07/10/2010

Merdon, Madame: la soupe de poireaux et le petit-suisse

Bien le bonjour, les batraciennnes radieuses

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L’autre matin, on filait à toute berzingue, crinière au vent, sur notre vélo et sur le bitume genevois. Un cavalier de l’apocalypse à pédale. Une incarnation de la jeunesse, de l’insouciance, de la beauté sauvage sur chambres à air. Arriva un passage clouté, avec une aînée prête à le traverser. La bienséance et le civisme auraient exigé qu’on la laissât passer. Mais non. On ne freina guère. Ou si peu. Apercevant le Dr Slurp trop bien lancé, la prudente mémé recula d’un pas pour regagner le trottoir.
Fallait-il s’excuser?
Fallait-il la remercier?
Merci
ou pardon?
Les deux, hélas...
«MERDON!» lança-t-on à tue-tête et sans réfléchir au visage de la pauvre aïeule, qui s’en trouva toute tétanisée. L’auteur de cet infect lapsus, mèzigue en somme, disparu presto dans le trafic, rouge de honte et tremblotant de contrition.
Merdon. Misère de misère. Quel goujat!


Pour se réconforter de ce forfait lexical, il fallait vite se bricoler une soupe de poireaux à la coriandre et au petit-suisse. Recette pour laquelle il faut au moins ces trois ingrédients-là. Ben oui.

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Taillez les poireaux en tronçons jusqu’à la limite du vert. Nettoyez à grande eau.
Dans une casserole, couvrez les poireaux de bouillon de légume jusqu’à niveau. Ajoutez une gousse d’ail pelée et une noisette de gingembre frais. Cuisez tout cool à couvert un bon moment.

Puis mixez le tout avec trois ou quatre brins de coriandre et une lichette d’huile d’olive. Rectifiez vaillamment. Et remettez sur le feu pépère.

Travaillez vos petits suisses avec du piment d’Espelette, sel, poivre. Formez de mignons dômes, qu’il s’agira d’installer au milieu des assiettes à soupe, façon île déserte enneigée.

A partir de là, deux techniques s’affrontent. Certains écrabouillent le petit-suisse dans leur soupe, touillent, touillent, touillent, jusqu’à obtenir une liaison acidulée. Ce n’est pas totalement incongru. D’autres se slurpent leur soupe à la régulière, en allant chercher, de temps à autre, un bout de petit-suisse d’un coup de cuillère espiègle. C’est drôlement futé.

Bref, autour d’une soupe de poireau au petit-suisse, l’humanité se scinde en deux.

Merdon !