31/08/2009

Le melon, un tueur de pape en salade d’herbettes fraîches


Bien le bonjour, les gerboises naines

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Vous pensiez le melon tout con, tout bon, tout rond? Inoffensif en somme? Ben non. C’est une crapule. Un serial killer à la chair sucrée. Un serial killer spécialisé dans le beau linge, même. Oui, Madame. On ne compte ainsi plus le nombre de gulus de la haute qui sont passés de vie à trépas après mastication de ladite cucurbitacée. Tiens, un beau soir de 1471, le pape Paul II s’en engloutit deux – et des gros, dit-on – pour le souper. Quelques heures plus tard, il te fait une apoplexie dans son lit. Et paf, le pape.

Soixante ans plus tard, son successeur Clément VII commet la même et fatale bêtise. Et pif, le pontife.

Chez les grands d’Allemagne aussi, on se melonna à mort (du verbe intransitif se melonner, oui). Les historiens affirment que les Empereurs Albert II, Frédéric III et Maximilien 1er cassèrent leurs souveraines pipes, les uns après les autres, après absorption immodérée de melon. Idem pour Guy de Brosse, médecin de Louis XIII. Et pour l’amiral Gaëtan de l’Estèbe, héros de la bataille des Dardanelles et lointain aïeul de l’auteur de ces lignes.
Une vraie hécatombe.

 

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Cela dit, le melon ne trucidant que les gens bien nés en string de soie, tous nos lecteurs d’extraction modeste - et ils sont légion Dieu merci -  pourront s’empiffrer de cette exquise salade de melon aux herbettes fraîches et poivre cubèbe. Le poivre cubèbe qui, s’il peut sembler a priori appartenir à ces ingrédients snobs et élitaires, destinés moins à ravir en bouche qu’à faire mousser le cuistot branché, s’avère ici aromatiquement pertinent et charmeur. Parfaitement. Voyez ça comme une petite musique exotique autant que fruitée, qui fait doucement gambiller cette entrée de l'été finissant.


DSC02405.JPGTaillez un melon en cubes. Ciselez finement trois brins de coriandre et trois brins de basilic. Extrayez quelques minces zestes de citron. Blanchissez-les une minute. Mélanger le tout. Poivrez de cubèbe avec générosité. Et disposez dans un plat sphérique évoquant les microsillons de notre jeunesse. Et attendez que clamse le pape.



Zoubi les Zombis

10/08/2009

Lettre d’amour fou à la verveine citronnée (magistralement déclinée en soupe de melon et gambas rôties en graines de sésame)

Bonjour, les énarques du goût

 

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On a déjà hululé ici notre tendresse pour la délicate et mirobolante verveine citronnée. Froisser puis sniffer une feuille de cette plante sublime, c’est comme expédier tes naseaux dans le Jardin d’Eden, en business-class et sur Ivresse Airlines.
C’est comme danser un long slow langoureux avec Dame Nature simplement vêtue d’un paréo mauve.
C’est comme flatter le croupion ferme et ondulant de la saison estivale, dans la pinède vierzonnaise au clair de lune.
Euh… On s’égare, non?


Bref, après avoir fait convoler cette merveille avec un lapinou qui passait par là (clic), la voilà déclinée en soupe de melon et gambas rôtie en croûte de sésame. Oui, c’est fort. Non, on ne sait pas où on va chercher tout ça. Oui, on veut bien la médaille du mérite végétal, plus la palme académique (avec le masque et le tuba, SVP).

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Mixez-moi un melon (ou deux ou trois, selon nombre de becs à table) avec un bouquet de verveine. Puis assaisonnez progressivement, avec un parcimonieux feeling, en ajoutant une mini giclée de vinaigre de Xérès, une pincée de poivre de Séchuan, une pincée de piment et une autre de sel. Rectifiez par touches. L’équilibre salé-sucré-acide, voyez-vous, est un Himalaya qui s’escalade sans hâte. Gardez au frais, into the big frigo.

Dans une jatte,
touillez une poignée de graines de sésame, le jus d’une lime, une pincée de piment, une giclée d’huile d’olive, quelques tours de moulin à poivre et plein de feuilles de verveine hachées menu.
Décapitez et décortiquez les gambas crues, sans oublier de les châtrer, soit d’extraire cette maudite membrane noire qui leur court sur le râble. Salez. Puis roulez les crustacés dans la marinade. Couvrez. Puis oubliez au frigo une heure.
A 19 h 53, fichez les gambas sur une brochette. Poêlez à feu nourri, dans une nano-barbotière d’huile d’olive. Deux minutes et quelques de cDSC02299.JPGhaque côté.

