04/09/2012

Mon premier n’est pas très malin; mon deuxième n’est pas très malin

Bien le bonjour, les gens

DSC04415.JPG

Ah, ah, bande de petits coquins, vous aimez les charades? En voilà une, drôlement spirituelle et un tantinet familière, qui provoque, d’ordinaire, des gloussements nourris dans les salons.
Bon, allons-y. On se concentre.
Mon premier n’est pas très malin.
Mon deuxième n’est pas très malin.
Mon troisième se dit quand il fait froid (en se frottant l’avant-bras gauche avec la main droite, ou l’inverse).
Mon tout est une plante rampante de la famille des cucurbitacées, cousine donc de la calebasse, du melon ou de la courge, originaire d’Inde, dont le fruit oblong se grignote depuis des siècles. Et même avant.
Votre langue au chat?
Ben, c’est le concombre.
On s’explique (Est-ce vraiment nécessaire? Quelqu’un pourrait-il le faire taire? Il nous prend pour des bonobos?)
Mon premier n’est pas très malin… c’est un con (désolé de dire un gros mot, c’est pour éclairer la charade).
Mon deuxième n’est pas très malin… c’est un con (désolé encore, mais la charade répète ledit gros mot).
Mon troisième se dit quand il fait froid… c’est brrrrr.
Mon tout, c’est donc le con-con-brrrrrr.
Hilarant, non?
Bon, voilà une soupe glacée de concombre apéritive autant que tonique, aux herbettes, radis, gingembre et Pastis. Le genre de truc à avaler quand il fait 40°, ce qui n’arrivera, vu l’état déjà dégénérescent de l’été 2012, pas avant une grosse dizaine de mois.


Pour quatre personnes joueuses.

Pelez un concombre. Mixez-le avec une giclette d’huile d’olive, quatre feuilles de coriandre, quatre feuilles de basilic et quatre feuilles de menthe, une bonne giclée d’huile d’olive, une petite gousse d’ail, un demi-orteil de gingembre frais, un doigt de pastis, une cuillère à soupe de crème fraîche, une pincée de piment, une pincée de sucre, sel et poivre. Mixez donc. Encore et encore, jusqu’à obtention d’un breuvage vert tendre et gentiment fluide. S’il le faut, ajoutez un peu d’eau. Evidemment, il s’agit ensuite de rectifier à mort, selon humeur et affinités. Hop, expédiez au frigo.
Détaillez enfin quelques radis en dés nains, ou en micro rendelles, dont vous saupoudrez chaque bol avant de servir. Racontez la charade. Et riez aimablement avec les convives. Hi, hi, hi, vous alors!

Tchou

04/10/2010

Pléonasme de volaille au fenouil et pastis

Bien les bonjour, les gens

Tu te souviens sans doute des figures de style de la langue français que t’enseignait, naguère en classe, la très disgracieuse Madame Zurber derrière sa moustache et ses lunettes vintage. La litote, la synecdoque et l’ellipse. Vas je ne te hais point et l’aveuglante obscurité. Tout ça, quoi. Ça y est? Tout te revient?
Ben, voyez-vous, cet arsenal littéraire peut parfaitement s’appliquer en cuisine. Parfaitement. Il y a ainsi des plats qui relèvent de l’allitération (les subtils sushis de supions aux salsifis) ou du chiasme (raie au beurre, beurre à la raie). D’autre s’avèrent paradoxaux (douceur au vieux camembert), hyperboliques (tsunami dévastateur au chocolat blanc et framboises) ou encore oxymoriques (purée croquante de brocolis délicieux).

DSC03586-3.jpg

L’autre jour, alors qu’on présentait ce radieux poulet au pastis et fenouil à nos convives, l’un d’entre eux a glissé insidieusement que le mariage des ingrédients lui paraissait un tantinet… pléonastique. Gloups! Pléonastique ta mère? Ben oui, argumenta-t-il, la bouche arrondie comme le derrière de la volaille suscitée, le fenouil et le pastis n’offrent-ils pas des saveurs cousines, pour ne pas dire jumelles? D’où le pléonasme. Zut, alors! Il avait raison. On ne lui a plus adressé la parole de la soirée, en le zieutant à la dérobée en train de saucer son assiette comme un cochon. Pléonastique peut-être, slurpissime assurément.


