jumelles? D’où le pléonasme. Zut, alors! Il avait raison. On ne lui a plus adressé la parole de la soirée, en le zieutant à la dérobée en train de saucer son assiette comme un cochon. Pléonastique peut-être, slurpissime assurément.


Découpez un beau poulet bio en huit. Réservez la carcasse.

Faites longuement dorer huit gousses d’ail grossièrement émincées au fond d’une cocotte. Réservez.

Colorez à feu dru le poulet sous toutes les coutures. Assaisonnez vaillamment. Pimentez un poil. Déglacez avec un demi-déci de Pastis. Mouillez avec le jus d’un demi-pamplemousse et un filet de citron.

Puis ajoutez l'ail et un gros fenouil émincé, en prenant soin que le légume ne barbote pas dans le jus. Coiffez le tout avec la carcasse. Couvrez. Laissez mijoter 20 minutes. Puis raclez la carcasse pour la débarrasser de tous ses exquis morceaux de chairs. Balancez into the poubelle.

Laissez cuire à couvert un quart d’heure de plus. Touillez enfin.

Servez le pléonasme ailé avec trois pluches de persil et un vin blanc du Jura, mur et altier, crâne et brillant, aux senteurs de caillou chaud, tilleul et cédrat, dont l’élégante amertume finale te laisse le clapet frais autant qu’ému. Guignez donc l'étiquette.

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Tchou!

30/11/2009

Le hamster sous viagra et le flan de fenouil à la menthe

Coucou, les cochons dingues

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Il n’y a pas que des bonnes nouvelles dans le journal ce matin. Hou non. Vivre dans un pays où les gens pètent de trouille et insultent, via les urnes, une communauté qui ne leur à rien fait, voyez-vous, ça plombe le moral. Voire plus. Bref.

Heureusement qu’il y a des news plus gaîtes dans la presse, pour un peu qu’on cherche bien dans les recoins. Par exemple, celle-ci:
«Bien connu pour résoudre les dysfonctionnements érectiles chez l'homme, le Viagra s'est peut-être trouvé une autre fonction. Testé sur des hamsters, la petite pilule bleue pourrait aussi limiter les effets dus au décalage horaire.»

Par quel processus expérimental les scientifiques ont-ils pu en arriver à cette conclusion fascinante? Facile. On imagine qu’ils ont bourré un hamster de Viagra, l’ont expédié en avion vers les Antipodes, avant d’examiner ses réactions à l’arrivée. L’animal, qui aurait dû être tout flagada après ce long voyage, était sans doute excité comme une puce, pelotait l’hôtesse en jetant des plaisanteries libidineuses à la cantonade.
Voilà, le décalage horaire est vaincu. Vive les rongeurs. Vive la science. Vive les hôtesses de l’air.

Et puis, vu que rien n’arrête la marche fabuleuse du progrès humain, tricotons-nous à présent un flan de fenouil bio au parmesan bio et à la menthe bio, garniture bio qui accompagnera vos poissons bio ou viandes bio avec la pétulance d’un hamster bio sous viagra.

Pour quatre petits flans…

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Virez les feuilles moches et le cœur coriace d’une paire de fenouils adultes, émincez-les, puis faites les cuire à couvert dans une casserole avec un grand verre de lait. Quand ils s’abandonnent, mixez-les. Vrouuuuum. Assaisonnez.
Dans une jatte, fouettez deux œufs et une cuillère à soupe de crème. Fouettez, fouettez, refouettez. Salez mollo, poivrez. Puis intégrez une grosse cuillère d’un bon parmesan en poudre et un demi-bouquet de menthe ciselée. Touillez. Ajoutez enfin le fenouil. Retouilez.
Répartissez joliment dans quatre ramequins. Faites cuire au bain-marie, un gros quart d’heure, au four préchauffé à 150°.

Puis photographiez
, en faisant semblant de ne pas remarquer qu’une bestiole hirsute, un hérisson sous viagra sans doute, s’est glissée dans le cadre.
Tiens, ça me troue l’ozone, des trucs comme ça.

Bien à vous, bonsoir

22/06/2009

Les riches piquent tout aux pauvres, même le gaspacho vert

 

Mes amitiés, laboureurs andalous

 

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Vous avez remarqué? Les riches piquent toujours tout aux pauvres. Même en cuisine.
Les pauvres mettent des siècles à mitonner des plats simples, goûtus et roboratifs. Et pof, les riches les piquent.
On les imagine, les pauvres. Dehors rugit la bise, dedans gémit la faim; ils se serrent à quinze dans la cuisine, grelottant au coin d’une modeste flambée. Un beau jour, là au fond de la vieille marmite cabossée par le temps qui dodeline sur l’âtre, le miracle s’opère. La maigre pitance, améliorée par touches discrètes semaine après semaine, année après année, génération après génération, se transforme en une recette accomplie, harmonieuse, géniale quoi.
Et pof, les riches la piquent.
À tous les coups.
Sales riches.

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Tenez par exemple, le gaspacho. Le gaspacho est né en haillons. Sous un soleil de plomb. Dans les champs de l’Andalousie. Le voyageur romantique George Borrow, en balade espagnole dans les années 1830, le décrit comme un très humble mélange de pain, d’ail, d’huile, de vinaigre, de sel et d’eau froide. Même pas de tomate. Un breuvage de laboureur, n’exigeant qu’un pilon et un brin d’énergie pour pilonner; un moyen de lutter contre la chaleur qui fait oublier la faim et contre la pauvreté qui interdit de l’oublier. Un truc de pas-grand-chose. Un truc vital.
Et pof, les riches l’ont piqué.

