12/03/2012

La salade de carciofis à l’orange sanguine et la grande découverte sémantique


Gros poutoux

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Le Dr Slurp, qui jamais ne somnole intellectuellement, a eu récemment une révélation d’ordre sémantique. Oui, Madame.
C’est que bon nombre de verbes actifs conjugués à la première personne du pluriel deviennent des homonymes de bonnes choses à manger. Ça te la coupe, non?
Viiiiite, un exemple.
Prend le verbe rogner, au hasard. Conjugue-le à la première du pluriel. Hi, hi, rognons les rognons. Rebelote avec le verbe cocher: cochons les cochons. Et puis aussi sommons les saumons, meulons les melons, pigeons les pigeons, grattons les grattons, oignons les oignons (ben oui, de l’adorable verbe oindre), poissons les poissons, etc.

On se rend compte au passage de la pauvreté de la langue française, à laquelle manque désespérément des verbes comme champigner, cornicher, pigner, jamber, estraguer, macarer, potimarrer ou citrer.

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Hélas, on ne peut s’amuser de la sorte avec la recette du jour, qui est toutefois drôlement comestible, légère et lutine. Il s’agit de très mignonne salade de mini artichauts primeurs (ou carciofis) à la menthe et à l’orange sanguine. C’est que les carciofis italiens sont de retour au marché, qu’ils sont goûtus en diable, qu’ils annoncent le printemps et que tout le monde il est gentil.

En entrée, comptez trois ou quatre carciofis par bouche à nourrir.
Retirez les feuilles extérieures, moches et coriaces. Tranchez au raz de la queue et coupez la pomme en son milieu, de façon à éliminer toute la partie supérieure des feuilles. Oui, ça fait un gros déchet, comme on dit à Tchernobyl. Coupez enfin ce qui reste en quatre dans le sens de la longueur, en balançant au fur et à mesure dans de l’eau citronnée pour éviter l’oxydation.

Faites cuire les carciofis une dizaine de minutes à la vapeur. Rafraîchissez illico sous l’eau claire. Pelez une ou plusieurs oranges sanguines à vif. Ciselez plein de brins de menthe. Puis disposez le tout dans une très belle assiette, avant de brumiser d’une bonne huile d’olive et d’un filet de citron. Fleur de sel, poivre au moulin. Et slurp, slurp, slurp. Oui, trois fois.

Tiens, une autre fois, on chiquera les chicons.

10/02/2011

Le hareng, l’orange et le fenouil (poil à la nouille)

Coucou, le gens


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Les lecteurs fidèles de ce torchon hirsute qu’est le blog Top Slurp auront noté qu’il n’y est jamais question de saumon. On n’est pas fan. Ou plus trop. C’est que sous ce nom générique se cache une flopée de variétés aux saveurs très discutables.
Il y a le saumon de piété qui ne vaut pas un clou.
Le saumon de Vénus qui rend fou.
Le saumon Canigou qui fait ronron.
Et puis le saumon beausapin qui n’est plus de saison.

Du coup, chez le poissonnier où l’on traînassait l’autre jour, on s’est payé du… hareng. Fumé. En filets. De la Baltique. Du hareng, oui.
Après ça, on a échafaudé une salade étrange, voire top frappadingue, vaguement inspirée d’une recette italienne dégustée naguère.
Voilà les lanières de hareng au fenouil et orange
. Tût, tût.

DSC03950.JPGVirez le cœur coriace d’un bulbe de fenouil. Emincez. Pochez trois minutes et rafraîchissez illico sous l’eau fraîche. Puis assaisonnez et arrosez d’une bonne huile d’olive. Réservez.
Pelez une orange douce et détaillez en minces tranches rondes.
Taillez les filets de hareng en lanières. Arrosez d’une bonne huile d’olive. Poivrez. Réservez.
Pile-poil à l’heure du miam, réunissez le tout dedans le plus beau des saladiers, puis dévorez dare-dare avec quelques aventuriers de la papille. Plus un grand verre de la cuvée Billes de Roches du Clos Melaric, un Saumur classe et gourmand, tamisé d’une larme de douceur mais tendu d’une acidité tonique (ta mère).

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Tchou!

12/11/2010

Les joues de cochon à l’orange ou la recette du bonheur en trois plombes

Bien le bonjour, les porcelets ravis
 

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Le bonheur, c’est simple comme un coup de fil, disait naguère une pub pour les Télécoms. Ben non. Même pas vrai. Tout dépend du coup de fil. On en connaît qui se sont fait virer, larguer, harceler, lobotomiser, étriper, crumbelisés même, par un simple coup de fil. Pas toujours bon, le téléfon.
A vrai dire, le bonheur, c’est simple comme…
Un coussin péteur soigneusement planqué sous le fauteuil de votre chef de service, celui qui manque un brin d’humour. Gros, le brin.

L’enlèvement de Sarah Palin par des chirurgiens extraterrestres (et de toutes les bigotes frappadingues du Tea-Party avec) en vue d’examen approfondi des recoins putrides de l’âme humaine.

Un barbu au regard doux qui se met à jouer du blues comme un sauvage, là devant vous, sur sa guitare vintage, avec un son gros comme un building et un feeling de diable.

Une lueur de lubricité complice qui se met à luire dans la pupille de l’être convoité en silence depuis des lustres. Genre, c’est OK, darling, right now.

Une joue de cochon à ce point mijotée, qu’elle fond dedans votre cavité buccale et y dégageant une cascade de parfums acidulés autant qu’exquis.