Découpez un beau poulet bio en huit. Réservez la carcasse.

Faites longuement dorer huit gousses d’ail grossièrement émincées au fond d’une cocotte. Réservez.

Colorez à feu dru le poulet sous toutes les coutures. Assaisonnez vaillamment. Pimentez un poil. Déglacez avec un demi-déci de Pastis. Mouillez avec le jus d’un demi-pamplemousse et un filet de citron.

Puis ajoutez l'ail et un gros fenouil émincé, en prenant soin que le légume ne barbote pas dans le jus. Coiffez le tout avec la carcasse. Couvrez. Laissez mijoter 20 minutes. Puis raclez la carcasse pour la débarrasser de tous ses exquis morceaux de chairs. Balancez into the poubelle.

Laissez cuire à couvert un quart d’heure de plus. Touillez enfin.

Servez le pléonasme ailé avec trois pluches de persil et un vin blanc du Jura, mur et altier, crâne et brillant, aux senteurs de caillou chaud, tilleul et cédrat, dont l’élégante amertume finale te laisse le clapet frais autant qu’ému. Guignez donc l'étiquette.

DSC03568.JPG

Tchou!

23/11/2009

Le cochon aux agrumes et l’hébétude de l’aube

Mes hommages, les gens

DSC02728.JPG


Quiconque
a déjà découvert, dans le miroir d’un ascenseur le propulsant verticalement vers un rendez-vous fort important, une traînée de dentifrice dans ses cheveux, s’est sans doute posé cette question: Me serais-je lavé les dents avec le shampoing? Interrogation légitime, suivie d’une foule d’autres. Suis-je gaga? Où se cache la caméra de Tchernia? Comment vais-je me débarrasser de ce machin?
Quiconque a déjà découvert une traînée de dentifrice dans ses cheveux un matin d’hébétude ordinaire sent un gouffre s’ouvrir sous ses pieds. Surtout quand il s’aperçoit, dans un éclair de conscience blafarde, que le rendez-vous fort important vers lequel le propulse verticalement l’ascenseur n’est en fait prévu qu’une semaine plus tard. Le dentifrice s’accroche à la mèche. L’ascenseur file vers un rendez-vous fantôme. Et le miroir réfléchit la tête d’un abruti en train de frotter nerveusement sa chevelure avec un mouchoir en papier, qui se pulvérise en une nuée de petits bouts blancs.
Quiconque est déjà arrivé à un rendez-vous avec une semaine d’avance et la tête pleine de pellicules de Kleenex mélangées à du dentifrice, comme nous l’autre matin, sait pertinemment qu’il y a des jours où il faudrait peut-être songer à rester chez soi.

Par exemple pour bricoler, en sifflotant d’un air dégagé et d’un gosier enjoué, une échine de cochon aux agrumes, pastis et légumes d’avant-hier; une recette mijotée, savoureuse et vivifiante, à l’excellent rapport besogne en cuisine/satisfaction buccale. Car ce ne sont pas les plats les plus fastidieux à échafauder qui bottent le plus en bouche. Et vice versa. Méditons cela.



DSC02727.JPG

Pour deux personnes (ou trois personnes toutes petites et sans appétit, ou pour une seule personne gigantesque et affamée par six ans de jeûne draconien en cellule de dégrisement), volez une tranche d’échine (ou cou par ici) de cochon épaisse comme trois doigts, joyeusement entrelardée, flirtant avec les 400 grammes; plus une lime, une orange, de la cardamome en poudre, trois clous de girofle, un doigt de pastis, une grosse carotte, une racine de persil et un topinambour dodu.