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Car, voyez-vous, le gaspacho nous joue désormais le mets branché. Les éditeurs lui consacrent de pleins bouquins richement illustrés. Les mags culinaires lui déroulent le tapis rouge (rouge tomate, bien sûr). Les chefs qui comptent l’adaptent. De Ferran Adria d’El Bulli à Bernard Pacaud de l’Ambroisie, sans oublier Denis Martin et son gaspacho noir à l’encre de seiche. Bref, le gaspachisme est en marche.

Il n’y avait pas de raison que le Dr Slurp regarde passer le cortège sans grimper dedans. Voilà donc notre gaspacho vert, recette élémentaire autant que bon marché, qui propose un émouvant clin d’œil aux origines prolétariennes de la soussoupe ibérique.

Pour trois bols, il vous faut un gros bouquet de basilic, une gousse d’ail, un bulbe de fenouil, le vert d’une grande côte de bette et un demi-concombre. Rien, quoi.


DSC02192.JPGVirez le cœur coriace et les antennes du fenouil, émincez, puis faites pocher trois minutes à eau frémissante salée avec la feuille de bette. 
Et mixez-moi tout ça avec le concombre taillé en morceaux, le basilic, une gousse d’ail et un demi-verre d’eau. Ajoutez un peu d’eau si nécessaire.
Puis intégrez une grosse cuillère à soupe d’huile d’olive et une demi-cuillère de vinaigre de Xérès. Salez, poivrez, sucrez un mini poil même. Goûtez. Et rectifiez jusqu’à l’extase. Expédiez au congélo. Avant de servir, quand le soleil plombe et que l’apéro s’enlise, avec quelques tranches de pain grillées, frottées à l’ail et à la tomate.

Il n’est pas interdit de faire barboter quelques graines de fenouil et un trait de piment sur la surface. Ça fait riche. A piquer un plat aux pauvres, autant assumer.

Olé!


PS. Il y a une autre recette de gaspacho quelque part sur ce blog. On pourrait vous faire un lien. Mais c'est l'heure de la sieste.

16/10/2008

A nos enfants de la marmite, le jour du jarret acidulé est arrivé

Salut, les patriotes

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C’est indéniable, il a un sursaut qualitatif entre l’interprétation de la Marseillaise par Mireille Mathieu (qui est coiffée comme un Playmobil) et celle de Laam (qui est coiffée comme une Barbie). Un petit mieux.
Reste qu’un hymne national, c’est quand même bien moche.
Un hymne national, c'est conçu pour partir se faire dessouder sur le champ de bataille en gloussant.
Un hymne national, c’est mélodiquement naze (faut que tout le monde le retienne) et textuellement con (faut que tout le monde le comprenne).
Bonjour la pompe harmonique et les paroles ringardissimes.
Difficile dès lors de ne pas avoir envie de huer ces insultes à la belle musique. Hu, hu, hu.
Nous, quand on entend un hymne, on le siffle. Tout seul, dans la cuisine. Mais avec entrain.
Inutile de dire que l’on éprouve nulle tendresse pour les supporters de foot, bas du front et kronenbourrés. On a tout de même un brin rigolé face au déchaînement cocardier, à la fièvre patriotique (Roselyne, impayable!), qui a suivi le petit tohu-bohu au Stade de France. Il parait qu’il y a une crise en marche, autrement plus grave que les sifflets d’une tribune de couillons.
Bon, chantons maintenant:

A nos enfants de la marmite
Le jour du jarret acidulé est arrivé
Contre nous du surimi
L’étendart mijoté est levé

Tiens voilà, un jarret de veau au fenouil, câpre et citron, qui dégorge les bronches et les esprits.

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Il vous faut une tranche de jarret par gulu à nourrir, un citron bio (ou plus si famille nombreuse), un gros fenouil (ou plus si famille nombreuse), des câpres petites et grosses, du gingembre en poudre, une gousse d’ail et une échalote (ou plus si…), du vin blanc et un doctorat en chant guerrier poussiéreux (facultatif).

Faites fondre l’ail et l’échalote hachés au fond d’une jolie cocotte. Réservez. Faites dorer les jarrets préalablement salés et poivrés. Posez sur la viande l’ail et l’échalote, puis le fenouil détaillé en minces virgules et le citron découpé en tranches. Saupoudrez de gingembre en poudre.

Mouillez de vin blanc jusqu’à mi-hauteur. Ajoutez un peu d’eau. Inutile de submerger le tout. Posez enfin deux brins de romarin sur l’échafaudage. Romarin qu’il faudra virer après une heure de cuisson.

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Laissez glouglouter à feu tout doux, deux heures. Cinq minutes avant de servir, balancez une poignée de câpres dans la cocotte. Rectifiez l'assaisonnement, d’une pincée de piment si la glotte vous en dit.

Amenez la cocote sur la table (avec un riz blanc, des cocos bretons ou du couscous). Et laissez votre animalité s’exprimer. Scrountch, scrountch.

Avec ça, on a débouché un assemblage blanc genevois plutôt onéreux, issu d’un domaine adulé par les amateurs, la critique et la diplomatie internationale. Blanc qui nous a paru démesurément boisé, outrageusement parfumé et inélégamment grassouillet. Alcooleux et putassier. Too much, quoi. Pas glop. On en aurait presque entonné la Marseillaise.

Tchou, les rois conjurés