20/07/2009

La terrine avec du canard, des cerises et un bout des vacances dedans

Bien le bonjour, les merles moqueurs

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Nous revoilà, donc. Finie la rigolade. Bonjour le réveil qui fait driliiiiiing.
Bien sûr, on pourrait vous narrer nos vacances par le menu. Le genre: «Tous les soirs devant notre bungalow équipé du WiFi, huit vahinés dansaient le tulututu sur la plage, simplement vêtues des derniers rayons languides d’un soleil rubicond

Ou encore: «Après un match acharné de deux heures et quart, devant un public haletant et cramoisi de Ricard, le pote Jean-Claude réussissait un carreau dingo et remportait le grand prix de pétanque du Camping des Méduses Folles. Jean-Claude, ah, le con!»

Ou encore: «La région est constellée d’exquises chapelles romanes octogonales et/ou oblongues, dont certaines conservent des fresques carolingiennes réalisées au Stabilo mauve; une pure merveille

Ben non.

Nous, on ne cause pas. On cuisine. Voilà donc un souvenir de vacances atchment plus substantiel: une terrine de canard aux cerises.
Les plus attentifs d’entre vous grinceront qu’il est bien court le temps des cerises. Et que fin juillet, les merles moqueurs ont déjà tout boulotté. Certes. Si les cerises ont disparu sur les étals du coin, rabattez-vous sur un bocal de griottes au kirsch. Ça le fait aussi.


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Pour une terrine d’un litre, armez-vous donc d’une fiasque de kirsch, d’une poignée de cerises, de 300 grammes de gorge de porc hachée, de 100 grammes d’échine de porc tout aussi hachée, d’une paire de magrets dodus, d’un œuf, de 28 pistaches et quelques, d’une crépine, de laurier en poudre ou pas, et de patience.

Dénoyautez, tranchez en deux et faites mariner les cerises dans un déci de kirsch.

Marinez également, dans deux décis de kirsch ce coup-ci, les deux magrets, préalablement débarrassés de leur graisse et émincés (oui, émincés, pas hachés, faut des morceaux dedans la terrine). Ils vont tout boire, les cochons.

Dans une jatte, touillez ensuite le canard avec la gorge et l’échine de porc. Ajoutez le kirsch des marinades et l’œuf. Sploutch, sploutch.
Assaisonnez: sel, poivre au moulin, noix de muscade râpée, laurier en poudre, piment d’Espelette. Prélevez donc une boulette (poil au nez) et poêlez-la presto pour vérifier la tonicité de l’assaisonnement. Assaisonnement qui doit l’être, tonique. Et à donf’. Rectifiez selon humeur et en conséquence.

Faites tremper la crépine dans de l’eau. Puis tapissez en votre terrine, en gardant suffisamment de longueur pour pouvoir la couvrir.
Au fond du récipient, déposez élégamment deux feuilles de laurier purement décoratives.

DSC02235.JPGFoncez d’une première petite couche de chair, parsemez de cerises et pistaches, recouvrez d’une deuxième couche, parsemez de cerises et de pistaches, etc. Verrouillez enfin à double tour le chef-d’œuvre avec la crépine. Couvrez d’une feuille de papier-alu. Puis faites cuire au four et au bain-marie, deux heures et demie à 150°.

Oubliez ensuite la terrine au frigo. Au moins un jour. Deux, c’est mieux. Trois, c’est l’extase.

On peut ingurgiter l’affaire sur des tranches de pain grillées, en compagnie d’une verdure riante et d’un chutney de cerises et melon bien épicé. Chutney dont la recette se cache peut-être quelque part sur ce blog. Ou peut-être pas, en fait. Imaginez donc une confiture pimentée et vinaigrée, qui chatouille gentiment la muqueuse buccale. Improvisez, que diable !