DSC02721.JPGPelez et taillez les légumes en rondelles.
Pressez l’orange et le citron vert.
Dorez la viande sous toutes les coutures au fond d’une cocotte.
Déglacez d’une giclée de pastis.
Ajoutez le jus d’agrumes et les clous de girofle.
Salez, poivrez, saupoudrez largement de cardamome.
Laissez glouglouter quelques minutes. Intégrez les légumes.
Laissez cuire tranquilou, à couvert, 45 minutes.
Rectifiez l’assaisonnement. Tranchez le cochonou en jolies tranches. Coiffez de fleur de sel. Et servez dare-dare, avec une polenta crémeuse et un jéroboam d’un très bon blanc sec, dont on vous laisse le choix.
Aimeriez-vous vraiment qu’un crétin avec la chevelure pleine de bouts de mouchoir en papier collés à du dentifrice décide du pinard à votre place?

Tchou, bonsoir

09/04/2009

La côte de bœuf, le beurre au pastis, le vin béni, la résolution pascale et autres révélations saignantes


Pascals, Pascalines et Pâquerettes, bonjour

 

 

DSC01911.JPG

Préambule n°1. Ce n’est qu’un au revoir. Ce blog va s’éteindre pour une durée indéterminée qui ne devrait toutefois pas durer ad aeternam (joli, ça, comme formule). La pause pascale sera en effet pour nous l’occasion de partir à la chasse aux streptocoques dans les prairies vaticanes. Souhaitez-nous bonne chance.

Préambule n°2. Et comme les adieux déchirants s’arrosent, on vient de déboucher notre rouge fétiche du moment, assurément l’un des plus croquants et craquants de l’univers. Avant de mourir, il vous faut tremper vos lèvres purpurines dans la cuvée «Jardin des simples» du Domaine Zelige-Caravent, sis au pied du Pic St Loup, Languedoc, South Of France, Europe du Middle, qui offre au gosier ravi un fruité frais, rieur et dynamique, avec ce qu’il faut de densité pour twister à table. Zelige-Caravent, oui, on en recausera sûrement.

 

 

DSC01971.JPG

Préambule n°3. On a pris une bonne résolution. Celle de ne plus parler de choses cochonnes sur Top Slurp. Inutile de choper une réputation de cuistot libidineux aux quatre coins de la Toile. On rompt donc avec la fesse. Poil à la messe.

2128360011_a9c101a278.jpg

Fin des préliminaires. Début de l’interlude éducatif. Le saviez-vous, il existait naguère dans nos campagnes la tradition du bœuf pascal. Dans les Landes, le Massif Central et les Cévennes, à Genève itou, il était ainsi d’usage jusqu’aux années trente d’abattre un bovidé à Pâques. Pas une génisse, un vrai bœuf, un mâle dépourvu de clochettes mais bien joufflu. D’aucuns estiment qu’il s’agissait là d’un coup de marketing de la part des bouchers. Il fallait en effet enterrer le carême: quarante jours de jeûne sans chiffre d’affaires, ça te troue la bourse. «Après les vaches maigres, le bœuf gras.» Beau slogan pub, pas à dire.

DSC01908.JPG

Fin de la partie historique. Début de l’avant-dernier épisode, dit de la côte de bœuf au beurre de pastis. Sans vouloir vous raconter notre vie, on a récemment acquis une énorme côte de bœuf, bien persillée et rassise, avec ce teint rouge sombre qui promet bien des voluptés. Ce n’était pas un bœuf de Pâques. Mais on s’en fiche, finalement.
On l’a cuite à la régulière. A la poêle d’abord, à feu méga furax, une minute de chaque côté. Puis au four, tout doux, à 70° dans du papier-alu avec un demi-oignon et deux brins de romarin. Une bonne demi-heure. La bête sort de là uniformément saignante, radieuse donc. Oups: il ne faut saler qu’au dernier moment. C’est comme ça. C’est la faculté qui le dit.
Pendant ce temps, on vous a donc préparé un beurre au pastis, en travaillant une bonne motte à la fourchette et à température ambiante, avec une grosse giclée de pastis, de la fleur de sel, une pincée de piment, du poivre et quelques graines d’anis écrabouillées. Il s’agit ensuite de rouler le beurre dans du papier film, façon boudin. De l’oublier au congélo. Puis de découper de mignonnes rondelles, qui s’en iront gentiment fondre sur la bidoche susdécrite. Amen.

