11/10/2011

La double vie de la figue (en carpaccio de chèvre et noix)

Bien le bonjour, les gens

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Tiens causons un peu, si vous le voulez bien, d’un produit indubitablement de saison autant que follement inspirant: la figue. Ce fruit exquis, grignoté par l’homme depuis la nuit des temps, voire un peu avant, n’a pas que des amis. On connaît ainsi une jeune personne qui nourrit une vraie répulsion à son encontre. Et quand on lui en demande la raison, elle a cette réponse fulgurante: «Ce n’est pas que je n’aime pas, mais c’est que ce n’est pas bon.»
Cléopâtre, elle, en raffolait. C’est dans un panier de figues que fut dissimulé le fameux aspic. Celui qui lui administra l’ultime suçon. La reine au pif pointu, qui avait décidé de mourir, en aurait donné l'ordre pour que la bestiole la mordît sans qu'elle le sût (notez l’avalanche de subjonctifs imparfaits, c’est si rare de nos jours).


La figue peut donc se montrer retorse. Sous une physionomie rassurante et bonasse qui peut évoquer, selon les variétés, la burne flétrie de l'extraterrestre ou l’un des deux nénés de la Schtroumpfette, elle cache des entrailles grenues d’un rouge radical, éventuellement embarrassantes. Certains y voient comme une blessure sanguinolente, une autopsie en marche, même. Voire, dans un genre plus souriant, une image de nos propres pulpes intimes. On vous passe les analogies salaces. Les Italiens, à qui rien n’échappe, ont ainsi quasi le même mot pour désigner le frifri des dames et le fruit du figuier. C'est dire.

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Ce long préambule nous ayant filé grave la dalle, vlà une petite entrée rigolote qui donnera à vos soupers des airs de noces antiques. C’est une salade de figues au chèvre et aux noix, d’une simplicité frisant la couillonnerie cosmique.

Rincez puis taillez des figues menues et fermes, si possible blanches et rouges, en rondelles d’environ 6,2 mm d’épaisseur.

Disposez-les ensuite dans un plat. Coiffez-les de copeaux d’un fromage de chèvre un brin sec. Ajoutez quelques pluches de basilic et éclats de cerneaux de noix. Humectez avec largesse d’huile de noix.

Salez à la fleur de sel et poivrez à la sichouanaise. Servez enfin sans faire le malin. Ou pas.

A plutarque

16/11/2010

Nous sommes tous des poireaux (aux noix et gouda)

 

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Bien le bonjour, les aminches

On aurait vraiment adoré commencer ce billet avec une maxime intrigante autant que décapante genre… nous sommes tous des poireaux.
Déjà, ça te l’aurait coupé.
Après ça, on aurait adoré broder la métaphore avec des trucs genre: nous avons tous une longue tige blanche. Et les cheveux verts. Et des poils sous les pieds.
Là, t’aurais souri, peut-être, en te disant: quel poète cet Estèbe!
On aurait adoré démarrer ce billet avec brio, érudition et audace. Mais tout le monde n’est pas Fénélon, Jean-Pierre Pernaud ou Maître Capello. L’analogie des hommes et des poireaux, on a beau phosphorer comme un malade, ben, ça ne marche pas. Mais alors, pas du tout.

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Du coup, contentons-nous de bricoler, en toute modestie, ces poireaux vinaigrette aux noix et vieux Gouda (recette vaguement pompée à un grand dadais gérant d’un zinc cool), qui sont notoirement bien meilleurs qu’excellents, ce qui va péter loin dans l’échelle de la satisfaction buccale.


DSC03727.JPGComptez deux poireaux par âme à table. Virez le vert. Taillez en biseau des tronçons confortables. Nettoyez à grande eau. Et expédiez à la vapeur un bon moment, que le poireau s’attendrisse velu.

Touillez-moi une vinaigrette corsée à l’huile de noix (non pas de moutarde, pitié, ce n’est pas que j’aime pas, mais c’est pas bon).