Z’avez vu la transition?

Pour réaliser cette couillonnissime quoiqu’affolante recette de joues de porc mijotées à l’orange, il nous faut trois joues par personne (ce qui nous fait un cochon et demi, quand on y songe), deux oranges, une mignonnette de Cointreau, des épices, un bon fond de veau artisanal (par de merdouille en poudre, je vous en conjure à genoux et la larme à l’œil), deux carottes, deux brins de céleri branche et une chouette polenta pour jouer les garnitures moelleuses.

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Zestez une demi-orange puis pressez-la. Pressez l’autre aussi. Blanchissez les zestes deux minutes dans de l’eau frémissante.
Dans une boule à thé, tassez une feuille de laurier, deux clous de girofle, un demi-brin de romarin et quelques graines d’un poivre aromatique venu de très loin avec SwissAir.
Faites dorer les joues au fond d’une cocotte dans une lichette d’huile d’olive. Réservez. Faites blondir deux échalotes et une gousse d’ail émincées dedans ladite cocotte. Ajoutez la viande. Assaisonnez. Mouillez avec un déci de fond de veau, le jus d’orange et une giclée de Cointreau. Immergez la boule à thé. Couvrez. Laissez glouglouter tout doux environ trois plombes.

Ce qui vous laisse le temps de songer au bonheur, un concept total ringard et réac inventé par la CIA pour endormir la vigilance du petit peuple opprimé.

DSC03748.JPGUne demi-heure avant le miam, déposez sur la viande les zestes, ainsi que les carottes et le céleri, les uns et l’autre artistiquement et respectivement émincés en rondelles et virgules. Quand les légumes sont tendres, rectifiez avec vigueur d’une pincée de sel vengeresse ou d’un tour de moulin à poivre flamboyant. Puis servez avec la polenta, et un vin du Piémont, oui du Piémont, un Gattinara racé et profond, ça change, ça fait exotique, ça te chavire la bouche.

Bye, bye love

PS: Mais que fait ce briquet d’un goût déplorable à côté du cochon? Hein? Ben, il passait par là. Chez les Slurp, on sait accueillir les gens et les objets, aussi indécents soient-ils.

 

23/11/2009

Le cochon aux agrumes et l’hébétude de l’aube

Mes hommages, les gens

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Quiconque
a déjà découvert, dans le miroir d’un ascenseur le propulsant verticalement vers un rendez-vous fort important, une traînée de dentifrice dans ses cheveux, s’est sans doute posé cette question: Me serais-je lavé les dents avec le shampoing? Interrogation légitime, suivie d’une foule d’autres. Suis-je gaga? Où se cache la caméra de Tchernia? Comment vais-je me débarrasser de ce machin?
Quiconque a déjà découvert une traînée de dentifrice dans ses cheveux un matin d’hébétude ordinaire sent un gouffre s’ouvrir sous ses pieds. Surtout quand il s’aperçoit, dans un éclair de conscience blafarde, que le rendez-vous fort important vers lequel le propulse verticalement l’ascenseur n’est en fait prévu qu’une semaine plus tard. Le dentifrice s’accroche à la mèche. L’ascenseur file vers un rendez-vous fantôme. Et le miroir réfléchit la tête d’un abruti en train de frotter nerveusement sa chevelure avec un mouchoir en papier, qui se pulvérise en une nuée de petits bouts blancs.
Quiconque est déjà arrivé à un rendez-vous avec une semaine d’avance et la tête pleine de pellicules de Kleenex mélangées à du dentifrice, comme nous l’autre matin, sait pertinemment qu’il y a des jours où il faudrait peut-être songer à rester chez soi.

Par exemple pour bricoler, en sifflotant d’un air dégagé et d’un gosier enjoué, une échine de cochon aux agrumes, pastis et légumes d’avant-hier; une recette mijotée, savoureuse et vivifiante, à l’excellent rapport besogne en cuisine/satisfaction buccale. Car ce ne sont pas les plats les plus fastidieux à échafauder qui bottent le plus en bouche. Et vice versa. Méditons cela.



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Pour deux personnes (ou trois personnes toutes petites et sans appétit, ou pour une seule personne gigantesque et affamée par six ans de jeûne draconien en cellule de dégrisement), volez une tranche d’échine (ou cou par ici) de cochon épaisse comme trois doigts, joyeusement entrelardée, flirtant avec les 400 grammes; plus une lime, une orange, de la cardamome en poudre, trois clous de girofle, un doigt de pastis, une grosse carotte, une racine de persil et un topinambour dodu.

DSC02721.JPGPelez et taillez les légumes en rondelles.
Pressez l’orange et le citron vert.
Dorez la viande sous toutes les coutures au fond d’une cocotte.
Déglacez d’une giclée de pastis.
Ajoutez le jus d’agrumes et les clous de girofle.
Salez, poivrez, saupoudrez largement de cardamome.
Laissez glouglouter quelques minutes. Intégrez les légumes.
Laissez cuire tranquilou, à couvert, 45 minutes.
Rectifiez l’assaisonnement. Tranchez le cochonou en jolies tranches. Coiffez de fleur de sel. Et servez dare-dare, avec une polenta crémeuse et un jéroboam d’un très bon blanc sec, dont on vous laisse le choix.
Aimeriez-vous vraiment qu’un crétin avec la chevelure pleine de bouts de mouchoir en papier collés à du dentifrice décide du pinard à votre place?

Tchou, bonsoir