DSC01914.JPG

Fin de l’avant-dernier épisode. Début du dernier épisode, dit de la salade bœuf pimentée et citronnée. Quoi? Il te reste la moitié de ta côte de bœuf. Une salade d’inspiration asiate, fraîche et tonique, s’impose. Taillez le bœuf en fines lanières. Zestez une lime. Touillez une vinaigrette au citron et piment bien picotante. Découpez plein de radis en fines rondelles et/ou minces bâtonnets, un oignon nouveau, lavez une saladine au look printanier. Brassez le tout avec amour et humour. Mangez. Pleurez de joie.

Rideau

31/07/2008

Le gaspacho façon slurp et l'amical échange des lettres au-dessus du Canigou

Besitos, les gens

DSC01011.JPG

Une remarque préliminaire autant que sémantique. Zappez pas, c’est distrayant.
Le mot gaz, quand il passe les Pyrénées, perd son Z en gagnant un S. Le gaz devient ainsi gas chez nos potes ibères. Ben, le mot gaspacho fait exactement l’inverse. Le gazpacho espagnol se mue en gaspacho en France. De là à imaginer les deux mots qui s’échangent leurs lettres au-dessus du Mont Canigou, il n’y a guère qu’un petit effort d’imagination…
- Ola, Monsieur Gaz!
- Salut, Don Gazpacho!
- Echanjamos las lettras?
- Dacodac!

Bref. Des gaspachos, de nos jours, il en existe cinquante-seize millions de sortes différentes. Des sucrés. Des verts. Des avec des œufs. Des sans mie de pain. Des betteravés. Des archicaloriques. Des über light. Des avec des anchois et du topinambour. Des roses avec de petits animaux vivants qui gigotent en surface.
Du coup, on ne voit pas vraiment pourquoi on ne vous livrerait pas notre gaspacho à nous. Qu’est assez réglo, mais un brin perso tout de même.
Pour quatre bols (voire verrines, soyons chic), munissez-vous de:
- Quatre grosses tomates ben mûres
- Deux poivrons rouges
- Deux petites gousses d’ail
- Le tiers d’un concombre
- Un sucre
- Trois brins de basilic
- Trois brins de menthe fraîche
- Deux brins de romarin (premier coup de cuchillo à la traditiòn)
- Une larme de pastis (deuxième coup de cuchillo à la traditiòn)
- Six graines de fenouil (troisième coup de cuchillo à la traditiòn)
- Plus du piment d’Espelette en poudre, de l’huile d’olive et du vinaigre de Xérès pour la couleur andalouse.

Pelez, épépinez et émincez grossièrement les tomates, poivrons, concombre et herbettes.
Ajoutez les graines de fenouil, les gousses coupées en quatre, le sucre et le romarin haché menu.
Puis faites macérer, en touillant le tout dans un récipient doté de couvercle, avec un peu d’huile d’olive, un soupçon de vinaigre, une giclée de pastis et une pincée de sel. Au frigo, quelques heures.
Mixez ensuite, à vitesse pépère. Puis émulsionnez bravement à la fourchette, en ajoutant un peu d’huile d’olive, jusqu’à texture totalement homogène et onctueuse. Certains diluent et filtrent. Nous pas. Chacun chez soi.
Rectifiez l’assaisonnement en ajoutant sel, poivre, piment en poudre et vinaigre. Voire un peu de sucre. Il faut que ça soit rafraîchissant. Et tonique comme une danseuse flamenca d’âge tendre au sortir d’un bain de minuit dans l’Antartique (n’importe quoi).
Hop, au frigo (bis repetitae).

On mange donc ça bien frappé, avec quelques croutòns et légumes crus en bâtonnets s’il le faut, à la petite cuiller, en apéro, en plat principal, en entrée, en tapa, au goûter, à genoux, à la St-Jean, à la bonne franquette. Ou pas.

DSC01013.JPG



Adios!