11/11/2008

La recette de la banane euphorisante et le meilleur vin du cosmos

Bonsoir, chers congénères

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On a beau être le très fameux (fumeux?) Dr Slurp de Genève, on n’en reste pas moins un homme. Un homme comme les autres, avec ses joies, ses trous de nez et ses doutes. Parfaitement, Simone: des doutes. Et en pagaille même.
Certains lecteurs imaginent ainsi qu’on pond les recettes à la chaîne, l’esprit ailleurs et les fingers in the nose. Pas du tout. Tous nos petits plats naissent au milieu d’un embouteillage de tergiversations, hésitations et douleurs intimes. De la coriandre, vraiment? Deux ou trois clous de girofle? Dix-huit ou vingt minutes de cuisson? Du cochon, mais pourquoi? Arggggh.
Chaque étape, chaque ingrédient est ausculté, sous-pesé, tâtonné, atermoyé dedans notre disque dur intérieur, durant de longues et laborieuses séances d’auto-breifings. Sans oublier le regard des autres une fois l’affaire cuisinée et publiée. L’attente des commentaires extatiques ou castrateurs sur le blog, des remarques ravies ou des cruels silences autour de la table.
Un enfer, vous dis-je.

 

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Tout ça pour vous dire que le doute n’étouffe pas tout le monde. Ha, ha, non! L’autre jour, une copine goguenarde nous a passé une page arrachée à un illustre mag de popote suisse. Page qui contenait une recette suffocante. Soit la banane au curry, avec des graines de maïs et de la chair à saucisse dedans. Déjà la photo ressemblait vaguement à une pub pour un sex-toy particulièrement vicelard, voire à une planche du kama sutra martien. Quant au goût de la chose, on ne peut toujours pas l’imaginer sans sentir nos tripes se tortiller et nos papilles se cabrer.
Vive la banane au curry et chair à saucisse! Sans qu’on sache trop pourquoi, elle nous a expédié le moral dans la stratosphère. Yoo pla boum!

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Après ça, encore tout tremblant de bonne humeur, on s’en est allé guigner des Chiffres et des Lettres à la téloche. En ayant pris soin de déboucher au préalable une bouteille de l’Arbois Selection 2004 de Stéphane Tissot (un tiers savagnin, deux-tiers chardo).
Biberonnant devant le poste, voilà qu’une fulgurance nous a soudainement galvanisés. Ce pinard-là était simplement le meilleur des pinards de la planète Terre. Pur, fin, élancé, spirituel, vibrant. Zébré d’une oxydation lumineuse. Doté d’une matière ciselée, subtilement harmonieuse. Une infusion de culture, de terroir et de brio œnophile.
Sans effet de manche. Sans fard. Sans chichi. Top classe. Top vrai.
Et pour moins de dix euros (soit dit en passant).

«Consonne, voyelle, consonne», ânonnait le gulu dans la lucarne.

Et nous, on sirotait le meilleur pinard de la planète Terre.

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Bye