Côté glouglou enfin, un rouge naturel et dynamique de Gaillac, la Cuvée prestige du Domaine des Cailloutis par exemple, aux charmants effluves de cassis et de poivre, n’est pas une idée totalement saugrenue. Enfin, on dit ça…


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A tout soudain, les copains

11/05/2009

L’angoisse de la pénombre musicale et le marbré de truite fumée aux citrons confits

 

Mes amitiés, les loutres savantes

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Il y a bien des lunes de cela, on vous avait raconté un repas pris dans le noir complet. Avec un bandeau sur les yeux, la papille alerte et l’imaginaire allègre. Très chouette expérience sensorielle.
Mieux vaut d'ailleurs la blackout complet que la nuit partielle. On s'explique...
L’autre jour, la curiosité titillée par des commentaires élogieux publiés ça et là dans l’édition locale, on s’en est allé découvrir une nouvelle table branchée, où se presse la jeunesse nantie et se mijote la cuisine de la modernité radieuse. Déco chargée, genre retour des puces. Zizique suave, genre lounge. Lumières tamisées, genre surboum. Une dame sévèrement lookée nous place dans un coin, avec vue sur une télé muette, juste à côté de la porte des WC. Commode.
On approche nos museaux du menu pour déchiffrer les intitulés sophistiqués des plats. Il fait sombre, non? Voilà les entrées. Pas terribles, les entrées.
Au bout d’une demi-heure, crac: le patron, l’air ravi, augmente le volume de la musique et baisse le variateur de lumière. Huuu, il fait très sombre, non? On attend la série de slows. Ou l’électricien. Ou l’opticien. Mais voilà déjà les plats principaux, dont on distingue vaguement les contours. Pas terribles, les plats principaux.
Une demi-heure plus tard, recrac: le patron fait grimper les décibels et dégringoler les lux. Où sont mes mains? Qu’est-ce que tu dis??!!! Le dessert sera avalé dans une pénombre majuscule et le boucan musical. Pas terrible, d’ailleurs, le dessert.
On a payé l’addition, à tâtons. Terrible, l’addition. Avant de se retrouver sur le trottoir, ébloui par le clair de lune, les portugaises vaguement sifflotantes.
Cet enseigne-là ne nous verra plus. Un juste retour des choses, en somme. Faudrait pas non plus pousser mémé dans les ténèbres assourdissantes.

Ce marbré de truite fumé à l’aneth et aux citrons confits _ terrine d’une tonicité salivante, cela soit dit en passant _ sera donc dégusté sous un lustre pop, équipé d’une ampoule d’au moins 80 watts. Et au son d'un reggae vintage, diffusé par une chaîne d'au plus 8 watts. 

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Pour une terrine d’un demi-litre, il vous faut deux ou trois citrons confits (maison ou pas), 300 grammes de truite fumée (bio, si possible; normale et saumonée pour faire, comme chez nous, dans le chochotisme dichromatique), trois décis de savagnin (ou autre blanc de terroir et d’histoire, à vous de voir), huit feuilles de gélatine, deux décis de fumet de poisson (maison – recette sur demande _ ou amoureusement réalisé par la poissonnière), au moins deux sortes de poivres aromatiques (jamaïcain, cubèbe, long, javanais, andorran…) et de l’aneth frais. Ce qui ne fait pas grand-chose, quand on y réfléchit bien.
Oups, avec ça, une petite crème au raifort fait risette. Crème pour laquelle il vous faut du raifort et de la crème. Ou de la ricotta. Ou du yaourt. Ben oui.

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Lavez et émincez menu les citrons et quelques brins d’aneth.
Concassez au pilon les deux poivres en grains.
Virez la peau des truites, puis divisez les filets en deux par la gouttière centrale (La gouttière? Mais de quoi il parle, machin???).
Chemisez la terrine de papier film.
Montez la terrine en démarrant avec un tapis de poivre et aneth. Disposez une couche de truite blanche. Couvrez de citrons confits, aneth et un rien de poivre. Salez mollo. Poursuivez avec la truite saumonée. Citron, aneth, poivre et sel. Truite blanche, etc… jusqu’à extinction de la matière première. Décorez de quelques baies roses (ringard!), pluches d’aneth et nains de jardin (facultatif)

Pour la gelée
. Balancez le vin dans une casserole, portez à ébullition et flambez pour éliminer l’alcool. Ajoutez le fumet de poisson. Sel, poivre. Puis les feuilles de gélatine, toujours sur le feu, une à une; laissez mijoter quelques minutes. Goûtez. Laissez tiédir. Puis mouillez la terrine jusqu’à rebord.