Installez enfin la brochette en équilibre sur le bol contenant la soupe de melon. Opération périlleuse, exigeant maîtrise et concentration, qui constitue le moment-clé, le point d’orgue, le climax émotionnel autant que technique, de cette couillonne de recette.

Avec ça, notre sommelier Esteban 1er, vous suggère un rosé naturel des Corbières: la cuvée Coule Douce de Catherine Marin-Pestel à la Treille Muscate, par exemple, un brin drôle de jus en vérité, pour gosiers très avisés, avec une larme de sucre qui en adoucit l’attaque et une chair au fruité radical qui fait pschiiiit sous la langue. Archi ouf mais méga slurp.

A sous peu (de melon à la verveine)

 

PS. Quand vous cuisinez, ça ne vous énerve pas, vous, quand un petit pokémon débile vient twister entre les casseroles?

18/06/2009

La très délicate tartine de roquefort, magret fumé et melon (mais sans meulèche)

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Coucou,

Il y a un jeu d’esprit qui nous distrait énormément depuis l’école maternelle. Ou même avant. C’est Melon et Meulèche. Deux copains qui font des trucs rigolos. On vous donne un exemple. Gare à vos zygomatiques, c’est hilarant.

Melon et Meulèche sautent comme des idiots sur le lit. Melon commence à abîmer le sommier; Meulèche l’affaisse. ME LÈCHE LA FESSE! Gag! (rires polis dans l’assistance)

Bon, essayons autre chose. Melon et Meulèche tirent à la fronde sur une bouteille. Melon la touche; Meulèche la rate. ME LÈCHE LA RATE! (sourires un rien embarrassés)

Aller, hop, une autre! Au service militaire, Melon et Meulèche espionnaient un terroriste. Melon lisait son courrier; Meulèche l’épiait. ME LÈCHE LES PIEDS! (silence consterné)

On avait prévu de vous raconter Melon et Meulèche jouent à la pétanque, puis Melon et Meulèche se promènent en forêt.
Mais, euh… l’heure de la retraite en cuisine a peut-être sonné.

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Tenez, voilà une tartine de roquefort au magret fumé et melon (rassurez-vous, sans son pote Meulèche). Flanqué d’une salade verte à la vinaigrette tintinnabulante, c’est un casse-croûte extraordinairement régressif, et donc jubilatoire pour nos palais mûrs en quête de jouvence (bla bla bla). Surtout si l’on a pris soin de déboucher un blanc de Loire adouci d’une larme de sucre résiduel, à l’instar du très naturel et ravissant Coteaux du Loir 2006 «Le Briseau» de Christian Chaussard. C’est notre caviste chouchou qui a eu cette idée-là. Atchement rusée, l’idée.

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Ouvrez une baguette en deux. Taillez des tranches. Tartinez de roquefort. Faites griller au four. Puis coiffez de lamelles de melon, d’un tour de moulin à poivre et de tranches de magret fumé.
Pas très facile à réaliser, on vous l’accorde. Mais, voyez-vous, la grande cuisine exige une vraie maîtrise technique doublée d'un feeling de vieux démon.

Au fait, vous connaissez Pince-moi sur un bateau? Personne ne tombe à l’eau. Qui reste-t-il? GAG! (sifflets, vol de tomates, crises de larmes)

Bye

04/08/2008

La féra toute concombrée et melonée. Ja!