Ecrabouillez quelques cerneaux au pilon. Taillez des copeaux dans un vieux gouda de caractère, venu tout droit de l’autre pays du fromage.


Puis mouillez
les poireaux de vinaigrette, coiffez de cerneaux et fromage, avant de taquiner le tout d’un tour de moulin à poivre et d’une pincée de fleur de sel.

Emerveillez-vous, enfin, du subtil glissando chromatique autant qu’automnal qu’offrent le brun bistre de la noix, le vert tendre du poireau et l’orangé batave du gouda.
C’est beau comme le dessus-de-lit en patchwork de Tante Ginette.

Tchou

PS: Le conseil de Jacky le sommelier: avec ce plat, il faut boire du vin.

26/10/2010

Les cailles au coing et l'esprit humain. Oui, Madame

Bien le bonjour

 

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L’autre matin, mèzigue errait au marché comme un idiot, en se demandant ce qu’il allait bien pouvoir faire à manger le soir même. Question récurrente. Et méchamment taraudante. Soudain, un maraîcher qui sautillait sur place en soufflant dans ses mains – l’air était vif, l’autre matin – s’exclama ceci. «Dedieu si ça caille! Cette température en octobre, ça m’en bouche un coin

Ces quelques mots bien anodins jetés dans l’air de l’aube déclenchèrent brusquement un processus cognitif, créatif autant que dialectique dedans notre crâne chevelu. C’est que le cerveau est un engin merveilleux, particulièrement quand il s’associe avec l’estomac, dont on ne sait jamais quand il va se mettre à carburer. L’encéphalogramme était plat, ou quasi; un stimulus odoriférant vient à passer par là; et voilà que la machine démarre au quart de tour. Ça fume. Ça crachote. Ça pétarade là-haut sous le bonnet. C’est magique; c’est soudain; c’est l’esprit humain, baby.

On demanda au marchand s’il pouvait répéter. Il s’exécuta. «Dedieu si ça caille! Cette température en octobre, ça m’en bouche un coin.» Caille-Coin. Caille-coing. On tenait notre plat du soir! Trop fort. Vive le neurone athlétique! Vive le cortex agile!

DSC03613.JPGBref, voilà des cailles farcies au coing et aux noix ­_ truffées à l’automne en somme, quand on y réfléchit ­­avec son cervelet_, flanquées de leur cortège de gros muscats épépinés. Un plat glam, fastoche et savoureux, qui ravira la ménagère de plus de 118 ans qui sommeille en chacun de nous.

Payez-vous des cailles dodues autant que désossées. Une par personne à nourrir. Et un coing ou deux aussi. Et quelques noix encore. Et une grappe de gros muscats. Et voilà.

En jurant, pelez et taillez en tous petits dés ce maudit fruit que le créateur a pourvu d’une chair incroyablement coriace. Balancez la brunoise à la casserole avec un filet de vinaigre, une cuillère de miel, un peu d’eau, du sel, de la muscade râpée, du poivre, du sucre en poudre, un rien de piment, un clou de girofle, une feuille de laurier et une lichette de gingembre râpé. Laissez cuire tout doux à couvert, jusqu’à ce que le coing s’attendrisse, mais ne s’effondre pas. Rectifiez l’assaisonnement selon humeur.

Ouvrez les cailles façon crapaudine. Sel, poivre. Émiettez les cerneaux sur le bidon des volatiles. Garnissez de coings. Puis refermez avec un cure-dent. Sel, poivre.

Et hop, au four, préchauffé à fond les manettes, genre 220°, pour une petite demi-heure. Dix minutes avant la fin, ajoutez les grains de muscat, dûment coupés en deux et épépinés de vos blanches mains. Et voilà le travail.

Bien sûr, il s’agit d’avaler les oiseaux en buvant du vin. Rouge, le vin. Mais là, on n’a rien sous le capot comme suggestion. Demandez à Parker, Bettane et Olif.

