08/03/2011

La tortilla, les homographes et les trois poules du couvent

 

Bien le bonjour, les coquelets délurés

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Parmi les devoirs de M’Zelle Sonson se cache, deux fois par mois, une dictée drôlement coriace. Dictée qu’on lui dicte et redicte, en pestant in petto sur la sournoiserie de l’orthographe française. Quel idiome tordu! Quelle langue de vipère! Quel champ de bataille lexical farci de mines anti-petit-personnel!

Tenez, prenez par exemple ces infects homographes, ces mots qui s’écrivent pareil mais signifient des machins différents.

Quelques exemples carabinés:

Une pouf sur un pouf, c’est ouf.

Ouïe! Mon ouïe part en quenouille.

La chatte chatte (sur un forum de poufs).

Il faut boucher le boucher qui a perdu son punch en buvant trop de punch.

La fondue des fils de Marc fait des fils.

Du coup, Marc picole du marc.

Les trois poules du couvent couvent en riant.

Il est de l’Est, le hamster, et il en est fier, peux-tu t’y fier?

D’un caractère violent, les fils de Marc violent les poules du couvent, et se parent de peau de hamster pour leur parent qui a bu trop de bitter et ne peut plus rien bitter.

Notez le nombre de chausse-trappe dans une phrase à ce point banale. Bon, une dernière pour la route…

La chatte du boucher se tortilla devant la tortilla (au pecorino et ciboule).

Ça, c’était la très habile transition vers la recette du jour.

La tortilla au pecorino et à la ciboule, pour quatre personnes :

Battez au fouet huit œufs avec un déci de lait et une énergie de malade. Faut que ça bulle dru en surface. Ajoutez deux pincées de sel, une tombée de paprika, quatre petites cuillères d’un bon pecorino râpé maison, trois tours de moulin à poivre et deux brins de ciboule émincés.

Touillez.

Faites chauffer mezzo une cuillère à soupe d’huile d’olive dans une poêle. Versez la tortilla. Couvrez. Laissez dorer sept-huit minutes à feu moyen. Quand le dessous de la tortilla vous paraît arborer le teint idoine semble donc prêt au décollage, retournez sur le couvercle, ce qui exige un tour de main démoniaque, puis laissez bronzer l'autre côté quatre minutes de rab sans couvercle.

Servez enfin avec une verdure spirituelle, mais sans homographes.

Adios!

19/08/2009

La tortilla latina qui te rend tout loco

Mes hommages, les frijoles à moustaches

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En l’espace de quelques jours, on a vu bien des choses bizarres dans les rues de notre quartier.

On a vu un monsieur qui promenait un enfant en laisse. Un marmot de 4 ou 5 ans, l’air tout gentil et tout éveillé, traîné par une courroie accrochée à son petit poignet. Troublant.

On a vu un jeune black, tout en pectoraux et en triceps, faire du minivélo à l’envers. Les fesses sur le guidon, les mains sur la selle. Et à fond la caisse.

On a vu deux chiens fort affairés l’un sur l’autre, tête-bêche, dans une posture répertoriée à la page 69 du Kama-sutra. Deux chiens, oui, en pleine ville, en plein midi, en plein mois d’août. Ajoutez à ça que l’un des deux était attaché à un poteau et vous aurez une idée la perversité du spectacle. Ma pauvre dame, les rues ne sont plus sûres.

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Toutes ces exquises scènes urbaines ne nous ont nullement empêchés de mener à bien notre mission: acheter des tortillas à la farine de maïs. Manière de mitonner à nos chers invités, le clan Big-John au complet, une fantaisie mexicaine en kit. Soit un gueuleton latino consistant à piocher dans douze coupelles des machins très bons, machins à rouler ensuite dans une crêpe exotique.
Notez que ce type de repas actif autant que participatif instaure d’ordinaire une ambiance radieuse autour de la table. On se frotte. On se chahute. On s’interpelle. Du genre: «Hey Manu, tu tortilles en suisse? Fais tourner le guacamole!». Ou encore: «Morfale, ta tortilla, on dirait Demis Roussos de profil!».
DSC02336.JPGBon, de quoi se compose ce riant cortège?
- De tortillas à la farine de maïs (compter trois pièces grand max par bandido adulte), à acheter à la supérette puis à réchauffer dix minutes au four avant le clap de faim.
- D’un guacamole (chair d’avocat + dés de tomate + jus de lime + échalote hachée + huile d’olive + coriandre). Voir détails ici-clic.
- De crème aigre
- De piments rouges ou verts, taillés en rondelles assassines
- De tomates pelées et épépinés en pitits morceaux
- De laitue émincée menu
- De poivrons émincés menu
- De cheddar râpé
- De pousses de moutarde
- De dés de concombre
- De viande hachée en sauce tomate, avec du piment, du lard, une échalote, plein de cumin et d’origan, sel et poivre.
- De refritos frijoles, ou refried beans. Soit de haricots rouges, achetés chez le marchand déjà cuits en boîte, sommairement écrabouillés dans une poêle où a blondi une échalote et doré un peu de lard émincé. Un trait de concentré de tomate. Sel, poivre, piment en poudre. Et basta.

Il s’agit enfin de disposer tout ça élégamment sous le nez des convives émerveillés. Car toutes ces couleurs, voyez-vous, ça fait très joli sur la nappe à fleurs.
Donc pas de tortillas pour les daltoniens.

Adios!

DSC02347.JPGNB: Même si la bière s’avère une fidèle alliée des agapes latinas, il n’est pas interdit de déboucher un rouge naturel, au fruité bien croquant et à la chair pleine, par exemple l’Oiselet de Yannick Pelletier à St-Chinian, qui te fait halluciner la Vierge de Guadalupe dès la troisième bouteille.