17/01/2011

Le burger de betterave à la pancetta et la désobligeance comme art majeur

Gros coucou, les aminches

L’une de nos connaissances songeait sérieusement à écrire un Guide des Hôtels et Restaurants les plus déprimants de France. Beau projet que voilà. Il faut dire que la personne en question avait un véritable don pour dénicher des adresses rances en diable, hantée par un personnel revêche dans un décor en décomposition avancée; le tout, évidemment, pour des prix relativement élevés.

Ce type d’établissement peut fasciner, c’est une évidence. Tenez, le Dr Slurp a ses habitudes dans une boulangerie-pâtisserie dont la patronne, qu’il connaît depuis bientôt 10 ans, le salue à peine, s’exprime par borborygmes disgracieux, avant de lui balancer la monnaie au pif sans un sourire. Le pain n’y est pas terrible. Pas plus que la viennoiserie, d’une banalité crasse. Mais cette constance dans la désobligeance a quelque chose d’admirable. D’ailleurs, ladite boulangère se fait fort de n’embaucher que des employés tout aussi antipathiques qu’elle. «Cherchons vendeur qui fait la gueule. Bon salaire. Horaires légers. Vacances à gogo.»

La jeune femme qui nous a vendu une baguette aujourd’hui affichait ainsi une face de requiem. Elle a répondu à notre bonjour par un bref hochement de tête impatient. Puis a exigé l’appoint d’un ton cassant: «Si tous les clients sortaient des billets, on n’irait pas loin.»
Ah, la scélérate! Bravo. Trop classe.

On dédie donc ces burgers de betterave à la pancetta et au vieux pecorino à tous les commerçants aigres, moches et discourtois. On admire leur sublime obstination.

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Payez-vous des betteraves cuites bien rondes. Pelez-les. Puis taillez-les en tranches de 4mm d’épaisseur. Arrosez le tout d’huile de noix, rondelle d’oignons frais, sel, poivre et vinaigre de vin. Filmez. Oubliez une heure au frigo.

Payez-vous quelques tranches de pancetta un poil épaisses. Et un petit morceau de vieux pécorino. Faites griller les premières à la poêle sans matière grasse, essorez sur du papier, gardez au chaud.

Détaillez le fromage en copeaux.

Ecrabouillez quelques noix au mortier.

Emincez une branche d’oignon frais.

Puis montez vos burgers sur un lit de salade de pain de sucre, dans l’ordre que voilà: betterave, pécorino, pancetta, pécorino, betterave, noix et oignon. Voyez l’échafaudage.

Mangez enfin, en paix avec vous-même et avec la boulangère.

A tout à l’heure

17/11/2008

Fournaise intime et fricassée de supions à la pancetta

Comment que ça biche chez vous?

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L’autre jour, on éminçait pépère deux piments rouges et italiens pour confectionner la recette servie ci-dessous.
Nul ne l’ignore: les piments hot ont tendance à picoter l’épiderme, et les muqueuses a fortiori.
Une fois l’ouvrage achevé, donc, on se dirige à pas félins vers la salle de bains, pour un lavage des pattes minutieux. En s’arrêtant en chemin pour un petit pipi. Un pisson à la sauvette, sans trop y penser.
Grave erreur tactique.
De retour en cuisine, ça a commencé à chauffer. Là, en bas. Rien de suffocant, du moins au début. Evidemment, on a pigé illico. Avant de flipper grave, en redoutant un feu historique. Le remake de la Tour infernale en caleçon. L’incendie de la pinacothèque de Pompéi. La flambée du Reishstag version pelvienne.
Rassurez-vous, lecteurs haletants. Le sinistre a été relativement court et d’assez faible amplitude sur l’échelle de Ziziroussi.

A vrai dire, ce n’était pas si désagréable que ça. Hum...

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Bref, ce chapitre top impudique clos, voilà une fricassée de supions pimentés à la pancetta et cerfeuil, plat irrésistible et réalisable en vingt minutes de boulot radieux, avec canicule intime éventuelle.
Pour un couple d’adultes, il vous faut sur le plan de travail 450 grammes de supions (ou chipirons, petites seiches au physique gracieux) parés par le gentil poissonnier et rincés ensuite, dix brins de cerfeuils hachés, une gousse d’ail hachée itou, deux piments chauds émincés, quelques tomates cerise tranchées en quatre et trois tranches de pancetta un poil épaisses, dégraissées et découpées en pitis cubes.
A l’attaque.
Faites revenir au fond du wok, ou d’une bonne poêle, ail et piment. Réservez.
Faites dorer la pancetta. Réservez.
Débarrassez le fond du wok de la graisse qui y stationne sans doute d’un coup de Sopalin vengeur.
Un peu d’huile d’olive, et vlan: balancez les supions. Qui vont rendre de la flotte. Laissez faire. Au bout de dix minutes, égouttez s’il le faut. Assaisonnez (il ne faut pas que supion pionce). Ajoutez pancetta et piments. Une ou deux minutes. Puis tomates et cerfeuil.
Shakez et servez aussitôt, avec un cru du beaujolais balèze et épicé, droit mais rieur.
Le Moulin-à-Vent de Paul Janin par exemple (Clos du Tremblay), que nul ne songe à classer dans la gentille famille des gamays tant sa chair se montre dense autant que serrée.
Tremblay, dégustateurs du monde entier.

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Bye