Tchou, les crapaudines

07/09/2010

Un tartare de tomates trop couillon pour MasterChef

Bien le bonjour, contemporains avisés

 

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Avant, la cuisine, c’était le partage, les retrouvailles, le plaisir et tout le tintouin. On vous parle d’une période courant grosso modo du paléolithique à la puberté de Cyril Lignac. Avant donc, la cuisine, réunissait. Autour d’une daube, d’un gros risotto moelleux, d’un poulet tandouri (aux larmes). On communiait dans la mastication jubilatoire et dans la déglutition conviviale. Amen.

Ben, maintenant, c’est fini. La cuisine rassemblait; elle exclut. La voilà même qui carbure à la rivalité, à la performance, à la compétition. Pour s’en convaincre, il n’y a qu’à jeter un œil à la cascade d’émissions de télé-réalité tournant autour de la popote. Dans ces Forts Boyard culinaires, le candidat est mis à l’épreuve, chronométré, scruté, jugé, banni. On s’y agite; on y pleure; on y stresse comme un homard devant la marmite bouillante. Avec un but ultime: l’épate (pas les pâtes, banane, l’épate). Il faut que ça brille. Il faut ébahir ses congénères. En mettre plein la vue; les papilles, elles, passent visiblement au second plan.

Rassurez-vous, le Dr Slurp ne s’est pas transformé en censeur passéiste, qui sanglote sur le bon vieux temps en brandissant un index vengeur sous la statue d’Escoffier. Les mœurs changent, voilà tout. D’ailleurs, votre serviteur mate de temps à autre l’une de ces distractions cathodiques; et avec quelque satisfaction à l’occasion.

Mais une chose de sûre, son tartare de tomate à la féta, noix de cajou et olives noires ne passerait jamais la rampe à MasterChef. Trop couillon pour concourir.

 

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Emiettez un bout de féta, mettez-le à mariner avec une grosse lichette d’huile d’olive, quelques gouttes de citron, quelques olives noires hachées menues et trois tours de moulin à poivre.

Ecrabouillez les noix de cajou (grillées et salées); émincez le persil.

Pelez et épépinez une bonne tomate (par bec à nourrir) charnue et mûre, genre Noire de Crimée. Taillez en mini cubes. Pressez au fond d'une passoire afin d'égoutter un max. Puis touillez délicatement avec la féta, l’huile, les olives et le persil. S’il le faut, rectifiez l’assaisonnement d’une pincée de sel et d’un filet de vinaigre.

Moulez en mamelon mignon, en cernant le tartare de miettes de Cajou.

Puis amenez votre assiette devant la téloche. Ya Un dîner presque foiré qui commence.

Tchou

04/05/2010

SO2: le match bachique. Filet de bœuf: la farce lutine

Bonjour, les gens

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Tiens, l’autre jour on s’est livré à une expérience domestique tout à fait passionnante. Il s’agissait de picoler simultanément deux bouteilles de vin rouge. Jusque-là rien que de très banal, pensez-vous. Tout le monde, ou presque, s’adonne à cet enivrant exercice à la tombée de la nuit.  L’intérêt de l’affaire était de comparer deux pinards rigoureusement semblables – le pétaradant Cairanne de Marcel Richaud 2008 –, même terroir, mêmes raisins, même millésime donc; mais l’un vinifié à la régulière, l’autre sans soufre.

L’occasion, enfin, de capter l’impact gustatif du SO2 dedans ta glotte.

