21/09/2009

La stupide légende du pagre rôti à la menthe

 

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Coucou, les farfadets tabascotés

Pour faire taire la fringale qui hurlait dans son maigre bidon, Gustave tenta de se replonger dans l’intégrale de Blek Le Roc. Sans succès. Faim, faim, faim, psalmodiait son ventre vide. Ses yeux se brouillaient de larmes, ses mains tremblaient. Il s’effondra sur un pouf et alluma la télévision. Le visage de Cyril Lignac s’encadra dans la lucarne. Gustave se mit à gémir. Il balança, furax, la zappette par la fenêtre, qui alla se briser, trois étages plus bas, sur le crâne d’un pauvre séminariste qui passait par là. Pas de chance.

Une dernière fois, Gustave farfouilla dans son placard. Vide, bien sûr. Soudain, il avisa une fiole qu’il n’avait pas repérée jusque-là. Une vieille bouteille de Tabasco, périmée au moins depuis le split des Beatles. Tant pis. Il aspira une goulée d’oxygène, serra les fesses. Et déboucha le flacon, prêt à en engloutir le contenu. Dans un grand éclair blanc, apparut alors un bon génie. The Bon Génie. «Salut, je m’appelle Estebouille. J’étais coincé dans cette bouteille depuis le spit des Beatles. Tu m’as libéré. Cool. Du coup, je t’exauce un vœu, là, maintenant.» Gustave, incapable d’articuler un mot, désigna son nombril geignant. Estebouille hocha la tête en souriant. Puis disparut par la bonde de l’évier en chantant l’Internationale.

Une seconde plus tard, on sonnait à la porte.

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Gustave alla ouvrir. Un pagre d’un kilo l’attendait, ruisselant et jouasse. «Salut mon pote, j’arrive du golfe de Gascogne.» Le poisson se dandina jusqu’à la cuisine, où il entreprit de s’écailler, de se vider, de s’oindre d’huile d’olive et de s’assaisonner sous toutes les coutures, tout seul comme un grand.

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Driling. On sonnait encore à la porte. Gustave, ahuri, découvrit sur le palier un bouquet de menthe, trois tomates joufflues et une échalote. Le groupe pénétra dans l’appartement en rigolant. La menthe s’auto-hacha et alla se glisser dans le ventre du pagre. L’échalote et les tomates se pelèrent et s’émincèrent mutuellement, avant de se lover gentiment au fond d’un plat à gratin. Le poisson sauta habilement sur ce lit végétal et s’y alanguit. Trop chou.

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Une bouteille d’un Montlouis naturel, charmeur et ciselé (Le p'tit Caporal produit par le bien nommé Frantz Saumon), qui était apparue sur le plan de travail comme par enchantement, envoya enfin une giclée de son précieux jus blanc sur les légumes.
A ce moment précis, le four, qui préchauffait à 180° de sa propre initiative, ouvrit sa porte avec un certain fracas.
Gustave, groggy, comprit qu'il devait enfourner le plat. Vingt minutes après, le four s’ouvrait à nouveau.

N’ayant aucun talent particulier pour la cuisine de la mer, et surtout pas pour lever les filets, Gustave mangea le poisson entier, s’étouffa avec une arête et mourut sur le coup, comblé, ravi, repu.

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Tchou

PS: Cette histoire n’est pas vraie.