19/10/2010

Le gratin courge-patate-lard et la méditation gasconne

 

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Bien le bonjour, les petits hommes verts

La jeune Caro était toute chose. Les épaules voûtées et la mine chagrine, elle coula au Dr Slurp un regard façon requiem. «J’ai foiré mon gratin courge-patate», gémit-elle, en se mouchant bruyamment. «La patate était papette, la courge duraille. Que puis-je faire?» Le Dr Slurp, dans sa mansuétude cosmique et son empathie transnationale, hocha la tête en grattouillant le chignon de la malheureuse. Oui, il acceptait cette affaire.
Durant sept jours et six nuits, le maître gascon médita, les yeux mi-clos mais les muscles bandés, assis en position du lotus fané sur un pouf dégotté aux puces à vil prix. D’aucuns racontent qu’il psalmodiait des litanies étranges sans même ouvrir la bouche. D’autres qu’il jouait à Super Mario sans sauter. Le 7e jour à l’aube, il déplia son interminable carcasse aux reflets ambrés, respira pour la première fois de la semaine. Et passa en cuisine.

T’y crois, toi, à ces fadaises?

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Pour bidouiller un gratin courge-patate au lard (merci Caro pour cette idée ravigotante), plat indéniablement de saison froide car garni de mauvaises intentions diététiques, il te faut une grosse patate à purée par gulu à nourrir, l’équivalent en poids de courge, du bon gruyère râpé, de fines bardes de lard, deux échalotes, de la crème et voilà.

Pelez, puis taillez les patates en très minces rondelles, sans les laver. Dans une casserole, immergez jusqu’à hauteur dans du lait, avec une gousse d’ail écrabouillée et une grosse pincée de muscade, sel, poivre. Laissez cuire pépère une vingtaine minutes, jusqu'à ce que la patate s’attendrisse, que l'amidon et le lait se lovent tendrement.

Pelez
et taillez la courge en cube. Pochez à eau frémissante une dizaine de minutes.

Détaillez le lard en carrés sympas (n’importe quoi), émincez l’échalote. Faites dorer le tout à la poêle. Puis essorez entre deux feuilles de papier ménage.


Puis montez votre gratin jusqu’à érosion des vivres: patates et lait; courge assaisonnée avec une lichette de crème sur la tête; lardons et échalotes; patates et lait; courge assaisonnée avec une lichette de crème sur la tête; lardons et échalotes patates et lait; courge assaisonnée avec une lichette de crème sur la tête; lardons et échalotes patates et lait; courge assaisonnée avec une lichette de crème sur la tête; lardons et échalotes patates et lait; courge assaisonnée avec une lichette de crème sur la tête; lardons et échalotes patates et lait; courge assaisonnée avec une lichette de crème sur la tête; lardons et échalotes patates et lait; courge assaisonnée avec une lichette de crème sur la tête; lardons et échalotes patates et lait; courge assaisonnée avec une lichette de crème sur la tête; lardons et échalotes patates et lait; courge assaisonnée avec une lichette de crème sur la tête; lardons et échalotes patates et lait; courge assaisonnée avec une lichette de crème sur la tête; lardons et échalotes patates et lait; courge assaisonnée avec une lichette de crème sur la tête; lardons et échalotes patates et lait; courge assaisonnée avec une lichette de crème sur la tête; lardons et échalotes patates et lait; courge assaisonnée avec une lichette de crème sur la tête; lardons et échalotes patates et lait; courge assaisonnée avec une lichette de crème sur la tête.

Bon, il se peut que vous ayez épuisé le matos avant le 55e étage.

DSC03570.JPGCoiffez pour finir de gruyère râpé, avec une vraie générosité.

Expédiez au four à 180° pour une demi-heure. Vérifiez le hâle de temps à autre. Et la cuisson aussi, d’une pointe de couteau inquisiteur.

N’oubliez surtout pas de déboucher un rouge au fruité riant et à la chair tonique. Le très savoureux et racé Moulin-à-Vent des Côtes de la Molière par exemple.

Tchou, bonsoir

24/09/2009

Le mini cassoulet déviant versus le maxi burger gerbant


Bien les bonjour, les cochons chinois

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Les Etats-Unis d’Amérique sont un pays où l’on sait encore se jeter de vrais défis. Prenez Steve Mallie par exemple, le boss du Mallies’ Sports Grill & Bar dans le Michigan. Il rêvait de figurer dans le livre Guinness des records débiles. Ben, l’autre jour, il a bâti le plus gros hamburger du monde : 84 kilos de pain, de fromage et de bidoche hachée. Yes, he can.  Un gulu a même déboursé 500 dollars pour acheter ce gros machin huileux.