Et alors? Et alors? que tu gémis devant ton écran, torturé par la curiosité et le besoin de progresser dans le savoir humain.
Ben alors, on vous refait le match:
Première snifette: euh… kif, kif. Ça sent bon le vin rouge.
DSC03198.JPGDeuxième snifette: le cairanne normal parait droit et bien dessiné; le sans soufre semble un brin chamboulé et imprécis.
Première goulette: le cairanne normal se pose là, balèze, épicé et très mûr; le sans soufre semble moins charpenté, il pétille un tantinet et rigole sous cape.
Deuxième goulette: le cairanne normal la joue mastoc, sérieux et un poil confituré; le sans soufre dégaine un fruité bien plus frais. Taquin, digeste et tonique, il appelle un deuxième verre. Puis un troisième…
«Il est plus espiègle», conclut Madame Sonson, pourtant pas toujours indulgente avec nos tocades viniques.
Résultat? Une heure après, la bouteille sans SO2 est arrivée au ground zéro; l’autre demeure aux deux tiers pleine.

Au glougloumètre, il n’y a pas photo. Le sans soufre a gagné la médaille et notre estime titubante. Youpi.

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Cela dit, tous les vins mirobolants de Marcel Richaud accompagnent délicieusement notre filet de bœuf bien dodu et sa farce lutine de tomates séchées, cresson et noix.

DSC03163.JPGEmincez mini-mini quelques tomates séchées et un bouquet de cresson. Concassez cinq ou six cerneaux au pilon. Touillez le tout, avec une lichette d’huile d’olive. Assaisonnez. Goûtez.
Poêlez le filet de bœuf à feu dru, une minute de chaque côté. Assaisonnez. Puis ouvrez-le dans la largeur d’une lame affûtée, façon portefeuille. Farcissez. Refermez. Et ficelez.
Expédiez la bête dans un plat doté d’un couvercle. Puis au four à 75°, pour une demi-heure. Enfin, tout dépend de la taille de la pièce. L’idée est d’atteindre 55° à cœur. Enfoncez donc un thermomètre dans le tutu du bœuf. C’est si distrayant de jouer au vétérinaire, parfois.

Veuillez agréer, lecteurs distingués, nos sentiments sans soufre.

11/02/2010

Saint Valentin: goûte mon petit nombril au citron

Bien le bonjour, les Cupidons du dimanche

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41T84DFT57L._SS500_.jpgCe bon Saint-Valentin approchant à pas de géant, il serait urgent de réhabiliter le nombril au rang des zones anatomiques dignes d’intérêt. Le nombril, parfaitement. Là, le truc, juste au-dessus de ta ceinture.
D’ailleurs Gutierre Tibòn, éminent philologue d’origine italienne, ne s’y est pas trompé, lui qui a publié un traité nommé «Le nombril, centre érotique», (ed. Horay, 1992 pour la traduction française). Dans cet ouvrage drolatique autant qu’érudit, le savant se livre à une balade historique et esthétique autour de la chose, en proposant une typologie des ombilics: convexes, asymétriques, boudeurs, en grain de café, sinistres; ou ronds et profonds, classiques en somme, comme celui de la Vénus de Milo.



Le nombril de Venus, justement - le tortellino comme l’appellent les Italiens -, fait l’objet d’une légende exquise, que l’on s’empresse de vous raconter ici. Un beau soir, Venus et Jupiter s’arrêtent dans une auberge. Ils y cassent la croûte pépères, sous l’œil concupiscent du patron, qui a succombé aux charmes de la déesse. Quand Vénus, un peu avinée, gagne sa chambre, l’aubergiste file à pas de loup derrière elle et essaie de la zieuter toute nue par le trou de la serrure. C’est mal. D’ailleurs, il ne peut guère apercevoir que le divin nombril, éclairé d’une bougie chancelante; nombril qui lui fait un tel effet que dès le lendemain, il moule une pâte fourrée pour immortaliser son extatique vision nocturne. Le tortellino est né.

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On peut penser ce qu’on veut de cette histoire – après tout, les divinités romaines qui s’arrêtent bécqueter dans un troquet de campagne ne courent probablement pas le Latium. N’empêche que quand vous croquez dans un tortellino, c’est une parcelle du bidon de la déesse de l’amour que vous goûtez. Pour un tête-à-tête de St Valentin, quelques tortellinis aux formes évocatrices ont donc un brin plus de classe que l’on ne sait quel plat à la symbolique épaisse.

