13/12/2011

La cuisine sado-maso et le chou rouge qui s’esclaffe

 

Bien le coucou, les zoulous

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L’autre jour, mèzigue préparait une béchamel dans la mini cuisine du copain Bernard. Lequel était fort occupé à grattouiller sur sa guitare dans le salon. Soudain, un ustensile majeur vint à manquer. Rivé aux fourneaux, on lui hurla à travers la cloison: «Bernard, t’as un fouet?». «Oui, sous mon lit, à côté des menottes», répondit-il, avec sa malice légendaire. Sacré Bernard. Toujours le mot pour rire.

La boutade (si cela en était une), nous donna à penser que la thématique de la cuisine SM demeurait un terrain largement inexploré. Il y a pourtant une vraie forme de masochisme culinaire chez certains de nos contemporains, les esclaves du micro-ondes par exemple. Ah, les vicelards! Et un vrai sadisme – enfin, pensait-on étant enfant – chez les gens qui cuisinent du chou rouge à leurs proches. On a, depuis nos jeunes années, changé d’avis sur ledit chou rouge, végétal au look impérial et à la saveur tellurique, qui mériterait une niche au panthéon des légumes d’hiver.
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Tiens, voilà justement (quel hasard incroyable!) une mirobolante poêlée de chou rouge aux pommes, à la coriandre et aux raisins de Corinthe. Nickel avec le gibier ou avec le canard, voire avec ta concierge.
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En garniture, pour quatre gosiers à table...
Réhydratez quelques (disons 22) raisins de Corinthe dans un verre d’eau additionnée d’un trait de vinaigre. Ciselez grossièrement quatre brins de coriandre. Tchik, tchik, tchik.
Virez les feuilles extérieures d’un petit chou rouge. Emincez le reste en fines virgules. Dans un poêlon, faites fondre une échalote hachée ou deux dans une bonne noisette de beurre. Ajoutez le chou, laissez-le se tasser gentiment. Assaisonnez. Puis ajoutez trois doigts de vinaigre de cidre et deux décis d’eau. Couvrez. Laissez mitonner vingt minutes à feu pépère. Rectifiez le niveau d’eau, s’il le faut.

Pendant ce temps, taillez une pomme en mini cubes. Au bout de 20 minutes donc, ajoutez dans la poêle, pour dix minutes supplémentaires, raisins et dés de pomme. Coiffez enfin de pluches coriandre. Et servez, simplement vêtu d’un bustier de latex.
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Bien à vous, mein choux

PS. Certains s'agaceront légitimement de l'iconographie maniérée et monomaniaque de ce billet. Désolé. Le Dr Slurp s'essaie à l'art conceptuel. Et ce n'est visiblement pas gagné.
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10/09/2009

Le boudin caché dans sa pomme au pastis


Bien le bonjour, les marmottes à ventre fauve (si j'ose)

 

 

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On connaît des gens qui préféreraient avoir un scorpion dans la culotte plutôt que de manger du boudin. Une copine, qui a le sens de la formule et le boudin en horreur (deux qualités rarement réunies dans le même individu), nous disait ainsi l’autre jour: «Ce n’est pas demain la veille que du sang de cochon coagulé rentrera dans mon corps, moi vivante et en pleine possession de mes moyens physiques et mentaux.» On attend donc qu’elle débloque pour lui en faire manger. Nyark.


DSC02443.JPGComme souvent dans les affaires de haines alimentaires viscérales, l’aspect de la chose honnie a son importance. Ce gros boyau, tout noir, vaguement suintant et, somme toute, assez content de lui, remue des choses troubles dedans notre lourd bagage culturel judéo-machin. Le boudin, c’est intestinal. C’est fécal. C’est zitital, voire. La plus infecte animalité, celle-là même que l’humain tâche sans répit de museler, d’oublier, d’anéantir, ben, elle se pavane, radieuse et luisante, au fond de son assiette. Vade retro, boudinas.

Bref, planquons donc ce boudin que l’on ne saurait voir. Planquons-le dans une pomme rassurante, sa notoire et meilleure copine gastronomique. Voilà donc un joli boudinou en cage de gala pochée au pastis et 5 épices, recette épatante qui devrait réconcilier une partie de l’humanité avec cette défrisante canaillerie charcutière.

 

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Coupez la tête des pommes. Avec un couteau pointu, faites un petit volcan pour mettre le boudin dedans. Un cratère généreux, mais respectueux de l’enveloppe du fruit. Il existe des engins pour mener à bien cette tâche-là. A l’aide d’un économe, pelez ensuite partiellement la pomme, en laissant un liseré rouge en haut et en bas, ceci par pur chochotisme esthétique.
Pochez-les ensuite, entre quinze et vingt minutes, dans une eau frémissante en compagnie d’une bonne dose de pastis, d’une énorme pincée de 5 épices (Sichuan + fenouil + poivre + DSC02445.JPGcannelle + je ne sais plus quoi) et d’une pincée de piment.
Pendant ce temps, poêlez tout doux le boudin dans une noisette de beurre; dix minutes grosso modo. Puis extrayez la chair d’ébène de sa gaine. Pour en farcir les pommes, dont on aura au préalable poivré et épicé l’intérieur. N’oubliez pas le chapeau. Très important, le chapeau. Il faut bien le planquer dans son boudoir nain, le boudin noir.

A plouche

PS: Oui, il y a des garnitures nickel avec ça. Oui, il existe aussi des vins merveilleusement adaptés à la situation. Mais, voyez-vous, il faut savoir laisser le lectorat se déboudiner un peu tout seul. Notez que si 6798 personnes nous le demandent gentiment...

 

PS2: Notre tendre éditrice nous hurle dessus, because on a oublié de claironner qu'elle et nous seront dimanche au Salon des Goûts et Terroirs de Bulle à animer deux ateliers hilarants pour les mômes, puis à faire des tartinades live en direct sans filet.
Dimanche. A Bulle. Oui, on bosse le week-end. Il faut bien vendre ce livre, zut quoi!