Selon son humeur, on pourra trouver cette prouesse absolument prodigieuse, ou résolument gerbatoire sur une planète où plein de gens crèvent la dalle. C’est pas pour faire de la morale à deux sous, mais quand même…

Bref. Comme nous aussi caressons l’espoir d’inscrire notre nom au panthéon des réalisations culinaires extrêmes, on vous a cuisiné le cassoulet… le plus petit du monde. Trop fort. Messieurs du Guinness, venez donc goûter cette sublime miniature.

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On dit cassoulet, certes, tout en soupesant l’inexactitude du terme. Le vrai cassoulet, gascon ou languedocien, est le résultat d’une ingénierie gastronomique longue et exigeante, au terme de laquelle les chairs, parfums et saveurs s’enlacent en une fascinante étreinte, digne d’une partie de jambe en l’air entre Aphrodite et Dionysos un samedi soir sur l’Olympe. De vrais cassoulets?  Zieutez donc çui-ci, ou çui-là.

Notre cassoulet de poche n’en est donc pas un à proprement parler. Mais une recette coquine de mi-saison, largement plus light et simplette que l’auguste plat dont elle choure le nom. Prudence oui: on ne voudrait pas se retrouver frappé d’une fatwa occitane.

Pour quatre mini cocottes, il vous faut 700 grammes de haricots borlotti (borlotti, ouiiiii, clic) dans leur cosse, 250 gr de palette de porc crue, 120 gr de lard non salé, quinze petites tranches de magret fumé, trois brins de persil et autant de thym, trois feuilles de laurier, un bouquet garni, une gousse d’ail, deux tomates bien mûres et dodues et un ancêtre cathare mort sur le bûcher (facultatif).

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Ecossez
les haricots, pochez une vingtaine de minutes avec le bouquet garni et le laurier dans une eau frémissante non salée.
Détaillez la palette en petits cubes, le lard et le magret fumé en lamelles.
Faites fondre la gousse d’ail hachée dans un peu d’huile d’olive; réservez. Puis dorez la palette et le lard sous toutes leurs coutures porcines. Sel, poivre. Réservez.
Pelez, épépinez et concassez les tomates. Ciselez les herbettes.
Quand les haricots s’attendrissent, égouttez. Remettez-les alors dans leur casserole, avec les viandes et la tomate. Assaisonnez avec largesse. Touillez. Laissez mijoter tout doux trois quart d’heure, en veillant à ce qu’il reste un peu de jus au fond du récipient. Car le borlotti sec lasse la papille.
DSC02533.JPGAu moment du miam, intégrez les herbettes, rectifiez l’assaisonnement, et emplissez vos mini cocottes, avec un peu de jus au fond. Cet ultime transvasement n’ayant d’autre but que de faire son petit malin branché qui joue à la dînette en exhibant son matos culinaire hors de prix. Et éventuellement de garder le cassoulet au chaud, à four tiède, pendant l’apéro. Voire même, si la journée a été fraîche et l'humeur frivole, de gratiner l’affaire presto au gril, en coiffant le cassoussou d’une biscotte écrabouillée.

On sert tout ça avec une salade verte. Et on l’arrose de vin rouge, certes. Un grand vin rouge de la mort du diable même. Par exemple un Bandol du Domaine Tempier (le vin favori du romancier Jim Harrison, cela soit dit en passant) qui, même dans sa cuvée la plus modeste et un millésime récent, avec ses parfums de fruits noirs un rien chocolatés, ses tannins aériens, sa chair pulpeuse mais tonique, figure sur le podium des plus grand pinards du cosmos. Parfaitement.

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A plouche

14/09/2009

Le frisé qui ne se prend pas le chou, farci aux noisettes, jambon et pleurotes


Bonjour, les gerboises rousses

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Il y a quelqu’un qui nous a dit que quelqu’un lui avait dit que quelqu’un d’autre avait peut-être aperçu des bolets dans les sous-bois jurassiens. Ou peut-être pas. Dans la presse, on appelle ça une info de première main. Un scoop, voire. La saison des champignons est de retour. Youpi.