Salut, les potes

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«On dirait une recette suisse allemande», s’est écriée, enjouée, une convive, en découvrant notre féra au melon et au concombre. Sur le coup, on l’a vagement mal pris (nos amis alémaniques sont parfois des cuisiniers insolites, mais pas toujours renversants).
C’est que voyez-vous, ce plat-là, on y avait cogité velu. Des jours. Des nuits. En y mettant tout notre cœur et notre jeunesse d’esprit. L’idée: trouver un apprêt estival, inédit et rigolo au poisson lémanique. D’où la tentation de le marier à deux cucurbitacées de l’été, que l’on avale crues d’ordinaire. Ben oui, le melon et le concombre, deux cousins botaniquement proches, passent rarement sur le gaz.
Et là, paf! Dr Slurp vous balance au museau, non seulement une association stupéfiante, mais en plus une tactique révolutionnaire. On imaginait donc recevoir des lauriers, des bisous, des sourires humides, des tapes dans le dos, une petite médaille, une invitation au journal télévisé peut-être, voire le grand prix de l’académie Charles Croc. Que nenni. «On dirait une recette suisse allemande», a donc dit la dame. Avant d’ajouter: «Mais c’est superbon, très frais». Ouf.
Demandez au poissonnier de vous lever des filets de féra (ou autre créature d’eau douce pour vous autres, pauvres lecteurs lointains). Faites dégorger au gros sel le concombre taillé en cubes. Marinez le melon, détaillé en cubes itou, dans un peu d’huile d’olive, avec une bonne tombée de muscade râpée, du piment, de la civette émincée, du basilic thaï ciselé, du gingembre en poudre, quelques tours puissants de moulin à poivre. Plus les zestes et la chair coupée à vif d’un citron vert.
Essuyez le concombre. Ajoutez-le au melon. Touillez doucement. Filmez. Au frigo, une demi-heure.
Poêlez à feu médium la féra dans un peu d’huile d’olive et de beurre. Deux minutes côté peau. Une minute côté chair. Assaisonnez avec un certain acharnement. Réservez au chaud. Ajoutez une noisette de beurre dans la poêle, montez le feu, et balancez melon et concombre 30 petites secondes. Pffffft. Coiffez le poisson. Et attendez les commentaires désobligeants.
Avec ça, l’Insolite de Thierry Germain, un immense chenin de Loire au bouquet floral et miellé proprement envoûtant, fait ami ami.

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Bien le bonjour chez vous

03/07/2008

La soupe de melon épicée qui t’arrache un brin la goulette

Bien le bonjour, mammifères connectés

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On vient de se payer un engin miraculeux. Une cuillère à melon.
Notez que la plupart des bonnes maisons ont ça dans le tiroir. Mais nous point encore. L’ustensile nous a coûté 14,70 fr., ce qui n’est pas rien au jour d’aujourd’hui (rapport au prix de la gazoline, au pouvoir d’achat et aux tarifs de la truffe blanche). Mais nous amène depuis bien des satisfactions. Entre autres, de pouvoir prélever des boules dans la chair du melon. Ben oui. Le reste ne vous regarde guère.
Tout ça pour plonger dans une soupe glacée de melon épicée, à se slurper en entrée sous la tonnelle quand le soleil darde ses rayons vengeurs sur nos vieux catogans.
Un gros melon convient pour quatre petits appétits. Un petit melon convient pour trois gros appétits. Pour sept appétits moyens, prévoyez donc un petit melon et un gros melon. Ou l’inverse.
Bref, pour un melon de dimension lambda, munissez-vous des trois brins de menthe fraîche, trois brins de basilic, trois clous de girofle, du piment d’Espelette en pagaille, du poivre exotique (le Jamaïquain est rigolo), trois tranches de jambon cru et svelte (de Bayonne, pourquoi pas) et de la muscade râpable.
Prélevez avec la cuillère idoine quelques boulettes de melon. Embrochez sur des piques en bois (ou pas) en alternance avec un petit morceau de jambon cru plié en quatre (de rire). Poivrez. Réservez.
Extrayez la chair restante du melon. Balancez le tout, en morceaux, dans le bol du mixer avec tous les ingrédients suscités. Soit menthe, basilic, trois tours de poivre, deux bonnes pincées de piment, une bonne pincée de muscade et les clous de girofle préalablement écrabouillés au pilon. Mixez. Vrouuuuum.
Il s’agit dès lors de saler graduellement, en goûtant et regoûtant, jusqu’à l’obtention d’une harmonie sucré-salée exaltante. Réservez dedans le grand frigo.
Détaillez le jambon restant en fines lanières de 3, 27 cm de long, qui vont sécher gentiment à la poêle, sans matière grasse, à feu medium, jusqu’à croustiller sous la canine.
Les lanières s’en vont barboter dans la soupe glacée. La brochette est posée en équilibre sur le bol. Pendant que les verres s’emplissent d’un rosé gouailleur et naturel, comme celui que produit le recommandable Domaine Garance en Vallée du Rhône, dont le co-proprio est une star (J.L. Trintignant himself), qui ne la ramène nullement sur les étiquettes. Et ça, c’est chouette.¨

 

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Bien à vous, les pingouins soiffards