Et comme par hasard, voilà nos tortellinis maison aux noix et citrons. Recette pour laquelle le Dr Slurp est sorti de ses bricolages coutumiers pour s’approcher d’une ingénierie culinaire proche de la mathématique. Il va y avoir de la farine, du rouleau à pâtisserie, du grammage précis et tout ça.
Pour un couple à gros appétit (ou trois personnes en cas de St Valentin triolique; aujourd’hui, plus rien ne nous étonne), prévoyez 200 grammes de ricotta, un citron bio, dix cerneaux de noix, 300 gr de farine, trois œufs, une cuillère à soupe d’huile d’olive, une petite cuillère de sel et un peu de muscade râpée.

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  • Pour la pâte

Sur le plan de travail, formez un volcan avec la farine; un Vésuve avec un cratère balèze, dans lequel il s’agit de casser les œufs. Ajoutez l’huile d’olive et le sel. Puis liez le tout délicatement à la fourchette, en intégrant peu à peu la farine des bords. Pétrissez alors d’une poigne vigoureuse, jusqu’à obtention d’une pâte lisse et ferme. Ajoutez un peu d’eau si besoin. Roulez en boule. Et laissez reposer une demi-heure dans un torchon à peine humide.

  • Pour la farce

Zestez le citron. Faites blanchir une minute les zestes à eau frémissante. Puis émincez-les menu. Mélangez ensuite à la ricotta, intégrez les cerneaux concassés au pilon, quelques gouttes de citron, une tombée de muscade râpée, sel et poivre. Goûtez. Et riez. Ou pas.

  • Pour les tortellini

Farinez un brin votre rouleau à pâtisserie, puis abaissez la pâte systématiquement et patiemment (au contraire du stupide auteur de ces lignes qui, galvanisé par la grandeur de sa tâche, s’est acharné sur le rouleau comme un malade jusqu’à s’ouvrir le petit doigt contre la machine à caféDSC02973.JPG). Abaissez, donc, un bon moment, en retournant la pâte, jusqu’à ce qu’elle se montre quasi translucide. Sacré taf, croyez-moi. On en a encore des courbatures.

Avec un emporte-pièce circulaire de 5 cm de diamètre (j’y crois pas d’écrire des machins comme ça), détaillez ensuite la pâte en cercles (une autre école préconise le carré, 5 cm itou, solution plus rationnelle quoique moins gracieuse). Garnissez chacun d’entre eux d’une demi-cuillère de farce, puis refermez en demi-lune, en collant les parois avec vos doigts préalablement humidifiés. Avant de rouler le tortellino comme une bague, en pinçant les extrémités. Pas fastoche. Quelques essais malheureux sont inévitables: on ne parvient pas au nombril de Vénus sans avoir balancé quelques ombilics de Quasimodo à la poubelle.

Laissez reposer une demi-heure sous un torchon. Faites cuire enfin sept-huit minutes à grande eau salée. Une giclée d’huile d’olive, une tombée de parmesan, voire quelques gouttes de vrai balsamique. Et voilà que Saint-Valentin vous montre son nombril au-dessus de la table du salon.

Smacks

08/12/2008

Ethique et papilles: le cabillaud en salade d’huile de noix et trois poivres


Mes hommages, les bigorneaux connectés

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Ben, il a fallu s’y résoudre. Et ça fait mal aux corps caverneux, croyez-moi. Le cabillaud sauvage s’épuisant sous les assauts répétés d’une surpêche aveugle, quasi mûr même pour la nécropole des bestioles rayées de la surface du globe comme le dodo et le mammouth; on a décidé de se contenter de cabillaud d’élevage à l’avenir. Elevage bio, si possible.