Par solidarité avec nos amis les champignonneurs qui, depuis des jours déjà, parcourent la pampa la truffe à terre, la carotide palpitante et le pelvis aux aguets, on s’est donc payé une barquette de pleurotes à la supérette. Des pleurotes de couche, of course, élevés par la main de l’homme. Notez que le pleurote, s’il n’offre qu’une chair molle et somme toute peu affriolante après cuisson, reste largement plus goûteux que son collègue de culture: le champi de Paris. Le pleurote, il s’avère même über croquignolet dans ces feuilles de chou farcies aux champis, jambon et noisettes. Oui, Madame.

Voilà une recette furieusement sylvestre et pré-automnale, pour laquelle il vous faut des noisettes, des pleurotes (visez les 120 grammes par personnes, ça réduit à donf’), un chou frisé (oui, façon Kadhafi), quelques tranches d’un jambon cru de caractère (ibérique par exemple), un morceau de lard non fumé, une gousse d’ail, un demi-bouquet de ciboulette, sept brins de persil, deux échalotes et une demi-heure à perdre.

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Pour la farce (ah, ah).
Détaillez lard et jambon en très minces lamelles. Hachez ail et échalote. Ciselez les herbettes. Pilonnez les noisettes (huu, tu commences à me pilonner les noisettes, toi). Rincez presto et émincez mini les pleurotes.
Pas souci de correction diététique et mesure de précaution calorique, poêlez d’abord le lard. Réservez ensuite sur du papier absorbant. Rincez la poêle. Dans une larme d’huile d’olive, faites alors fondre ail et échalote. Ajoutez le jambon, laissez colorer quelques minutes. Puis intégrez le lard et les pleurotes. Laissez barboter quelques minutes. Avant de balancer, d’un geste gracieux SVP, la ciboulette, le persil et les noisettes. Shakez. Assaisonnez bien. Réservez.

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Pour le chou.
Détachez de belles feuilles, deux ou trois par personne, pochez les deux minutes dans de l’eau frémissante, essorez. Puis farcissez avec le mix sus-décrit. Repliez les feuilles façon première leçon d’origami. Ficelez.
Expédiez vos mignons fagots dans le panier vapeur pour dix minutes.
Puis colorez-les à la poêle quelques minutes. Assaisonnez.

 

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DSC02442.JPGAvec ces paquets bénis, il faut boire. Ben oui. Du vin. Du rouge. Par exemple le Plant Robert de l’adorable Henri Chollet à Aran-Villette, Lavaux, canton de Vaud, Suisse méridionale, Europe occidentale; un chouette pinard à l’élégante rusticité, au fruité impérieux et au poivré titillant. Un vin racé, frais et terrien. Un vin agricool, en somme.

Bien le bonjour chez vous

21/05/2009

Gambas, morilles et lard embrochés à la vitesse d’un TGV au galop

Coucou,

 

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Aujourd’hui, chers lecteurs haletants et allaitants, nous allons tenter d’inscrire ce blog dans le Livre Guiness des Records Débiles, en publiant la recette narrée de manière la plus rapide de l’histoire de la popote mondiale.

Parfaitement.
On retient son souffle.
Et on se lance.

Pour réaliser une brochette gambas-morille-lard, embrochez le tout et faites griller.

88 caractères. 13 mots. Bingo. Ben voilà, on est dans le Guiness. Trop fort.
Certes, ce n’est pas donné à tout le monde, mais toi aussi, en bossant comme un fou des mois durant, tu peux y arriver.

Envoyez les télégrammes de félicitations et dons en nature à:
Dr Slurp
Genf
Suisse méridionale

Europe non alignée

 

Bizzzz

 

 

PS:  Avant de rafler le record, il s’agit de faire mariner les crevettes crues (de grosses crevettes ou de petites gambas) avec de l’huile d’olive, une pointe d’ail haché, une bonne pincée de piment d’Espelette, du thym frais et quelques tours de moulin à poivre.
Les morilles seront menues, bien nettes et fermes, si possible dégottées par M’Zelle Sonson dans les sous-bois des contreforts jurassiens (facultatif). On les nettoie sous l’eau, et on les précuit cinq six minutes dans une mininoisette de beurre.
Le lard est paysan mais pas fumé. Il est taillé en dés d’une taille égale à l’épaisseur des morilles et des crevettes (soyez bien concentrés à ce stade, SVP).

