30/10/2008

Menace de boycott préélectorale et salade de morue aux deux tomates


Youp!

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L’autre jour, nous discutions aimablement, un copain et mèzigue, de l’issue des futures élections étasuniennes. Comme ça, à l’apéro.
«Si le grabataire crypto-facho et sa tarée de vice-présidente gagnent, je balance tous mes disques américains», m’exclamais-je soudain, tout rouge de résolution.
Le copain s’esclaffa. «Mais c’est 99% de la discothèque que tu vas jeter aux orties. Tu veux finir ta vie avec un best of de Brassens?».
L’argument porta. Comment pourrais-je vieillir sans mes vieux Creedance? Je trouvais illico une autre mesure de rétorsion. Et me mis à glapir, la paupière tremblotante et la pupille fiévreuse: «Si le vioc sanguinaire et Sarah la débile l’emportent, je brûle tous mes romans ricains!»
Le copain me coula un regard brillant de convoitise. «Tu pourras me filer tes originaux de Jim Harrison avant de craquer l’allumette?»
Une fois encore, il fit mouche. Je m’affalai en maugréant. Et soudain, l’idée jaillit. Lumineuse. Impitoyable. «Si la peste républicaine reste à la Maison-Blanche, je ne mettrai plus jamais les pieds au McDo, ni n’achèterai une bouteille de vin américain!», hurlai-je, en sautant à pieds joints sur la table basse du salon.
Le copain sourit avec indulgence. Sans doute savait-il que mon unique et dernière visite au McDo datait d’août 1983. Et que mon unique et dernière bouteille de rouge californien avait fini en jus de ragoût en novembre 1992. Mais qu'importe. Le plan était parfait. Que les suppôts du gangsta-libéralisme et de l'ultra-catholicisme tremblent dans leurs vareuses transgéniques! Que les petits et grands électeurs y réfléchissent à deux fois avant de glisser leur bulletin dans l’urne ! Un terrible boycott venu des bords du Léman pourrait bien foudroyer l'Empire.
Le copain grogna un faible «Allez Obama», étouffa un bâillement. Puis demanda: «Qu’est ce qu’on mange, au fait?»

Ben, une salade de morue aux deux tomates, câpres et olives.

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Pour quatre électeurs démocrates à table, il faut se munir de 338 grammes de morue (salée donc), douze tomates cerise, quatre tomates séchées à l’huile, des grosses câpres, des olives noires et quelques pousses de saladine tonique (du cresson alénois, de la red russian kale, du tatsoï, voyez quoi…).

La veille faites tremper la morue. Changez l’eau du bain au moins quatre fois.
Puis coupez-la en gros morceaux et pochez huit minutes, à petits glouglous, dans 2/3 d’eau, un 1/3 de lait. Laissez refroidir.
Puis effilochez du bout de vos longs doigts manucurés, en virant arêtes, bouts durailles et peau. Ce qui n’est pas l’étape la plus drôle de la recette. Si un jour on vous propose un CDD d’effilocheur de morue, trouvez une excuse pour décliner.
Au fond d’une casserole faites blondir une gousse d’ail hachée dans une bonne cuillère à soupe d’huile d’olive, ajoutez la morue et remuez doucement. Un tour de moulin à poivre. Gardez au tiède.
Au fond d’un saladier, concoctez une vinaigrette (deux cuillères à soupe huile d’olive + une cuillère de balsamique blanc) poivrée, mais sans sel. Ajoutez les tomates cerise salées et coupées en deux, les tomates séchées émincées, les olives noires dénoyautées, la saladine et une bonne poignée de câpres. Puis la morue tiède.
Touillez avec amour. Débouchez un blanc de caractère (venu du Jura, par exemple, de chez Monsieur Overnoy, par exemple, de savagnin oxydatif, par exemple).
Et priez la Vierge noire que les Ricains ne votent pas comme des abrutis.

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Bye

05/06/2008

Blues de l’Euro sur boulettes de bacalhau

Salut, les footbôlâtres

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87723503.jpgL’Euro foot, comme tous les gros bastons de ce type, suscite une flambée de patriotisme(s); flambée distrayante pour les uns, gerbatoire pour les autres.
Dans notre bonne ville de Genève, où doivent se dérouler trois matchs du tournoi, ont ainsi fleuri stands de produits dérivés plus ou moins crétins, fanions aux fenêtres et autres tee-shirts frappés de la croix suisse. Brrr. On a vu aujourd’hui un gros garçon rougeaud et maussade, le cheveu bref et la lippe molle, avec un polo de ce genre moulant son bidon. Hop Suisse! On l’a un peu plaint. En frissonnant.

C’est que, voyez-vous, le foot, on s’en tape comme de notre première poêle Tefal. Nos sports à nous, c’est la varappe en charcuterie et la brasse coulée en épicerie fine. Les 22 velus qui trottent après un ballon sans mettre les mains, ça manque un brin de parfum à nos papilles.

Et puis cette floraison de drapeaux n’a rien de spécialement réjouissant. Quand on arbore ses couleurs nationales avec tant d’arrogance, ça sent toujours un peu l’invasion de la Pologne.

Bon, pour se mêler un peu de la nouba, on s’est quand même enfermé en cuisine pour y mitonner de grosses boulettes de morue au cumin. Inspiration portugaise donc, nation qui ouvre le bal footballistique samedi. Mais aussi clin d’œil aux grosses boulettes que nous inspire la compétition.


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Pour trois personnes payez-vous 500 grammes de morue. Plus une grosse patate à purée (grosse patate toi-même), un citron, un œuf, une botte d’ail nouveau et du persil plat.
Faites dessaler la morue une trentaine d’heures, en changeant l’eau quand vous passez par là. Au moins quatre fois.
Le jour J, pelez, détaillez en morceaux et expédiez la patate (dont le poids ne doit pas excéder celui de la morue) à la vapeur jusqu’à cuisson radicale. Pendant ce temps, rincez une ultime fois la morue, découpez en gros morceaux et plongez-les dans une casserole, immergés d’un mix lait-eau. Avec deux gousses d’ail entières pour faire plus folk.

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Hop, sur le gaz, à feu tamisé. Quand le liquide ondoie, comptez dix minutes. Egouttez. Laissez refroidir. Puis effilochez du bout de vos mimines manucurées, en giclant peaux et arêtes. Sans oublier de chantonner: ba-ca-lhau, tout ce que tu fais pour moha!
Dans une jatte, écrabouillez la patate à la fourchette, ajoutez la morue déchiquetée, une dose respectable de cumin, une pincée de piment, le jus d’un demi-citron, deux tiges d’ail nouveau émincées, l’œuf, trois tours de moulins à poivre et trois brins 1120366147.JPGde persil haché. Touillez avec l’énergie du supporter en rut.
Puis moulez les croquettes entre vos paumes tremblantes. Expédiez au frigo pour qu’elles raffermissent un brin.
Avant de poêler dans deux cuillères d’huile d’olive superchaude, jusqu’à bronzage inspirant.
Avec ça, il n’est pas interdit d’avaler quelques poivrons padròn (l’Espagne ne participe-t-elle pas à l’Eurocaranage?). Et de se siffler, comme le feraient nos amis Lusitaniens, du vin rouge. Comme ce Touriga National au fruité ravageur autant que mûr, dégotté chez un caviste exotique.
Un breuvage ensoleillé et rigolard, qui botte en bouche.

Allez les slurps!