21/11/2011

La lutte des classes au fond d’un bol de soupe aux panais et éclats de truffes

Coucou, les gens


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L’autre jour, le Dr Slurp et M’zelle Sonson se baladaient downtown Geneva. Avec un objectif atchement précis: acheter une truffe. C’est que M’zelle Sonson s’est récemment entichée des parfums telluriques et impérieux dudit champignon. Et exige depuis de les renifler régulièrement, de préférence tous les soirs, au dîner, dans son assiette.
Son paternel en a conçu une certaine fierté. Que sa descendance fasse montre de goûts à ce point raffinés, qu’elle préfère la melanosporum au Big Mac, voilà qui le caresse dans le sens du poil gastronomique.

Reste un détail. Le prix du machin. Douloureux, le prix. Voire total ouf. L’autre jour donc, le tandem pousse la porte d’une épicerie de luxe et se met à rêvasser devant deux cloches, respectivement pleines de truffes blanches d’Alba et de truffes noires d’automne, notoirement inodores autant qu’insipides. Avisé, le Dr Slurp se fait peser la plus petite des Piémontaises, à peine plus volumineuse qu’une burne de paon. La dame s’exécute gentiment, pianote sur sa bascule. Et prononce la sentence: 89 francs. QUATRE-VINGT NEUF BALLES!!! POUR UNE MICRO BOULETTE!!!! M’ENFIN!!!! QUI C’EST LA TRUFFE????

On est reparti le plus dignement possible, avec dans la besace une petite boite d’éclats de truffes noires à 28  francs. Et la sensation que la lutte des classes pourrait bien flamboyer encore. Oui, Groucho.


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Le soir même, M’Zelle Sonson engloutissait, ravie, ce velouté de panais aux éclats de truffe noire (à 28 fr. la boîte) dont voilà la recette simplette.
Pelez les panais, coupez en morceaux. Couvrez-les d’eau salée dans une casserole. Portez à ébullition pépère et laisser glouglouter jusqu’à ce que la racine s’abandonne sous la pointe de votre couteau.
Mixez avec l’eau de cuisson. Puis montez votre purée jusqu’à texture onctueuse, en alternant giclées de lait et lichettes de crème fraîche. Assaisonnez. Râpez un poil de muscade. Puis répartissez dans des jolis bols. Coiffez enfin de graines de sésame noir, d’éclats de truffe noire et d’un filet d’huile d’olive. Puis servez en chantonnant l’Internationale, qui est quand même une chanson drôlement bonnarde.

Bien à vous, mein choux

14/12/2010

Le velouté de cerfeuil tubéreux aux éclats de truffe, parce que Dieu existe (enfin, qu'ils disent)

Bonjour, bonjour, bonjour (oui, trois fois)

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Vous a-t-on déjà susurré à l'oreille l'amour quasi mystique que l'on nourrit pour cette petite racine qu'est le cerfeuil tubéreux? Voilà un machin génial. Avec un look certes un rien décourageant, évoquant pêle-mêle la crotte de vieux bouc, le suppo médiéval ou la burne de nain malade. Mais doté par la Nature d'un croquant merveilleux et d'une saveur rafraîchissante autant que subtile, quelque part entre la pomme reinette, la châtaigne et l'artichaut. Ou l'inverse.
D'aucuns voient même dans le cerfeuil tubéreux la seule et unique preuve de l'existence de Dieu. Il s'agit là de spéculations théologico-maraichères, dans lesquelles on évitera lâchement de glisser un orteil. Tout en rappelant que, si Dieu existait, le cerfeuil tubéreux serait un brin moins cher sur le marché. Et paf!

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Bon, voilà un velouté de cerfeuil tubéreux aux éclats de truffe qui, soit dit en passant, devrait faire l'effet d'une bombe voluptueuse en entrée le soir de Noël. Lequel approche, paraît-il. On sent déjà l'haleine du renne aviné qui volette dans l'air du soir.

DSC03812.JPGComptez deux racines par personne. Epluchez, nettoyez à l'eau claire et courante, coupez en morceaux, couvrez de lait dans une casserole et laissez glouglouter quinze-vingt minutes le temps que le tubéreux s'attendrisse.
Mixez.

Puis montez
votre velouté avec du lait et de la crème fraîche jusqu'à l'obtention d'une fluidité crémeuse émoustillante. Assaisonnez vaillamment. Puis versez dans de petits verres design (ou verrines selon le jargon contemporain), avant de mélanger avec les éclats de truffe en bocal; truffe qui parfois n'a rien perdu du sien, d'éclat.
Ajoutez
un tour de moulin à poivre rose pour faire genre.

Et débouchez-moi l'extrémité liégeuse d'un vin racé et croquant avec des bulles dedans. Pas forcément du champ', non. Pourquoi pas l'exaltant crémant du Jura de Fanfan Ganevat à Rotalier? Hein?
L'est trop bon ce vin-là. Rien que d'y taper son blaze sur le clavier, on en a la papille qui twiste de joie.

A plouche

PS1: Oui, tu peux remplacer la truffe en bocal par de la truffe noire fraîche. Même que c'est peut-être atchement mieux.

PS2. Mais que fait ce nounours punk derrière le velouté? Ben, il le convoite. Il adore la truffe, le nounours punk.

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02/02/2009

La purée de topinambours au diamant noir de la mort

Salut, les truffes

 

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C’est une expression désobligeante et un peu désuète dans le français tel qu'on le cause aujourd’hui. Une expression datant sans doute d’une époque où la truffe ne valait pas grand-chose et grouillait aux pieds des chênes méridionaux comme les fientes de pigeons sur la Place St-Marc. Car à considérer les cours contemporains dudit champignon, traiter quelqu’un de truffe, voire de grosse truffe, ou même de truffe géante, équivaut à le considérer comme un être cher. Comme une chose rare et exquise, méritant tous les égards.
Va donc, espèce de truffe ventripotente!
Vil flatteur. Vous êtes charmant aussi.
A l’heure où la récession gronde et que le 440 tousse, rares sont ceux (à part quelques banquiers aux canines acérées, à l'éthique naine et aux bonus pornos) qui peuvent aujourd’hui se payer une vraie tuber melanosporum périgourdine, toute noire et joufflue, bien ferme et odoriférante. Une tuber de chez melanos, en somme.

Du reste, notre petite purée apéritive de topinambours au diamant noir a été réalisée avec une truffe à l’huile de pedigree modeste. Parfum discret et chair relâchée. Pas chinoise pour autant, ni top moumoute non plus, mais gentiment sexy tout de même. A table, en tout cas, personne n’a moufté. Scountch scroutnch, qu’ils faisaient avec leurs bouches.

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Prévoir deux topis par personne (pour une purée de taille raisonnable, car, en surdose, le topi noue la tripe et poinçonne la couche d’ozone).
Pelez, lavez, détailler en cubes et hop dans l’eau salée frémissante, jusqu’à abandon des chairs. Virez l’eau, en gardant un filet au fond de la casserole. Mixez et monter tranquilou à coup de mini noisettes de beurre et de brèves rasades d’huile d’olive. Salez avec générosité. Poivrez aussi.
Chopez donc l’une des truffes noires offertes par vos actionnaires. Brossez-la, s'il le faut. Détaillez en copeaux la moitié. Et en dès lilliputiens le reste.
Touillez les dès avec la purée. Coiffez avec les copeaux. Parsemez de fleur de sel.

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Débouchez un joli blanc languedocien, par exemple le gracieux et minéral 2006 du Domaine de Saumarez.

Puis servez, si possible en adoptant une démarche vraiment stupide.

Ce n'est qu'un au revoir, mes cop's