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Une fois le tout enfilé sur une pique (pique et colégramme), on bloque la brochette avec un petit bâtonnet d’oignon frais (le détail sublime, qui trahit le passé de scout du cuistot).
On assaisonne. Avant de faire dorer les brochettes une douzaine de minutes dans un peu d’huile d’olive, à feu mezzo.
Il est envisageable de se taper ça à l’apéro, en entrée ou en plat principal. Voire au dessert ou au goûter. Compter de une à 87 brochettes par personne. A déguster avec un verre de gamay à jus blanc boombastic, genre le Moulin-à-vent émouvant du Domaine des Côtes de Molières.

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Quoi??!! Il est long mon poste-scriptôme??!! M’enfin??!!

09/10/2008

Rougets au lard et crème de paprika: la recette à 700 milliards

 

Coucou, les happy contribuables

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C’est assez rigolo ces paquets de flouze qui valsent ces jours-ci. Ya les 700 milliards de ce brave Paulson; les 2,4 milliards d’euros pour Galileo; les trois milliards d’euros pour Galexia; les 4 milliards dilapidés par Kerviel, et on en passe et avec plein de zéros. Sans oublier les parachutes dorés, ou plutôt les montgolfières serties de diamants: trois millions d’euros pour le gulu de Dexia; six millions d’euros pour la nana d’Alcatel, etc.

Je sais pas vous, mais au bout d'un moment, tout ça devient total abstrait. Cent millions par ci; trois milliards par là. Et pouf! Ma petite dame, le billion, je vous l’emballe? On s’étonne plus. On compte plus. On peste même plus. C’est juste une petite musique avec des chiffres à la place des notes, qui fait dingueling dans nos oreilles.

Tout ça pour dire que le rouget barbet, avant-hier encore, on trouvait ça cher. Et les petits bolets tête-de-nègre aussi. Ben, l’autre jour, au marché, on a vidé notre portefeuille sans même y penser. Levez-moi les filets et prenez donc cette liasse, monsieur le poissonnier. La monnaie? Pour quoi faire?

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Après, on est allé jeter des pièces aux canards dans le lac. On s’est amusé à faire des cocottes avec les cartes de crédit. Avant de rentrer à la maison pour vous mitonner ces filets de rouget au lard rôti, petits bolets et crème de paprika frais pimenté. Recette à la fois roots et culottée, terre et mer comme on dit, que les gentes créatures qui partagent notre existence ont avalé avec un vrai enthousiasme. Sans compter, quoi.
On notera au passage l’utilisation de paprika frais, top chic et dépaysant, remplaçable sans nul bobo par des poivrons doux lambda. Il faut aussi se munir de longues tranches d’un lard salé, mais pas fumé. Et d’un piment fumé, mais pas salé. Par exemple le pimenton de la Vera venu d’Espagne, très parfumé et câlin, qui se cache d’ordinaire dans une boîte en métal au look délicieusement kitsch.

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Bon, zou, en cuisine!

Pelez et taillez les paprikas en morceaux. Faites fondre à couvert dans une casserole avec une larme d’eau et une giclée d’huile d’olive, en compagnie d’une gousse d’ail émincée. Quand le légume s’attendrit, mixez, liez d’une cuillère de crème, pimentez au pimenton, sel, poivre. Gardez au chaud.

Dégraissez un brin le lard, rôtissez-le à la poêle. Essorez sur du papier absorbant. Gardez au chaud.

Brossez les bolets, faites les sauter cinq bonnes minutes dans une noisette de beurre. Assaisonnez d’une pincée de gingembre en poudre. Sel, poivre. Gardez au chaud (quoi, on se répète?)

DSC01258.JPGSalez et poivrez les filets de poisson. Hop, à la poêle bien chaude. Deux minutes côté peau. Trente secondes côté chair. Et toc.

Récapitulation. Nous voilà donc avec un crème de poivron; des mignons petits cèpes; des bandelettes de lard et des filets de rougets. Il s’agit dès lors de présenter tout ça dignement, voire même joliment. Or c’est un art qui nous échappe encore. Débrouillez-vous.

Avec ça, un cru languedocien au fruité tapageur et à la chair aussi pulpeuse que fraîche, le sous estimé et éblouissant Faugères 2006 du Domaine Saint Antonin par exemple (13 francs, c'est quoi de nos jours?), pourrait redonner la banane aux bourses internationales.

Un trillion de bisoux