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Hop, au frigo, jusqu’au lendemain, qui, forcément, va chanter.

On mange ça avec la crème au raifort sus-décrite, bien corsée s.v.p., une salade verte et quelques tranches de pain grillé. Plus une topette d’un savagnin plein, lumineux et racé, l’Arbois 2007 d’Etienne Thiebaud du Domaine des Cavarodes par exemple, tout jeune vigneron naturel au talent éclaboussant. 2007, c’est d’ailleurs son premier millésime. Et sa première réussite. Mais pas la dernière.
Thiebaud, t’y es beau.

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Tchou!

 

02/06/2008

La terrine de lapin à la manzanilla et figues avec de vrais morceaux dedans

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Non banane, ce n'est pas du gras au milieu de la terrine. Mais un filet de lapinou entier. Fondamental.

 Salut, les aminches

Une confession d’ordre intime autant que politique, en préambule. Les terrines de viande hyperhachées, ça nous expédie le moral dans les chaussons.
Une terrine de viande, ce n’est pas de la blédine pour Mimosa. Ça doit avoir des bouts à croquer. De la vie. Du relief. Des formes.
Une terrine broyée à l’extrême, ça nous évoque l’industrie blafarde. La cantine des années 70. Le Middle-west. La mort, même. A une certaine époque, la modernité culinaire a voulu nous faire croire qu’une bonne terrine n’était qu’un amas de chair déchiquetée et informe. Elle mentait.
Bref, tout ça pour vous prévenir que notre terrine de lapin à la manzanilla et figues, ben, ya des vrais morceaux dedans. Et c’est très très très bon. Dégainez ça face à une tablée de gulus amicaux, et voilà que l’ambiance se fait illico babylonienne. Les faciès se dérident. Les plaisanteries gaillardes fusent. Les joues rosissent et les verres se vident. Voyez, quoi.35630393.JPG

La technique? Fastoche.
Pour une terrine d’un kilo.
Demandez à votre boucher (ou charcutier) de vous hacher 300 grammes de gorge de porc (du gras ferme) et 100 grammes d’échine (un peu de viande quand même). Et demandez lui aussi une crépine. Soit cette intrigante membrane enveloppant l'estomac du cochon, qui ressemble étrangement au napperon brodé sous la télé de Mami Lu.
Chez le volailler, exigez un filet de lapin (ou aiguillette), plus un devant de lapin désossé. Environ 400 grammes de viande au total. Le devant, c’est la partie qui va de la tête au milieu du corps, pourvue d’une chair pas trop sèche, que vous prierez le commerçant de vous émincer en morceaux point trop minus. Le filet, lui, reste entier.
Il vous faut encore un œuf, des noisettes, de la manzanilla (breuvage à la fois andalou, subjugant et oxydatif dont on causera en détail une autre fois), ou à défaut du Xérès, plus trois grosses figues sèches et quelques pistaches.
Dans une assiette à soupe, immergez le lapin et les figues, préalablement émincées menu, dans la manzanilla (environ un gros déci). Quatre tours de moulin à poivre. Filmez, et hop au frigo pour quelques heures.

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Tapissez la terrine avec la crépine, en veillant à en garder suffisamment pour la couvrir.
Dans une jatte, touillez avec amour un jaune d’œuf, une bonne pincée de cannelle, une petite pincée de piment, dix noisettes pilées, une petite cuillère bien pleine de sel, une pincée de poivre, le haché de porc, les figues et le lapin émincé qui, normalement, a bu la manzanilla jusqu’à la dernière goutte. Gardez le filet entier de côté.
Pour savoir si l’appareil est assez relevé, ce qui est la condition sine qua non de la volupté finale, faites en griller une boulette à la poêle; goûtez; et rectifiez en conséquence.
Puis foncez votre terrine jusqu’à la moitié, installez le filet sur la longueur, et recouvrez jusqu’à rebord. Parsemez de pistaches (c’est pour faire joli) et fermez la crépine à double tour. Euh, double épaisseur.
Coiffez d’une feuille de papier-alu, puis du couvercle.
Et faites cuire au four et au bain-marie deux heures et demie à 150 °.
Laissez reposer la bête une nuit au frigo. Voire plus.
Puis dévorez avec du pain grillé, une salade verte et trois hectolitres d’un rouge de fruit à la rusticité pacifiée (çui sur la photo est formidable). Plus quelques gouttes d’un vieux et vrai balsamique. Voire un chutney d’Agen inventé il y a quelques années par un esprit libre et gourmand.