C’est moins bon, bien sûr. Atchement moins bon. Vous aimiez le chorizo? Voilà du chamalow. Chez la poissonnière, l’autre jour, on en avait le larynx tremblotant. «Nooooon, paaaas du sauuuuvage. Deeeeuh l’éleeevaaaage.» La brave commerçante, qui est moins une vraie crédule qu’une fausse septique, n’en croyait pas ses oreilles. «De l’élevage, Don Esteban, mais vous êtes tombé sur la papille?» Non chère Madame, notre conscience a simplement gagné son bras de fer avec l’estomac.


Après, on est rentré à la maison, maugréant et pestant, la tête plein d’arêtes et de filets à fines mailles. Rassurez, lecteurs en larmes. Notre salade de pétales de cabillaud tièdes à l’huile de noix, lime et trois poivres (t’as vu l’intitulé, Raymond, comment qu’il pète?) était très consommable, tonique et exaltante même.

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Pour trois gosiers environ, passez un filet de cabillaud de 238 grammes dans le panier vapeur dix minutes grand max, jusqu’à ce que les chairs s’écarquillent, tout en restant nacrées à cœur.
Cuisez aussi, à la vapeur ou à l’eau, quelques petites patates à chair ferme, genre amandine. Pelez les patates, détaillez en fines rondelles. Gardez au tiède.
Dégottez au fond de l’armoire trois poivres aromatiques (cubèbe, jamaïquain et baies roses, par exemple), qu’il s’agit de piler au pilon et au poignet. Avec une large pincée de ce mix poivré, préparez une bonne vinaigrette à l’huile de noix et au citron vert, citron préalablement zesté.

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Lavez et essorez quelques jolies feuilles de saladine.
DSC01612.JPGEffilochez du bout de vos doigts roses le cabillaud encore tiède en pétales. Assaisonnez et citronnez. Puis touillez d’un mouvement giratoire et délicat le poisson avec la vinaigrette, la verdure et les patates. Décorez de quelques cerneaux, zestes de lime et du poivre restant.
Servez dare-dare (ou clito-clito comme disent les vraies féministes)
Extrayez enfin le bouchon d’un blanc mirobolant des Corbières, la troublante, naturelle et vibrante Bégou de Maxime Magnon (portrait ici), 90% grenache gris, 100% bonheur, cuvée qui vient de grimper sur notre podium des plus grands jus languedociens du cosmos.


Amitiés chez vous

PS. On a parfois mitonné cette salade avec des filets de féra fumés, voire de truite fumée. Avec quelques citrons confits, ça le fait velu itou.

 

02/10/2008

La salade des vendanges et les 93 hamburgers

Bonjour,

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Chouette alors! L'Américain Joey Chestnut a conservé son titre de champion du monde. Il a avalé 93 hamburgers en huit minutes. Avant de repartir chez lui avec 20 000 dollars, la gloire et le cholestérol qui vont avec. Cette compétition d’envergure planétaire se tenait dimanche dernier dans une bourgade du Tennessee, devant quelque 10 000 personnes ravies. Voilà un sport original et délicat, dont on se réjouit qu’il figure parmi les disciplines olympiques. Et gloire aux enfants de l’Oncle Sam qui savent transformer un banal acte quotidien – s’empiffrer de burgers – en vrai challenge chronométré.

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Parce que n’est pas Joey Chestnut qui veut. Nous, par exemple, on a mis un bon moment à ingurgiter cette salade des vendanges, qui réunit raisins blancs et noirs épépinés, bleu de Gex en cubes, fines tranches de magret fumé, cerneaux de noix et jeunes pousses de salade. Le tout brumisé d’une vinaigrette corsée à l’huile de noix. Avec ça, il n’est pas interdit de tétiner - sans hâte - un cheverny gracieux et tendu, celui que produit naturellement le Domaine du Clos du Tue-Boeuf. Jolie bouteille pour communion amicale, derrière laquelle se cache même parfois un ourson.

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Tchou!


PS. Et oui, à sport débile, billet débile.