30/07/2009

La courageuse réhabilitation de cette crétine de pastèque (en salade marocaine)

Salut, bande de cucurbitacées moqueuses

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Dans les cuisines où se fait l’opinion
, et ailleurs aussi, la pastèque a mauvaise presse. On la prend pour une grosse nouille, la pastèque. Pour une bonne à rien. Pour une pas grand-chose. Pour une bête boule, pleine de vide et lourde de rien. On la palpe en ricanant. On la croque méchamment. On l’oublie vite ensuite.
Il faut dire qu’elle manque de mystère, la pauvrette. Voyez ce physique mastoc et bonasse; cette pulpe insipide et pleine de flotte; cette chair cramoisie grêlée de vilains pépins en cascade. Même ses cousins melon et concombre gloussent dans son dos. Pas facile de naître pastèque. Non, Madame.
Or, c’est injuste. Car sous ses dehors idiots, la pastèque peut amener bien des satisfactions. Elle croque. Elle rafraîchit. Elle a un goût, aussi. Un tout petit goût. Mais un goût. Et puis, une sacrée couleur. Ce rouge hémoglobine, ce rouge passion humide, ce rouge luxure du Diable, ben, ce n’est pas de la gnognote chromatique. Hou, non.

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Elle mérite donc mieux que les quolibets et les salades de fruits, que les railleries et les cocktails. Ben, ça tombe bien. Because l’autre jour, l’ami Dave nous a ramené d’un palace de Marrakech, où il avait soupé en brillante compagnie, une recette marocaine drôlement affolante en bouche. Essayez donc cette salade de pastèque à la coriandre, oignon et ras-el-hanout et vous réévaluerez sans doute la plus couillonne des cucurbitacées.

Dans son panier,
il faut un bouquet de coriandre, une pastèque bio de taille raisonnable, deux bulbes d’oignon frais et du balsamique qui ne pue pas le caramel. Sans oublier le ras-el-hanout. Soit ce vertigineux mix d’épices de là-bas, qui peut réunir une trentaine d’ingrédients dans sa forme originelle, mais ne se présente bien souvent sous nos cieux que dans une version simplifiée autant qu’édulcorée. Voilà. (Ce qu’on peut être sentencieux parfois)

 

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Taillez la pastèque en cubes, en prenant soin de virer les pépins. Ce qui n’est pas une sinécure. Emincez l’oignon frais et le bouquet de coriandre. Touillez le tout. Arrosez d’une girandole d’huile d’olive et de balsamique. Salez, poivrez et ras-el-hanoutez avec vigueur. Gôutez. Recommencez. Plein de fois. Faut réveiller la grosse idiote qui pionce.
Oubliez une heure au frigo et dégustez avec des gens chers.

Au revoir

PS: Il y a de longues années de cela, un enfant observateur, planté devant la télé, avait dit ceci: «Mannix, c’est pas des couilles qu’il a, c’est des pastèques». Ça fait réfléchir.

PS2: On a aussi en stock une salade de pastèque façon thaï, qui arrache voluptueusement la goulette. Genre avec du piment, du gingembre, des radis et des cahouètes. Si trente lecteurs nous le demandent gentiment, on file la recette. Gratos.

22/05/2008

Brochette de lapin aux pruneaux et ras-el-hanout sur barbecue velu du pectoral


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Mes hommages, les coquelets connectés

Z’avez remarqué? C’est toujours le mec qui s’occupe du barbecue.
La nana, elle, nettoie le gril avant, nettoie le gril après, s’occupe des courses, fait la salade, le taboulé, la tarte et la vaisselle. Mais le mec est au feu. Splendide, le mec. La pince dans une main, la canette de bière dans l’autre; la chemise entrouverte sur la moquette pectorale et le bob vissé sur le crâne; il jongle avec les merguez, dribble les côtelettes, cligne des yeux dans un nuage de fumée grassouillette. En hurlant des ordres contradictoires à l’ensemble de la maisonnée.
1354819347.jpgEt pourquoi qu’elle est masculine cette activité-là? Hou la! Ça remonte à loin. A l’aube de l’humanité. Car, voyez-vous, dans les cavernes, nos aïeux pouilleux et hirsutes observaient sans doute la même discrimination sexuelle. Monsieur était au feu, madame à tout le reste. Il faut dire qu’au paléolithique, le feu, on le chouchoutait grave. La flamme venait à s’éteindre et tout était dépeuplé.
On notera que, depuis l’invention du briquet jetable, il n’y a plus vraiment de raison de sacraliser le foyer. Le dimanche au fond du jardin, c’est pourtant le mec qui grille. Qui carbonise le steak et incendie la saucisse. Appelons-ça une résurgence primitive. La braise et la bidoche réveille le cro-magnon qui sommeille chez le mâle civilisé.
Clôturons-la ce passionnant chapitre de psycho-sociologie culinaire, pour avaler une brochette de lapin aux pruneaux et ras-el-hanout. Brochette qui, vous l’aurez subodoré, peut trouver sa place sur le gril dominical.
Dans votre petit panier d’osier, prévoyez du poivron rouge, de la courgette, des filets de lapin, des pruneaux, du citron et du ras-el-hanout. Nananère.


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834943176.JPGTranchez les légumes (lavés et pelés au préalable, non mais!???), les pruneaux et le lapin en cubes de taille peu ou prou compatibles.
Et enfilez-les successivement sur une longue tige pointue, en bois ou métal, communément appelée brochette.
Disposez sur un plat, arrosez d'un jus de citron et d'une franche rasade d'huile d’olive. Salez, poivrez. Coiffez de ras-el-hanout avec générosité. Filmez (comme on dit sur la Croisette). Et expédiez à macérer une heure au frigo.
Avant de griller une vingtaine de minutes sur brasier modéré, ou à la poêle. Une pincée de fleur de sel, et slurp. Avec ça, un épi de maïs, doré au beurre, fait fureur, pour un peu qu’on est des dents vaillantes pour croquer dedans.

Tchou, les cro-magnons