Bien à vous, très chères et chers

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07/03/2008

La terrine de foie gras aux lentilles: plus con, ya pas; plus bon, non plus

 

Bien le bonjour

 

 

 

Un jour, l’épouse d’un producteur de lentilles genevois, la pupille lutine et la mine gourmande, nous avait glissé ceci: «Moi, les lentilles, je les fais en terrine… avec du foie gras.» On avait répondu d’un hochement de tête poli, sans plus y penser.
Mais voilà; les propos de la dame ne nous ont plus quittés depuis. Chaque nuit, cette terrine de lentille au foie gras flotte dans nos rêveries, avec une grâce tentatrice.
Bref, il fallait muer cette chimère en bloc à croquer. On l’a fait.
C’est fastoche, rapide (une heure de taf grand max), et redoutablement slurpique sous la dent.


Il vous faut 100 grammes de foie gras mi-cuit, 100 grammes de lentilles vertes, un poireau, deux carottes, du Xérès, un oignon, une gousse d’ail, des feuilles de gélatine et deux trois aromates que vous découvrirez, ravis, en lisant ce qui suit.

 

 

 


Taillez artistiquement une petite carotte et un demi-blanc de poireau en brunoise. Ce qui signifie, dans l’opaque lexique popotier, en micro cubes mignons.


Rincez puis faites cuire les lentilles dans un litre d’eau, avec le vert du poireau coupé à la zouave, deux gousses d’ail déchemisées, un oignon piqué de trois clous de girofle, les légumes émincés menu, deux feuilles de laurier et une bonne pincée d’herbes de Provence. Entre vingt et trente minutes, à petits glouglous, jusqu’à ce que la légumineuse s’abandonne sans s’effondrer.


Pendant ce temps, faites raidir le foie gras au congélo, puis détaillez-le en copeaux.
Faites attendrir dix feuilles de gélatine dans de l’eau fraîche. Puis essorez-les.
Les lentilles sont cuites? Essorez en gardant précieusement la moitié de l’eau de cuisson. Poubellisez l’oignon, le vert du poireau et le laurier.


Remettez l’eau sur le feu, intégrez la gélatine, plus un demi-déci de Xérès, qui va t’embaumer le bouillon d’un fumet entêtant.
Salez et poivrez avec une certaine véhémence, puis ajoutez les lentilles. Laissez prendre une dizaine de minutes. Goûtez. Et rectifiez l’assaisonnement. Faut que ça pétille à la papille.


Chemisez une petite terrine de film alimentaire.


Montez votre affaire en commençant par une louchée de lentilles. Puis une couche de copeaux de foie gras, fleur de sel, poivre au moulin. Une louchée de lentilles. Puis une couche de copeaux de foie gras, fleur de sel, poivre au moulin. Une louchée de lentilles. Et voilà. Mouillez l’échafaudage à ras bord avec le jus de cuisson.


Fermez la terrine.


Et oubliez douze heures au frais.


Le lendemain (qui chante, bien sûr), ce trésor marbré s’ingurgite dans la joie avec une salade verte vinaigrée au balsamique, une pincée de fleur de sel et un rouge sudiste, plein mais élégant, tonique et tannique. Avec le Clos Marie, jamais on n’est marri.  Avec l'Olivette, c'est la fête.
Avec des slogans comme ça, on aurait fait des ravages  dans la publicité.

Bon vike, les cocos