25/05/2010

Les particules fugitives et la salade aux trois poivrons mignons

Mes hommages, sœurs et frères dotés de papilles

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geluk.jpegHervé This - vous savez le chimiste de la popote et des médias - est quand même un sacré empêcheur-de-rôtir-en-rond.  Voire un über enquiquineur. Parfaitement. Dans un de ses bouquins, il raconte par exemple que les bonnes odeurs qui s’échappent de la cuisine sont de mauvais augure. Grosso modo, ces parfums divins signifient que de chouettes molécules aromatiques sont en train de se faire la malle. Et manqueront donc à l’appel une fois le plat terminé. Du gâchis volatil, en somme.

Merci This.

Car depuis, on culpabilise comme une bête dès qu’un fumet volette gentiment autour de la gazinière. Damned, les particules odoriférantes se font la belle !!! Viiiite, retenons- les !!! Nous voilà essayant de calfeutrer fiévreusement la porte du four. Ou de menacer les fragments parfumés du mitard, de la potence, du knout. Voire de tenter de chopper les fugitives avec un filet à papillon en sautillant comme un crétin devant les fourneaux. Peine perdue, bien sûr. Les atomes n’en font qu’à leur tête.
Ça sent bon.
Et on déprime.
Merci This.

L’élaboration du plat qui suit peut ainsi se préluder par un sentiment d’impuissance terrible chez le cuistot. Inutile de sombrer dans le désespoir. Il suffit de se boucher le pif en travaillant.
DSC03269.JPGVoilà la salade aux trois poivrons rôtis à l’huile d’argan et au thym. Un classique du genre estival et méditerranéen, une tarte à la crème sudiste peut-être bien, mais qui fait drôlement du bien dedans ton bec quand même.

Payez-vous un poivron rouge, un poivron jaune et un poivron vert.  Et un orange aussi, en cas d’humeur lutine. Rincez et balancez les poivrons sous le gril, à fond les manettes, juste un petit moment, en les retournant afin qu’ils grillent bien de toutes parts. (C’est là que ca fleure délicieusement dans la cuisine et que tu tombes à genoux en sanglotant ; merci This).

Enfermez ensuite les poivrons dans un sac en plastique bien hermétique. La claustration va détacher la peau de la chair. Magique. Dès lors, vous pelez du bout des doigts, et en chantonnant l’Internationale avec ça. Avant d’épépiner, puis de détailler en lanières.
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Disposez le tout sur un grand plat, en prenant soin d’alterner les couleurs façon marqueterie post-cubiste, ce qui flattera l’œil des âmes simples. Arrosez d’huile d’argan bien fraîche, d’un filet de citron. Puis parsemez d’ail nouveau haché et de thym. Salez à la fleur de sel. Poivrez. Et poum !

Avec ça, rien n’empêche de vider une bouteille d’un beau blanc bien frappé et taillé à la serpe. Dans le genre jus cinglant et superbe, naturel et racé, l’aligoté vieille vignes 2008 de Alice et Olivier De Moor, ben mon colon, il se pose là. Hou oui.

A plusssss

04/02/2010

Les joues de lotte au pavot, l’huile d’argan, la copine de lycée et tout ça

Yo !

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On avait une copine de lycée prénommée Charlotte, que tout le monde appelait Lotte. Ce qui ne la dérangeait nullement. C’était une brunette rigolote, une chic fille, sans histoire ni chichi, toujours partante pour te prêter cinq balles ou te filer sa version latine pour que tu pompes dessus. On ne lui connaissait pas de fiancé, mais la rumeur la disait secrètement amoureuse de ce gros crétin de Francis. Lequel l’ignorait royalement. Bien sûr. Un con, le Francis.
Bref. Un dimanche matin, alors qu’elle faisait ses courses en famille, Lotte (la fille) découvrit, sur l’étal d’un poissonnier de la halle Victor Hugo, une lotte (le poisson). Entière. Avec la tête. Quiconque n’a jamais vu la tête d’une lotte (le poisson) ne connaît pas l’effroi. Cette bestiole-là est d’une laideur inouïe. Avec une tronche grimaçante et dentue, qui occupe les deux tiers du corps. Un cauchemar.
Dès le lundi suivant, nul ne put plus appeler Charlotte par son diminutif. Elle n’y répondait plus. Puis les vacances d’été arrivèrent. Elle changea de lycée. Jamais on ne la revit.

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Spécial dédicace à la copine d’antan: voilà nos ravissantes joues de lotte panées au pavot et noisettes, avec son méli-mélo de légumes d’hiver à l’huile d’argan.
Recette intimidante sur le papier, je le concède, mais d’une facilité de réalisation étourdissante. D’ailleurs, on en est tout étourdi rien qu’à le taper sur le clavier. Hu hu

Il faut se munir au préalable de joues de lotte (voir nota bene n°1), d’une bonne huile d’argan (voir nota bene n°2), d’une bouteille de Mauzac pour boire avec (voir nota bene n°3), d’une poignée de graines de pavot, d’une autre de noisettes, d’un céleri pomme, d’une rave et d’une paire de carottes violettes. Ou pas (voir nota bene n°4).

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Pour le méli-mélo. Pelez les légumes, puis taillez-les en minces lamelles à l’économe. Passez à la vapeur quatre -cinq minutes. Humectez d’huile d’argan. Fleur de sel. Tour de moulin à poivre. Réservez au chaud.

Pour les joues. Virez les peaux et filaments. Rincez. Séchez. Oignez d’huile d’olive.
Au fond d’un mortier, écrabouillez ensuite les noisettes. Mélangez-les au pavot, avec une pincée de sel et quelques tours de moulin à poivre.
Roulez les joues dans les petites graines, en insistant pour qu’elles s’agrippent à la chair du poisson comme un ministre à son portefeuille.
Poêlez enfin, à feu furieux, une minute et quelque de chaque côté.

Posez enfin les joues sur la couette légumière. Débouchez le Mauzac et pâmez-vous en sniffant son bouquet divin. Des fleurs blanches. De la poire. Du silex. Un boisé délicat. Rahhhhh…

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Tchin Charlotte!

NB1: Selon notre poissonnier, les joues de poisson (colin, cabillaud, lotte) sont des mets en voie de disparition. De plus en plus, les bestioles maritimes lui arrivent sans tête, écailles ni arêtes. Adios les joues, donc. Sale époque.

NB2: L’huile d’argan, élixir marocain à l’envoûtante saveur d’amandes grillées, vient donc de la pression des amandons contenus dans les noix, elles-mêmes contenues dans les fruits de l’arganier. Vous suivez ? Deux gros hics. Certaines de ces huiles, manufacturées de manière très traditionnelle, rancissent à la vitesse d’un chameau à la fois sous EPO et au galop. Très vite, en somme. D’autres, provenant d’arbres squattés par les chèvres (folles dingos des fruits de l’arganier), ont la fâcheuse tendance à empester le caca de bique. Pas super sexy. Il faut donc dénicher une huile à la fois pure et résistante. On a trouvé la perle rare et bio (clic).

DSC02938.JPGNB3: Le Mauzac est un cépage autochtone du pays de Gaillac, aux arômes de pommes et de noix absolument exquis. On est dingo de la vive autant que racée cuvée de Mauzac du Château de l’Enclos des Rozes, d’Aurélie Balaran, la fille de son père d’Escausse (clic), distribuée par l’infatigable monsieur de Vins Etonnants (clic).

NB4: Euh… et  chez vous, ça gazouille?